Au Mondial de l’Auto, Jeep tente de défendre l'intérêt d'une transition électrique des SUV

Sur les 14 marques du groupe Stellantis, un seul constructeur étranger a fait le déplacement au Mondial de l’Auto: Jeep. Peu présente en Europe, l’entreprise américaine espère s'y faire une place avec un nouveau catalogue de véhicules électriques.

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Jeep Avenger véhicule 100% électrique du groupe Stellantis
Les livraisons du Jeep Avenger doivent débuter en 2023 en Europe.

De nombreux constructeurs automobiles voient la transition électrique comme une porte d’entrée sur l’Europe. Parmi eux, la marque Jeep du groupe Stellantis. Au Mondial de l’Auto, le fabricant américain de 4x4 a dévoilé l’Avenger, un SUV 100% électrique taillé pour le Vieux Continent. Malgré les critiques sur l'empreinte environnementale de ces véhicules, l’entreprise croître en Europe pour réduire son exposition au marché américain.

S'il bénéficie d'une belle présence en Italie, Jeep a eu du mal à percer sur d'autres marchés européens, comme la France. Notamment à cause des malus sur les véhicules polluants. «Nous n’avons pas eu la chance d’avoir les produits adaptés pour la France», déplore Christian Meunier, directeur de la marque. En 2021, Jeep ne pesait que 0,5% du marché français, avec 11 096 immatriculations. Et dans l’Union européenne, la pénétration du constructeur se limitait à 1,2%, avec 120 669 livraisons.

«L’électrification n’a que des avantages pour le tout-terrain»

Le succès de Jeep va-t-il enfin s’exporter? L’Avenger représente une rupture en bien des aspects. Il s’agit du premier modèle de la marque exclusivement destiné à l’Europe, et surtout du premier véhicule 100% électrique de Jeep. Le constructeur américain assure que cette technologie est conciliable son identité de marque. «L’électrification n’a que des avantages pour le tout-terrain», défend Christian Meunier. Le directeur rappelle que dans un véhicule thermique, en cas de forte pente, l’inclinaison des fluides et de l’huile peut limiter les capacités de franchissement.

Alors que les voiturettes envahissent le Mondial de l’Auto, le directeur de Jeep reconnaît des efforts à réaliser sur l’allégement. Quand bien même ils sont électriques, les SUV embarquent de lourdes batteries dont l’impact environnemental n’est pas neutre. «Il faut travailler sur le poids. Dans quelques années, les batteries auront une chimie différente. Cela nous permettra d’assurer la même performance avec un poids inférieur de 20 à 25%», assure Christian Meunier. Au Parlement européen, certains élus souhaitent durcir les réglementations sur ces véhicules. «Les SUV sont une aberration écologique et coûtent trop cher. Je légiférerai», a menacé l’eurodéputée écologiste, Karima Delli.

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Une usine polonaise convertie à l’électrique

Si Renault et Stellantis relocalisent une bonne partie de leurs véhicules électriques en France, Jeep a trouvé un autre bastion industriel en Europe: l’usine de Tichy en Pologne, qui assemble également des versions thermiques de la Fiat 500. «En 2022, le site de Tichy ne produira que 155 000 voitures en fin de vie (des Fiat 500 et des Lancia Ypsilon). La relève passera par le nouveau SUV Jeep Avenger et ses dérivés Alfa-Romeo et Lancia», chiffrait en septembre Inovev. Le cabinet prévoit un rythme de production de 100 000 unités par an pour le nouvel Avenger.

«Nous sommes les premiers à produire une voiture électrique en Pologne», revendique Christian Meunier. Et le patron assure que ce choix n’est pas uniquement lié au coût de la main-d’oeuvre sur place: «C’est l’une des meilleures usines du groupe en termes de qualité, de productivité et de coûts.»

Un aspect pourrait toutefois ternir le bilan de l’usine polonaise: sa dépendance à un mix électrique très carboné. «Malheureusement, la Pologne dépend assez du charbon pour ses besoins énergétiques, admet Christian Meunier. Le fait de produire cette voiture à Tychy va peut-être stimuler l’intérêt du gouvernement polonais à trouver des sources d’énergie plus propres.» Le sujet compte d’autant plus que Stellantis s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2038.

Revers en Chine, espoirs en Europe

Pour l’instant, Jeep réalise 64% de ses ventes en Amérique du Nord. La marque veut rééquilibrer cette part à 50% en se tournant vers d’autres marchés à l'international. En Chine, le constructeur américain a subi un gros revers avec l’arrêt de la coentreprise entre Stellantis et GAC, qui produisait sur place des Jeep.

Outre l'Avenger, Jeep prévoit de lancer quatre modèles 100% électriques en Amérique du Nord et en Europe d’ici à 2025. Avec ce nouveau portefeuille, la marque tout-terrain espère que l’Europe représentera à terme 15% de ses ventes, contre 10% aujourd'hui. Malgré le bilan controversé des SUV, Jeep sait que le segment reste populaire chez les consommateurs. «En 2023, le segment B-SUV devrait atteindre un total annuel de 2,2 millions de ventes, soit un véhicule sur cinq vendu en Europe», chiffre l’entreprise.

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