Chronique

Au ministère de l'Agriculture, les pesticides comme pari d'avenir ?

[Agronomix, un regard sur l'agro] Entre sa volonté de couper les vivres à l’Agence Bio et son soutien à la loi Duplomb (sénateur LR) et sa proposition phare, la réintroduction d’un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard multiplie les signaux forts.

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Drones dans les champs pour l'épandage de pesticides
La proposition de loi Duplomb ouvre la voie aux épandages aériens.

La politique est une affaire de symboles. Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, l’a bien compris. En annonçant le 20 mai qu’elle sabrait le budget de l’Agence Bio de 15 millions d’euros, soit plus de 60%, celle qui fut un soutien indéfectible de François Fillon a réaffirmé son hostilité à une boutique déjà à la peine après bientôt quatre ans de crise du bio. En début d’année, Annie Genevard avait déjà tenté de supprimer tout bonnement l’agence.

Faire plier les réticences au gouvernement sur l'acétamipride

Autre symbole, son activisme sur la proposition de loi Duplomb, du nom de ce sénateur LR qui porte le texte. Plus qu'un simple soutient au texte, la ministre de l’Agriculture a tout fait pour rallier l'ensemble des membres du gouvernement (et en particulier le ministère de la Transition écologique) au soutien de l'article qui prévoit la réintroduction d’un membre de la famille des néonicotinoïdes, l’acétamipride. Cet insecticide, interdit en France depuis 2018 mais autorisé chez nos voisins européens, est notamment utilisé par les betteraviers et producteurs de noisettes. Le texte est désormais aux mains d'une Commission mixte paritaire.

Un discours pro pesticide qui passe à côté des enjeux ?

Par ces deux prises de position, Annie Genevard, qui ne souhaite pas assumer l’éventuel échec de la proposition de loi Duplomb (largement soutenue par des agriculteurs en quête de simplification), place son ministère sur une ligne plutôt pro pesticides. Et ce, alors qu’il ne fait aucun doute que les objectifs de réduction que s’est fixée la France pour la fin de la décennie seront manqués. Le débat méritait sûrement mieux, même s’il est difficile de réconcilier les camps productivistes et écologistes.

Deux certitudes sur le sujet. Primo, l’effet plus que délétère pour la biodiversité des néonicotinoïdes. On note d'ailleurs qu'en betterave, si les pucerons peuvent proliférer, c'est aussi parce que les régulateurs naturels dans ces zones agricoles ont été réduits à portion congrue. Deuxio, l'interdiction des "néonics" est injuste pour des producteurs mis en concurrence avec d’autres qui sont en droit d’utiliser ces mêmes molécules. Elle créé une différence de traitement sans contrepartie apportée par la communauté. Aussi, ce n'est pas un hasard si la filière françaises de noisettes plafonne. 

Des débats à Bruxelles plutôt qu'au palais Bourbon 

Des sujets qui méritent d’être traités au niveau européen. Les discussions sur la future PAC (Politique agricole commune), dont l’entrée en vigueur est attendue en 2028, tombent à point. Elle est la seule politique à même de poser un cadre systémique pour mettre un coup de frein à la dépendance aux pesticides. Mais après un an et demi de manifestations agricoles un tel virage semble bien hypothétique.

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