La modernisation de l’Ukraine profite à la France. Jeudi 13 mai, les deux pays ont signé quatre accords intergouvernementaux d’un montant total de 1,3 milliard d’euros. Alstom est le principal bénéficiaire avec une méga-commande de locomotives électriques. D’autres industriels français vont être mobilisés pour fournir des camions de pompier ou rénover des stations d’eau potable. Parmi eux, Desautel, Saint-Gobain ou encore Vinci.
L’usine Alstom de Belfort pérennisée
Les contrats commerciaux officiels doivent être conclus au plus tard en 2021, selon Alstom. Le constructeur ferroviaire a tout de même salué « une étape décisive vers un futur projet de livraison de locomotives modernes, répondant aux besoins du marché ferroviaire ukrainien ». L’accord porte sur 130 locomotives électriques de fret lourd pour près de 900 millions d’euros, selon l’agence de presse nationale Ukrinform. « En plus de la fourniture des locomotives, Alstom offrirait également la maintenance complète associée, qui serait effectuée localement, dans les dépôts des chemins de fer ukrainiens », précise Alstom
Les signataires ont dû négocier sur la part de travail qui sera réalisée en Ukraine. Alstom avait prévu au départ de lui confier 20 % de la production. Finalement, le groupe a accepté de relever cette part à 35 %. L’accord reste une bonne nouvelle pour l’usine de Belfort (Territoire de Belfort). « Il va contribuer à maintenir un niveau de charge suffisant pour pérenniser l’activité industrielle sur le site et sécuriser 110 emplois », a expliqué Bruno Le Maire, ministre de l’Économie en voyage à Kiev (capitale de l’Ukraine).
Outre Belfort, les usines du Creusot (Saône-et-Loire), Ornans (Doubs), Tarbes (Hautes-Pyrénées) et Villeurbanne (Rhône) pourraient participer au chantier. D’un point de vue plus technique, ce contrat permettra à Alstom de prouver son expertise dans les voies ferrées larges utilisées dans certains pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale. « Depuis 2010, Alstom a acquis une expérience significative dans les chemins de fer à 1520 mm, plus particulièrement au Kazakhstan et en Azerbaïdjan, où il a livré des locomotives électriques de fret et de passagers, adaptées aux exigences techniques et environnementales uniques de la région », détaille l’entreprise. Dans ces pays, les locomotives doivent effectivement résister à des froids extrêmes pouvant atteindre -50°C.
L'Ukraine, un partenaire stratégique
En plus d’Alstom, Desautel a remporté une commande de 370 camions échelles pour 300 millions d’euros. L’entreprise française dispose de plusieurs implantations en France, dont une à Tourouvre (Orne) spécialisée dans la fabrication de véhicules de lutte contre les incendies avec échelle. Cette usine produit plus de 50 véhicules chaque année, selon le site du groupe.
Enfin, l’Ukraine entend investir 70 millions d’euros dans la rénovation de ses stations d’eau potable dans la région de Kiev et Louhansk. Selon BFM TV, ce volet doit mobiliser deux consortiums : l’un composé d’Eiffage et de Saint-Gobain, l’autre de Civipol et de Razel-Bec.
« La France et l'Ukraine sont des partenaires économiques solides », a rappelé Bruno Le Maire. L’Ukraine occupe effectivement une position stratégique, à la frontière de l’Europe et de la Russie. En 2018, Airbus avait remporté un accord préliminaire sur 55 hélicoptères. Une façon pour la France de soutenir l’Ukraine dans son épreuve de force avec la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014. La France a également critiqué le projet de gazoduc Nord Stream 2 qui permettrait de relier la Russie à l’Allemagne en contournant l’Ukraine, la privant au passage de précieux revenus.



