A côté de l’usine d’extrusion d’aluminium de Ham, dans la Somme, un terrain vague, des bâtiments en ruines et le squelette d’un vaste hangar – dont seul subsistent quelques murs de briques et de ciment et une toiture métallique qui se détache sur le ciel bleu – témoignent de l’histoire mouvementée du site. Propriété depuis 2013 du fonds d’investissements américain Open Gate Capital, et filiale depuis fin 2022 d’Aluminium Solutions Group (ASG) (issu de la fusion entre deux industriels de l’extrusion, le français AFE et l’espagnol Extol) l’usine de Ham a été créée au début du siècle dernier et est passée entre les mains des grands noms de l’industrie de l’aluminium tricolore, de Pechiney à Constellium.
«C'était un grand site d’aluminium, avec plus de 2000 personnes au pic de son activité, mais qui a connu les hauts et les bas de l’aluminium en France… Nous repartons en phase de croissance», commente Edouard Guinotte devant la friche. Désormais président d’ASG, l’ancien patron de Vallourec, se voulait, lundi 8 avril, porteur de renouveau. D’ici fin 2025, une fonderie d’aluminium recyclé doit voir le jour sur le site. Les nouveaux locaux industriels couvriront un total de 15000 m² (incluant un entrepôt de stockage des déchets d'aluminium et une zone de maintenance pour la fonderie) et s’implanteront sur une partie des terrains et des bâtiments aujourd’hui laissés à l’abandon.
La plus grande fonderie de billettes d’aluminium de France
L’enquête publique sur le projet, baptisé Aluminium Foundry France, débute le 29 avril. Mais ASG a déjà bien entamé les travaux de déconstruction et de désamiantage. L'investissement est stratégique pour le groupe, qui a réalisé 325 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, et prévoit de miser 50 millions d'euros, dont un peu moins de 10 millions de subventions publiques, dans la transformation de l’usine de Ham. La fonderie à venir pourra produire 80000 tonnes de billettes d’aluminium recyclé par an, soit un peu plus de 75000 tonnes de profilés. Des produits qu'ASG peut produire aujourd’hui dans ses quatre usines (trois en France à Nantes, Saint-Florentin et Ham, et une en Espagne).
Nathan Mann La structure de certains bâtiments de la friche de Ham sera conservée, ici pour construire une zone de maintenance à côté de la fonderie neuve.

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«Ce sera la plus grande fonderie de billettes en France», assure Edouard Guinotte qui précise qu’ASG continuera d’acheter de l’aluminium vierge et qu’une partie de la production recyclée de la nouvelle fonderie est destinée à être vendue. L’usine de Ham emploiera 50 salariés directs, qui s’ajouteront aux 70 employés présents aujourd’hui. ASG compte ainsi remonter la chaîne de valeur, mais surtout proposer des produits plus verts et des solutions de recyclage à ses clients.
«Notre matière première sera en majorité des déchets de fin de vie et de chutes de production», explique le PDG du groupe en chiffrant que l’aluminium recyclé aura une empreinte carbone d’à peu près deux tonnes de CO2 par tonne de métal, soit «trois fois plus basse que l’empreinte carbone moyenne de l’aluminium primaire européen», estimée à 6,7 tonnes de CO2 par tonne d'aluminium.
Recycler les profilés de fenêtres en fin de vie en boucle fermée
ASG est un spécialiste des profilés en aluminium. Ces produits longs et légers – c'est l'atout principal du métal qui les compose – sont réalisés un peu comme des churros. Une presse horizontale pousse des billettes d’aluminium en fusion sur des matrices (baptisées filières) pour leur donner différentes formes, souvent creuses. De tels profilés sont utilisés dans le bâtiment (notamment dans les fenêtres, ou des pièces de façades d’immeubles de bureaux), mais aussi dans l’industrie des transports (structures de camions, pièces de crash) ou l’industrie (structure de support des panneaux photovoltaïques).
Pour garantir la performance, ces pièces sont forgées à partir de nuances d'aluminium calibrées, elles-même réalisées avec de l'aluminium non recyclé pour éviter la présence d'impuretés. «Ce qui change la donne, c’est de pouvoir récupérer les déchets en fin de vie issus de chantier de démolition et de rénovation. Les fonderies d’aujourd’hui n’en sont pas capables, car ils peuvent contenir de la peinture, des barrettes d’isolation en polyamide...», détaille Edouard Guinotte.
Nathan Mann La fonderie produira des billettes d'aluminium recyclé, qui pourront ensuite être extrudées ou vendues par ASG
Pour pouvoir recycler les déchets, notamment les fenêtres qui composent la plus grande part du gisement, AFF mise sur une technologie de fours qui offre une chauffe en deux temps pour brûler en premier lieu les composés organiques volatiles, avant de faire fondre l’aluminium à une température de 1000 °C. Les deux fours de la fonderie fonctionneront avec du gaz naturel, un combustible fossile. «L’électricité, ce n’était pas jouable dans des conditions technico-économiques satisfaisantes», défend le patron d'ASG, qui note qu’il sera hypothétiquement possible de passer les fours à l’hydrogène «sans reconstruire toute l'usine».
Incertitude sur les déchets
Reste à savoir si la nouvelle fonderie de la Somme pourra trouver la matière première pour alimenter ses fours. Les déchets sont encore en grande partie exportés hors de France, pointe Edouard Guinotte en vantant le gain de souveraineté qu’apporte le recyclage d’aluminium – un métal reconnu critique et stratégique – à domicile.
Mais ASG vise un recyclage en boucle fermée et a donc besoin de déchets bien triés, au sein desquels on ne trouve ni d'autres métaux, ni même d'autres alliages d'aluminium comme ceux utilisés dans l'automobile ou l'emballage ! Une gageure alors que les industriels qui collectent l'aluminium en fin de vie en France sont mal équipés en technologies de tri, notait récemment l'Ademe dans l'édition 2024 de son bilan national du recyclage. «La filière doit s’organiser et mettre en place des mécanismes efficace pour mieux trier et récupérer », reconnaît Edouard Guinotte en précisant avoir reçu des lettres d'intention en ce sens.
Une fois bien trié, l'aluminium en fin de vie risque aussi d'intéresser des concurrents, dans l'Hexagone ou à l'étranger. «Tout le monde est en train de s’équiper pour intégrer plus de déchets dans les fours. D’ici deux à trois ans, les capacités de recyclage en France vont augmenter de 50%», expliquait récemment le directeur général de la fédération Aluminium France, Cyrille Mounier à L’Usine Nouvelle. En Vendée, un projet similaire, baptisé Coralium, prévoit notamment de démarrer une fonderie capable de produire 40000 tonnes de billettes d'aluminium recyclé pour profilés par an d'ici fin 2024.



