Article initialement paru dans le cahier spécial Normandie d'Industrie Pharma n°158
En Haute Normandie, Sanofi dispose de deux installations d'envergure représentant deux des trois plateformes technologiques : la plateforme Vaccin et ARNm, avec le site de Val-De-Reuil, et la plateforme anticorps, avec le site basé au Trait, dans une boucle de la Seine, entre Rouen et Le Havre. Ce dernier a développé un savoir-faire unique.
« Notre expertise repose sur le remplissage stérile en seringues de principes actifs issus des biotechnologies », résume simplement Antoine Quin, le directeur du site. Sur l'installation, des équipes réceptionnent des principes actifs venus du réseau de production de Sanofi, avant d'effectuer les opérations de remplissage, d'inspection visuelle, puis de conditionnement et d'expédier ensuite ces produits dans le monde entier.
« 80 % de notre production est envoyée hors de France », apprécie Antoine Quin. L'installation se déploie autour de la fabrication de trois grandes familles de produits : les héparines, les vaccins et les anticorps monoclonaux. Des produits dont l'importance a évolué dans le portefeuille produits de Sanofi. « Nous sommes sur une croissance significative pour les anticorps monoclonaux », constate le directeur du site.

Il faut dire que Sanofi a pour ambition de devenir le leader mondial de l'immunologie. Sa meilleure vente, le Dupixent, continue d'accumuler les indications. De quoi soutenir massivement l'activité du site du Trait, où le remplissage de Dupixent remplace, petit à petit, celui de produits arrivés en fin de cycle. Pour mieux préparer cette mutation, Sanofi a annoncé 100 millions d'euros d'investissement, au printemps dernier.
Une nouvelle ligne de remplissage est dans les tuyaux, suivie par d'autres équipements qui devraient également voir le jour. « Nous devons investir pour moderniser notre outil de production, être capables de l'adapter aux besoins à venir », explique le directeur du site. Il détaille les enjeux : « Nous basculons vers des produits innovants. Nous passons ainsi de productions de type « grands volumes » à des procédés plus récents, en plus petite quantité, qui exigent un niveau de qualité encore plus important. Par ailleurs, notre objectif est d'aller vers davantage d'automatisation ».
Un investissement, vu sur le long terme, pour ce centre d'excellence en matière de remplissage aseptique. « Quand on investit sur un tel site, on se projette sur les quinze prochaines années », rappelle-t-il. « Comme on ne sait pas encore quels seront les formats à l'avenir, on ne s'interdit pas d'avoir nos futures lignes capables d'utiliser des seringues ou d'autres types de contenants comme des flacons », précise-t-il.
Une partie de ces investissements est consacrée à la dimension environnementale, avec, par exemple, l'installation d'ombrières photovoltaïques, un travail sur le remplacement des groupes froids ou l'évolution des emballages tout en carton, sans composants plastiques.
La transformation en cours de l'usine du Trait passe également par un volet de digitalisation pour accentuer sa productivité. À l'unisson de la dynamique du laboratoire français, qui investit massivement sur l'IA et l'usine du futur, le site normand veut favoriser l'exploitation de ses données de production. « Pour nos métiers, la digitalisation permet d'être au cœur du procédé de fabrication, de capter un maximum d'informations pour anticiper ce qui va se passer sur la ligne et continuer d'optimiser la production », insiste le directeur du site.
Une performance collective à cultiver
Et au-delà de l'aspect technologique, Antoine Quin revient sur la notion de « performance collective », forgée par les équipes du Trait, au cours du temps. Les équipes de production qui se rendent quotidiennement sur le site pourront bientôt compter sur un centre d'excellence en matière de formation. Un sujet travaillé dans sa dimension pratique, avec une ex-ligne de production modifiée afin de former le personnel aux gestes pratiques. « Répéter les gestes, pouvoir aussi se tromper, avant de passer sur une ligne réelle », illustre Antoine Quin.
Des formations théoriques et en ligne sont aussi ouvertes au personnel autour de trois axes : qualité, sécurité et maîtrise des process. « La qualité et la sécurité sont deux piliers indispensables; une fois qu'ils sont enracinés, il est plus facile d'aller chercher de la performance », observe Antoine Quin.
À leur arrivée sur le site, les nouveaux employés assistent également à un module d'accueil de plusieurs jours pour se familiariser avec les différentes activités du site, avant d'intégrer leur équipe. Pour relever les challenges du futur, le site recrute au-delà du bassin d'emploi normand. « Nous avons de nombreux salariés qui viennent de l'extérieur de la Normandie et nous sommes fiers de recenser près de 20 nationalités différentes sur le site », remarque son directeur. Une façon de renouveler aussi les regards et les approches pour faire continuer à évoluer et grandir le site, dans les années à venir.



