Avec la mise en place, prévue pour le 4 juillet, de droits de douanes supplémentaires allant jusqu’à 38% sur les importations de véhicules électriques chinois en Europe, la riposte de Pékin était attendue. Elle s’est concrétisée avec la notification par les dirigeants de l'ouverture d'une enquête anti-dumping jusqu’en 2025 sur les producteurs européens de viande et de sous-produits de porc.
En cas de restrictions sur les importations de produits porcins venus de l’Union européenne, l’Allemagne ne serait pas le pays qui a le plus à perdre. Depuis 2020 et l'apparition de la peste porcine dans ses élevages, les importations allemandes ont en effet été stoppées net par le gouvernement chinois. Alors qu’en 2020, l’Allemagne y exportait encore 319 448 tonnes de viande de porc fraîche, réfrigérée et congelée, le chiffre est tombé à 739 tonnes en 2023 et ne concerne plus que des produits à faible valeur ajoutée (aliments pour animaux, graisses industrielles…). Tandis que Cem Özdemir, le ministre de l’Agriculture, rappelait en avril dernier que plus aucun cas de grippe porcine n’a été recensé sur le territoire, les relations ne se sont toujours pas normalisées.
Afflux de porcs sur le marché européen
De fait, dans l’intervalle, l’Espagne est devenue le plus gros fournisseur européen de porc en Chine, avec plus de 560 000 tonnes vendues en 2023 pour une valeur totale de 1,2 milliard d’euros, selon l'organisation interprofessionnelle Interporc. Le pays est suivi par les Pays-Bas, le Danemark et la France en termes de volumes. Mais le secteur allemand de la viande, qui pèse 46 milliards d'euros, évoque comme effet collatéral une baisse généralisée des prix en Europe, devenu son premier débouché : en 2023, sur les 2,2 millions de tonnes de porc exportées par l’Allemagne, 1,9 million l’ont été dans les pays de l’UE. «S’ils ne peuvent plus exporter vers la Chine, les pays exportateurs, en particulier l’Espagne, risquent de se rabattre sur l’Europe, ce qui va entraîner une pression à la baisse sur les prix du porc dans l'UE , prédit Thomas Dosch, porte-parole de Tönnies, le plus grand transformateur de viandes national, évoquant une «perte de revenus douloureuse». Des craintes qui font d’ailleurs écho à celles exprimées en 2020 par les éleveurs français après le bannissement des porcs allemands en Chine.
Relance de l'opposition aux droits de douanes
En corollaire, l’escalade récente des tensions entre la Chine et l’Europe, qui touche également le cognac français, ont relancé en Allemagne l’argumentaire contre l’instauration de droits de douane sur les véhicules électriques ou les équipements photovoltaïques chinois, contre laquelle le gouvernement n’a jamais caché son désaccord. En marge du sommet G7 dans le sud de l’Italie, le chancelier Olaf Scholz a ainsi rappelé qu’il était en train de pousser les négociations avec Pékin. «Nous sommes sur la bonne voie», a-t-il indiqué, espérant que le conflit sur les véhicules électriques soit résolu d’ici à la fin du mois de juin, sans toutefois en dire davantage.
«Une guerre commerciale avec la Chine ne servira personne», abonde Clemens Fuest, président de l'Institut d’analyse économique Ifo à Munich. Selon lui, les voitures électriques chinoises bon marché facilitent en effet l'électrification du parc automobile européen et donc la décarbonation. D’autant que certains constructeurs allemands, comme BMW, produisent dans l’Empire du Milieu et risquent aussi d’être pénalisés. De plus, compte-tenu de leurs faibles prix, le risque est grand que les fabricants chinois continuent à gagner des parts de marché en Europe malgré l’instauration de droits de douane plus élevés, tandis que les produits européens feraient l’objet de restrictions en Chine.



