Chronique

Après l'ouverture de son capital par Patrick Drahi, qui pourrait bien racheter SFR ?

Pour la première fois, le fondateur d'Altice Patrick Drahi a évoqué une possible cession d'une partie du capital de SFR. Qui pourrait acheter le deuxième opérateur français ? Et surtout, à quel prix ? 

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Mercredi 6 décembre, un tabou a sauté. Selon le quotidien Le Monde, Patrick Drahi, le fondateur d'Altice, aurait confié à la banque Lazard, aidée de BNP Paribas, la vente d'une partie du capital de SFR, deuxième opérateur français derrière Orange. Jusqu'alors, l'homme d'affaires n'avait jamais envisagé la cession même partielle de cette activité. En début de semaine, seule la vente de son activité centre de données (ou datacenters) était évoquée. Reste qu'on ignore à peu près tout du périmètre de l'opération exploratoire en cours, les différents intervenants refusant, comme de coutume, de commenter les données.

Dettes et enquêtes judiciaires

Les raisons pour justifier sont connues. Le groupe de M. Drahi, qui s'est constitué par rachats successifs, connaît par un effet de levier ce qu'il arrive toujours quand l'endettement est élevé et que les taux d'intérêt repartent à la hausse. Une situation rendue encore plus complexe par les soupçons de délits financiers d'Armando Pereira, réputé proche de Patrick Drahi, au Portugal. 

Dans ces conditions, la question du prix à payer risque d'être très débattue. Si les activités télécoms d'Altice France affichent en 2022 un chiffre d'affaires de 11,0 milliards d'euros et un Excédent brut d'exploitation (Ebidta) de 4,0 milliards, les potentiels acquéreurs de tout ou partie du capital n'ignorent pas qu'Altice France affiche une dette de 24 milliards d'euros. Les derniers résultats publiés pour le second trimestre de 2023 indiquent pour la seule activité "télécoms" en France un recul de 2,5% du chiffre d'affaires et de 5,4% de l'Ebitda (par rapport à la même période un an plutôt).

Numéro deux sur son marché

Deuxième opérateur télécoms de France, SFR compte plus de 20 millions d'abonnés à un service mobile et 6,5 millions d'abonnés à un service fibre. La prise de parole de Patrick Drahi pourrait soulever à nouveau la question du nombre d'opérateurs télécoms. Une consolidation du secteur semble indispensable aux entreprises du secteur – pourvu qu'elles ne soient pas dans le rôle de l'absorbée –, mais peut-elle avoir lieu ? La guerre des prix que se sont menés Orange, SFR, Bouygues et Free pour grignoter des parts de marché a réduit leurs marges financières... et leurs marges de manœuvre.

Surtout que cela a lieu à un moment où ces entreprises doivent investir dans les réseaux – 5G pour les mobiles et fibre pour les connexions fixes. D'où ce débat sur le nombre optimal d'opérateurs, énième avatar de la dispute entre les défenseur d'une concurrence bénéficiant à tout prix aux consommateurs et ceux qui pensent qu'elle doit préserver les intérêts industriels. La Commission européenne, compétente sur le sujet, a toujours estimé que la concurrence est souhaitable, dans l'intérêt des entreprises et des particuliers. 

Consolidation nationale ou européenne ?

La formulation actuelle du patron d'Altice laisse entrevoir une ouverture du capital, sans que l'on sache si elle pourrait aller jusqu'à un changement d'actionnaire majoritaire. Ce qui aurait des répercussions certaines, si, par exemple, l'activité de SFR était absorbée par un de ses concurrents actuels. Si un tel rapprochement n'est pas envisageable, qui pourrait être intéressé ? Des entreprises du secteur financier pourraient être tentés. Avec, toujours, la difficulté de trouver un accord sur le prix de vente. Le vendeur aura intérêt à récupérer le plus possible pour éponger sa dette et sauver le reste de son entreprise. L'acquéreur, quel qu'il soit, ne l'entendra pas de cette oreille.

Il est aussi envisageable qu'un opérateur télécoms européen soit intéressé. C'est le vieux fantasme de l'opérateur paneuropéen, soit la constitution d'un opérateur qui couvrirait tout le continent et obtiendrait ainsi un avantage concurrentiel majeur. Les tenants de cette approche estiment possible des économies d'échelle sur les achats. Mais celles-ci peuvent être difficiles à trouver dans l'aval, tant les marchés restent différents d'un pays à l'autre, avec des législation parfois hétérogènes. A cela s'ajoute que l'arrivée d'un concurrent étranger, en déstabilisant les positions établies, pourrait provoquer des remous, voire des représailles. 

Reste qu'un opérateur télécom peut aussi intéresser toutes les entreprises habituées à traiter avec une masse importante de clients. Un opérateur c'est d'un côté de la technique pointue, de l'autre du marketing de masse pour offrir le bon service au bon moment et au bon prix. Un géant de la grande distribution pourrait-il se lancer ? Les tentatives passées via des opérateurs virtuels n'ont pas été vraiment concluantes. A contrario, l'expérience d'Orange dans la banque a révélé qu'il ne suffit pas d'avoir un grand nombre de clients dans deux industries distinctes pour réussir une diversification. On peut faire confiance à son opérateur. De là, à en faire son banquier il y a quelques marches à franchir.

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