Avec des prix en chute libre, la place du cobalt comme métal stratégique des batteries vacille

Les prix du cobalt se sont effondrés à la faveur d’une surproduction mondiale, due notamment au travail du géant chinois CMOC en République Démocratique du Congo. Le métal, souvent considéré comme le point noir des batteries électriques, n’en a par contre pas fini avec les problèmes de respect des droits humains.

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Le cobalt est principalement extrait dans d'imposantes mines de cuivre à ciel ouvert, au sud de la République démocratique du Congo en Afrique.

Le problème semble s’être dissipé de lui-même. Adoubé comme le «nouveau pétrole» de la transition énergétique il y a quelques années, en raison de son rôle crucial dans les batteries électriques et de la peur de manquer du secteur, le cobalt ne fait aujourd’hui presque plus parler de lui. Son prix, qui dépassait les 80000 dollars la tonne début 2022, n’a cessé de chuter depuis pour atteindre environ 21000 dollars sur le LME de Londres ! 

Les mines de cuivre et de nickel inondent le marché

Que s’est-il passé ? «Le cobalt est un minéral d'accompagnement que l'on trouve dans les mines de cuivre et de nickel, ce qui signifie que [leur] extraction entraîne naturellement la production de quantités substantielles de cobalt», rappelle par email une porte-parole du groupe chinois CMOC à L’Usine Nouvelle. Au sud de la République Démocratique du Congo (RDC), où le premier producteur mondial de cobalt opère, «la stratégie de production de l’entreprise est entièrement centrée sur le cuivre, avec le cobalt comme coproduit».

La demande pour le métal rouge, roi pour conduire l’électricité, est forte. Le cobalt, bleu lorsqu'il est oxydé, en bénéficie par ricochet. En 2024, CMOC a presque doublé sa production annuelle de cobalt pour atteindre 114165 tonnes, loin des 70000 tonnes initialement prévues sur l'année. Et il prévoit d'augmenter encore sa production en 2025, d'autant que sa deuxième mine géante de cuivre, à Kisanfu, qui a commencé à produire depuis mi-2023, a des teneurs hors normes pour ce métal (autour de 1%).

CMOC n’est pas seul dans la «ceinture de cuivre» de la RDC. Les provinces de Lualaba et du Haut-Katanga, au sud du pays, contiennent à la fois beaucoup de cuivre et la majorité des réserves de cobalt mondiales. On y trouve une petite vingtaine de mines industrielles à ciel ouvert, opérées en majorité par des industriels chinois mais aussi par des acteurs occidentaux comme le suisse Glencore ou le canadien Ivanhoe. Plusieurs produisent du cobalt, au point que le pays d'Afrique centrale représentait à lui seul 74% de la production mondiale en 2023 !

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Les industriels du secteur notent aussi la montée en puissance de l’Indonésie, où le cobalt est cette fois un coproduit du nickel, marché que le géant d’Asie du sud-est domine. La production de cobalt indonésienne a ainsi cru d’environ 80% en 2023, et les analystes estiment une croissance similaire en 2024.

Moins central dans les nouvelles chimies de batteries

Or, au moment même où cette vague de cobalt déferle dans les entrepôts et les raffineries chinoises, le cobalt perd sa centralité dans les cathodes de batteries électriques au lithium, son principal marché. Il est absent des chimies LFP (pour lithium-fer-phosphate), dont le prix doux a dopé l’adoption par les constructeurs automobiles notamment en Chine. Et ses proportions diminuent même dans les batteries NMC (nickel-manganèse-cobalt), où le nickel prend de plus en plus de place. Résultat : alors que le cobalt pouvait représenter près d’un tiers du coût d’une cellule de batterie d'ancienne génération, sa place s’est réduite à peau de chagrin. Selon le cabinet Benchmark Minerals, le cobalt représenterait environ 6,5% du prix d’une cellule performante début 2025.

De quoi chambouler la pile des priorités de l'industrie du véhicule électrique. «Les tensions se sont atténuées avec l’apparition de nouvelles sources d'approvisionnement sur le marché», confirme le constructeur français Renault (qui doit se fournir dans une mine de Managem, au Maroc, dès cette année) à L'Usine Nouvelle. «L’importance du cobalt est bien moins critique qu’on ne le pensait auparavant. [Il] perd de plus en plus son importance stratégique et sa valeur commerciale pour les nouvelles énergies», va jusqu’à écrire CMOC dans ses réponses à L’Usine Nouvelle. Une affirmation un brin provocante : l’un des actionnaires majoritaires de CMOC est le géant chinois des batteries chinois CATL – ce qui n’est pas un hasard – et aux Etats-Unis, certains industriels des batteries et de la défense (le cobalt sert dans les superalliages) s’inquiètent de la domination de Pékin sur ce métal, rapporte Bloomberg.

«Le cobalt reste important pour la transition énergétique, particulièrement pour les marchés occidentaux», nuance Wiliam Talbot, chargé de la recherche chez Benchmark Minerals. Un récent rapport du cabinet britannique et du Cobalt Institute, l’organisation qui représente la filière, estime que la demande va tripler d’ici 2050, dans l’hypothèse d’un partage égal du marché des batteries entre LFP et NMC. «Neuf des dix premiers modèles de véhicules électriques vendus en Europe et aux États-Unis sur les onze premiers mois de 2024 contenaient du cobalt dans leurs batteries», détaille l’analyste de Benchmark Minerals.

Les droits humains restent un point noir

Il serait donc malvenu de perdre le cobalt de vue. Pour des raisons stratégiques, bien sûr, mais aussi car il reste l'une des grosses épines dans le pied des batteries électriques en matière de respect des droits humains. La publication en 2016 d’un rapport choc d’Amnesty International et du groupe congolais Afrewatch, sur le travail d’enfants dans des mines artisanales de RDC, l'a mis en lumière.

Ces zones, où des mineurs dotés d’outils rudimentaires peuvent creuser à 100 mètres de profondeur sans protection, représentent encore de l’ordre de 10 à 15% de la production de la RDC, selon les estimations. Et malgré des efforts du secteur, plusieurs observateurs interrogés par L’Usine Nouvelle soulignent que le travail des enfants et l'exploitation restent monnaie courante sur certains de ces sites. Les mines industrielles, qui ont meilleure réputation et s'engagent pour certaines dans des processus de certification, sont aussi régulièrement pointées du doigt par les ONG qui dénoncent les expulsions arbitraires des populations locales et leurs impacts sur l’environnement et la santé.

Alors qu’il est presque impossible, pour un utilisateur de cobalt, de remonter le maquis des chaînes industrielles pour savoir d’où vient vraiment son métal, il ne faudrait pas que la baisse des cours conduise aussi à diminuer la pression sur le sujet. Dans le cadre de la Fair Cobalt Alliance, le constructeur de téléphone néerlandais Fairphone répète régulièrement que les industriels ne doivent pas détourner les yeux. Malgré ses efforts, l'industriel au positionnement éthique reconnaît son incapacité à garantir l'absence de violations des droits humains pour produire le cobalt qu'il utilise. Depuis 2023, il porte un système de “crédits cobalt”, consistant à gros traits à payer 5000 dollars supplémentaires par tonne de cobalt utilisé dans ses produits pour aider à améliorer les pratiques dans la coopérative qui opère la mine artisanale de Kamilombe. Une autre manière de penser les métaux "responsables". 

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