Arkema investit 50 millions d’euros à Pierre-Bénite pour mieux servir le marché des batteries

Le chimiste français a engagé un investissement d’environ 50 millions d’euros à Pierre-Bénite (Rhône) pour renforcer son offre dans les composants pour les batteries. Un centre d’excellence dédié et un pilote industriel ont été inaugurés le 19 novembre sur le site. Arkema va aussi augmenter de 50% les capacités de l’usine pour son polymère fluoré Kynar, et ajouter une version d’origine renouvelable.

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Une vingtaine de chercheurs officient depuis quelques mois déjà dans le Centre d'excellence Christian Collette sur le site d'Arkema à Pierre-Bénite (Rhône), dédié aux batteries pour la mobilité électrique.

Les besoins grandissants de la mobilité électrique et les perspectives de la demande en batteries sont une opportunité pour Arkema. Le groupe chimique français a investi environ 50 millions d’euros sur son site de Pierre-Bénite, dans la périphérie de Lyon (Rhône) pour renforcer à la fois ses capacités de R&D et son outil industriel dans le domaine. Avec des ambitions très marquées. "En 2019, notre chiffre d’affaires pour le marché des batteries était d’un peu moins de 100 millions d’euros, nous visons désormais environ 1 milliard d’euros en 2030", pointe Thierry Le Hénaff, le PDG. Arkema n’est pas un producteur de batteries. Mais ses matériaux de spécialités apportent des solutions à de multiples niveaux.

Au sein des cellules, le groupe utilise son polymère fluoré PDVF (polyfluorure de vinylidène, gamme Kynar) dans les liants et les revêtements des séparateurs, et des sels de lithium. Pour l’enveloppe des cellules, des matériaux comme des adhésifs et mastics trouvent des applications dans le collage, et le polyamide 11 entièrement biosourcé de la gamme Rilsan est employé dans les circuits de refroidissement des lignes de batteries.

Des questions de performance et de recyclage

C’est toute cette palette de spécialités et de matériaux, ainsi que d’autres en développement, qu’Arkema veut renforcer pour améliorer la performance des batteries, qu’il s’agisse de la densité énergétique et du temps de chargement ou des besoins d’allègement. L’objectif est également d’adapter en continu les matériaux et leurs performances aux batteries de nouvelle génération, comme le tout solide ou les cathodes sans cobalt, ainsi qu’à de meilleurs procédés de recyclage, pour permettre en particulier une meilleure récupération des sels d’électrolyte, des polymères et des métaux rares.

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L’immense besoin des véhicules électriques

Si les applications dans les usages stationnaires, le stockage d’énergie renouvelable et l’électronique représentent des segments essentiels, la priorité actuelle concerne la mobilité électrique. Et notamment les besoins pour l’automobile. "L’urgence écologique et les nouvelles réglementations imposent d’investir massivement dans la transition vers les véhicules électriques. En 2020, en Europe, un véhicule vendu sur dix était électrique. En 2030 cette proportion devrait dépasser les 70% et approcher de 100% en 2050", relève Thierry Le Hénaff.

Pierre angulaire de la recherche mondiale d’Arkema dans les batteries

Le plan d’investissements déployé à Pierre-Bénite a d’abord servi à renforcer le Centre de recherche Rhône-Alpes (CRRA, environ 200 salariés) d’Arkema, un des plus importants de son réseau mondial de R&D, implanté depuis 1948 sur le site. Depuis quelques mois, le CRRA abrite le Centre d’excellence Christian Collette, en hommage au directeur de R&D d’Arkema disparu au printemps dernier. Ce centre, inauguré le 19 novembre, est entièrement dédié aux batteries pour la mobilité propre. Pour le moment, une vingtaine de chercheurs s’active dans ce réseau de laboratoires gravitant autour d’une salle sèche, le cœur stratégique pour les procédés d’analyses et d’applications. Ce centre est présenté par Thierry Le Hénaff comme la "pierre angulaire de notre réseau de laboratoires spécialisés sur les batteries dans le monde", et va "concentrer la moitié de notre recherche mondiale dans ce domaine" avant "son doublement dans les prochaines années".

Sur le volet industriel, le plan d’investissements a d’abord permis d’installer un pilote de pré-industrialisation de sels d’électrolytes de nouvelle génération. Déjà opérationnel, adjacent au nouveau centre d’excellence, il doit permettre une industrialisation du procédé "à horizon 2025-2030", selon Erwoan Pezron, directeur général adjoint Polymères haute performance d’Arkema. Lequel souffle qu’en accueillant un tel pilote, le site rhodanien se positionne déjà bien pour accueillir une telle industrialisation.

50% de capacités additionnelles de PVDF et un nouveau grade biosourcé

En attendant, un premier projet industriel est bien confirmé. Arkema va augmenter de 50% les capacités de PVDF de l’usine. Les travaux de terrassement ont déjà été engagés et le "démarrage est prévu début 2023", précise Pierre Clousier, directeur du site de Pierre-Bénite. En plus d’augmenter les capacités, le groupe prévoit d’initier la production sur place d’un grade de Kynar biosourcé. "Nous produirons une nouvelle gamme d’origine renouvelable, dérivée de l’huile de pin" qui doit permettre de réduire de "20% l’impact de la production de PVDF", assure Thierry Le Hénaff. Promettant la disponibilité de ce grade dont toute la chaîne carbonée ne sera plus pétro-sourcée mais d’origine végétale, dès la mi-2022.

David Silagy, directeur général Fluoropolymères du groupe précise que "20% des futures productions de PVDF seront ainsi d’origine renouvelable à Pierre-Bénite", avec une volonté de faire plus en espérant même atteindre 100%. Ce grade breveté par Arkema dispose de caractéristiques identiques au PVDF pétro-sourcé, sans rien modifier à ses champs d’applications.

Pierre-Bénite préféré aux sites américain et chinois d’Arkema

Ce plan d’investissements, épaulé par une aide européenne et bientôt par le plan France Relance, va renforcer Pierre-Bénite, qui est une vaste plateforme d’Arkema dédiée à la chimie des dérivés fluorés. Ses les origines remontent à 1902, et elle emploie environ 400 salariés. Dans le monde, le chimiste tricolore - dont l’un des fondements industriels est de produire localement pour ses marchés régionaux - dispose de deux autres plateformes, plus grandes, de PVDF : à Calvert City aux Etats-Unis (Kentucky) et à Changshu, en Chine. En 2012, dans un contexte de tensions avec les syndicats, un projet de 70 millions d’euros envisagé sur le site rhodanien avait finalement été déployé ailleurs. Cette fois-ci, Pierre-Bénite a décroché la palme.

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