Il s’agit d’une des transactions majeures dans l’industrie chimique cette année. Arkema a annoncé le 14 décembre un projet de cession de son activité de polyméthacrylate de méthyle (PMMA) au groupe américain Trinseo, dans le cadre d’une opération valorisée à 1,137 milliard d’euros.
Cette cession, envisagée pour une finalisation mi-2021, représente aussi l’une de plus grandes cessions initiées par Arkema. Le groupe va ainsi abandonner des positions de leader sur ce marché, lui qui est numéro 1 des résines PMMA aux Etats-Unis et numéro 2 en Europe. Mais ce projet s’inscrit dans sa stratégie de concentrer ses activités sur les matériaux de spécialité, et cette cession ne marque donc pas une surprise. D’autant plus que le chimiste français avait indiqué dès avril dernier son intention de tourner la page du PMMA.
510 millions d'euros de chiffre d'affaires, 860 salariés
En 2020, Arkema estime que le chiffre d’affaires de cette activité cédée s’établira à environ 510 millions d’euros, pour un Ebitda de l’ordre de 122 millions d’euros. 860 salariés d’Arkema devraient ainsi rejoindre Trinseo. Ce groupe américain est un géant mondial des plastiques, des caoutchoucs synthétiques et du latex. Ancienne division des styréniques de l’américain Dow Chemical et évoluant indépendamment depuis 2010, Trinseo recense 2 700 salariés dans le monde sur 17 sites industriels, et a généré environ 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019. La reprise du PMMA d’Arkema doit lui permettre de renforcer ses gammes de plastiques de performance.

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Le PMMA, appelé aussi verre acrylique, est une résine connue pour sa grande transparence, écoulée sous les gammes Altuglas et Plexiglas. Produit sous formes de granulés ou de plaques, le PMMA est utilisé notamment dans les secteurs de l’automobile (feux, lentilles optiques…), de la construction (isolation phonique et acoustique), du sanitaire (structures de douches et salles de bain), ou encore utilisé dans les domaines de la signalisation et des enseignes lumineuses.
Sept sites industriels cédés dont l'unité mosellane de Carling
Sept sites industriels d’Arkema vont changer de propriétaire, le groupe transférant à Trinseo l’intégralité de ses unités de production de PMMA ainsi que celles de monomère, le méthacrylate de méthyle (MMA). Trois sont situées en Amérique du Nord, dont deux aux Etats-Unis (Bristol et Louisville) et une au Mexique (Madamoros), et les quatre autres en Europe : Bonderslev au Danemark, Rho et Porto Marghera en Italie, et l’unité de Carling-Saint-Avold en Moselle (voir encadré ci-dessous).
Spécialisation intégrale en marche
Cette opération, alliée à la cession en octobre 2019 de son activité de polyoléfines avancés au Sud-coréen SK Global Chemicals, va permettre au groupe français de passer la part de son chiffre d’affaires (8,74 milliards d’euros en 2019) dans les matériaux avancés, à plus forte valeur ajoutée, de 79% à 87%. Celle-ci n’était que de 50% lors du spin-off d’Arkema du giron de Total en 2006, et doit atteindre près de 100% d’ici à 2024. Selon les perspectives annoncées au printemps dernier, parmi les activités dans les intermédiaires chimiques subsistant dans son portefeuille, Arkema continue de réfléchir à l’avenir de sa branche des gaz fluorés, dont une partie devrait rester intégrée pour alimenter ses productions de spécialités chimiques et de polymères fluorés, et de ses activités acryliques, avec une volonté de réduire sa part dans les monomères acryliques mais de la renforcer dans les spécialités acryliques.
Arkema réduira sa présence à Carling
L’un des trois sites européens de production de plaques PMMA d’Arkema est localisé dans l’Hexagone, sur la plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle). Le groupe a en effet étoffé ses activités sur le site pétrochimique lorrain en démarrant en 1973 la fabrication de plaques de verre acrylique (PMMA) pour le bâtiment, l’industrie sanitaire, le transport et la communication (enseignes, présentoirs, etc.) Cette activité, regroupée au sein de l’entité Altuglas International, filiale d’Arkema, emploie localement 120 personnes. La première ligne de fabrication de pièces thermoplastiques a été complétée dans les années 2000 par une deuxième, puis une troisième unité ; cette dernière étant réservée aux plaques de grande épaisseur (murs anti-bruit, enseignes, etc.) L’arrêt de la production du monomère du PMMA en 2009 à Carling-Saint-Avold, a conduit Altuglas International à s’approvisionner sur son site de Rho (Italie).
Au printemps dernier, les besoins en cloisons de séparation induit par la pandémie a fait décoller la production de l’usine de 15%, avec 1 500 à 2 000 plaques produites par jour. La situation sanitaire s’est traduite par une hausse des volumes de plaques transparentes et une diminution de la production de produits opaques pour le marché du sanitaire (baignoires, receveurs de douches, etc.) qui représentent habituellement 40% des ventes.
Arkema ne se retirera toutefois pas de la plateforme chimique de Carling. Le groupe y conservera ses unités de production de monomères acryliques, utilisés pour les marchés des peintures, des vernis, des adhésifs, du traitement des eaux, ou encore des polymères de spécialités, ainsi que ses productions de matériaux super-absorbants qu’il fabrique entièrement pour le compte du chimiste japonais Sumitomo Seiko. A Carling, 260 salariés resteront ainsi dans le giron d’Arkema.
Philippe Bohlinger



