Entretien

"Après la fermeture de Chapelle-Darblay, le marché s'est régulé", constate Stéphane Panou (Federec)

En juin 2020, UPM arrêtait les machines de sa papeterie de Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), qui absorbait chaque année 350 000 tonnes de papiers à recycler. Les représentants de l’usine doivent se prononcer d’ici au 28 septembre sur les offres de reprise du site. Stéphane Panou, président de la filière Papiers-cartons de la fédération des entreprises du recyclage (Federec), décrypte l’état du marché français et l'évolution du paysage industriel dans le secteur.

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UPM Chapelle Darblay
L'usine papetière de Chapelle-Darblay, à Grand-Couronne (Seine-Maritime), dont l'avenir est en sursis.

L’Usine Nouvelle - Comment se porte aujourd’hui la filière papier-carton en France ?

Stéphane Panou - Aujourd’hui, la filière se porte plutôt bien. Pour autant, le papier journal, à base de papier recyclé, vit une crise assez forte. Nous avions une baisse de la collecte et du recyclage de papiers de 13,8% en 2019 contre 2018, avec dedans une grosse partie dédiée aux papiers graphiques. En 2020, nous pensons que la baisse atteint environ 17%. La réduction de la consommation de journaux et de magazines s’est accélérée pendant la crise sanitaire, avec un basculement sur la presse numérique. Concernant les papiers de bureau, qui permettent de fabriquer de la pâte sèche (ramettes de papier, papiers d’hygiène, nappes et serviettes jetables), le redémarrage de l’activité permet d’envisager de meilleures perspectives.

Quelles sont les conséquences industrielles de ce nouveau paysage ?

UPM Chapelle-Darblay a fermé. En Angleterre, UPM Shotton a été vendu pour un projet de reconversion en production de PPO (papier pour carton ondulé) à un papetier turc. Il est envisagé la fermeture (reconversions comprises) de 3 millions de tonnes (Mt) de capacités de production de papier-journal à base de recyclé en Europe d’ici à la fin 2022. Cela va nous permettre de revenir à un équilibre sur le marché.

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De quelle manière s’effectue la montée en puissance des capacités de production de papiers-cartons d’emballage ?

On assiste, en parallèle, à une augmentation de la collecte et du recyclage de cartons : +2% en 2019, et probablement +3% à +3,5% en 2020. Sur les années à venir, +4% à 5% par an. Des capacités de production vont sortir de terre. Entre le 1er janvier 2021 et la fin 2023, 7 millions de tonnes nouvelles de production de papiers pour ondulés doivent être mises en service en Europe et en Turquie. On compte deux machines en Turquie et onze machines en Europe, dont une en France (le projet Box chez Norske Skog à Golbey). Depuis un mois, une 14e unité est à dénombrer, avec l’implantation future de VPK sur le site d’Alizay (Eure). Fin 2023, la France disposera d’une capacité de production de 1 Mt sur le territoire français (600 000 tonnes à Golbey et 400 000 tonnes à Alizay). 

De nouvelles capacités de production de papier pour ondulé (servant à fabriquer le carton d'emballage) vont arriver en Europe.

Quelle est la répartition actuelle du gisement français, et comment est-il recyclé?

Sur les 6,7 Mt de papiers-cartons (4,2 Mt de cartons et 1,2 Mt de papier) collectées par les adhérents de Federec en 2019, 5,2 Mt ont été recyclées par l’industrie papetière française. L’excédent part en Allemagne, en Espagne et en Italie principalement; un peu en Suisse et en Belgique. 

La transition de nouveaux secteurs de l’emballage plastique vers l’emballage carton aura-t-elle un fort impact ?

Des plats en PET passent en emballage carton, dans la restauration par exemple. En termes de taux de récupération, en France, on récupère 80% des papiers-cartons mis sur le marché (72% en Europe), contre 28% pour les plastiques. L’extension des consignes de tri a été mise en place pour développer la collecte des plastiques. Comme on simplifie le geste de tri, on voit plus d’emballages au global. Nous avons été obligés de moderniser nos installations.

Y a-t-il un impact, pour la filière papier, de la fermeture de Chapelle-Darblay ?

La papeterie de Chapelle-Darblay, productrice de papier journal issu du recyclé, ne manquera pas à la France. C’était un énorme acheteur de papiers collectés, mais si l’usine a fermé, c’est qu’il y a moins de demande de papier journal. Sur les 350 000 tonnes qui étaient consommées par l’usine, une grosse partie a disparu. Le marché s’est régulé. Norske Skog Golbey consomme toujours 450 000 à 500 000 tonnes de papier par an. La petite machine sera dopée afin de consommer jusqu’à 500 000 tonnes pour produire du papier journal recyclé, et la PM1 sera remplacée par une unité de production de papier pour ondulé. L’autre partie du gisement part majoritairement en Allemagne, le plus gros consommateur de papiers graphiques en Europe.

Quel est le positionnement des différents projets de reprise du site de Grand-Couronne ?

Deux projets sont en lice : d’un côté, un projet papetier porté par Fibre excellence et Veolia, et d’un autre côté un projet non-papetier porté par un investisseur local, Samfi, associé avec Paprec* sur la production du plus gros site d’hydrogène en France (350 millions d’euros à terme). Paprec interviendrait pour la partie chaudière biomasse (CSR) qui viendrait alimenter l’usine en énergie, ainsi qu’un projet plus classique de gestion de déchets (papiers-cartons, plastiques…). Paprec aurait aussi été présent sur le dossier VPK, s’il s’était concrétisé. Nous avions aussi cet attelage possible avec Samfi. Récemment, Paprec a racheté l’ex-Tiru/Dalkia Wastenergy, qui a ajouté une corde supplémentaire à son arc avec l’exploitation de chaudières. 

(*) Outre son mandat chez Federec, Stéphane Panou est également directeur commercial chez Paprec

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