Les chiffres de l'industrie française ne sont pas bons en ce début d'année, ils sont même inquiétants. Nous sommes allés farfouiller dans les statistiques de la Banque de France et sommes tombés sur une statistique clef. C’est ce que l’on appelle le taux d’utilisation des capacités de production dans le secteur manufacturier. En bon français, cela permet de savoir si les usines tournent ou non à 100%.
La réponse est non. Le taux d’utilisation des usines est tombé à 73,9% en décembre. Au plus bas depuis 2010 - hors période Covid évidemment -. En un an, la baisse est de plus de 2 points. Ça peut paraître peu… Mais c’est très symbolique. Bien sûr, tous les secteurs ne sont pas touchés de la même manière. Du côté des bonnes nouvelles, l'aéronautique tient bon. On manque même d'usines dans ce secteur. C’est plus compliqué dans l’automobile. La filière accuse une baisse de cinq points en un an. Il faut dire que selon des données compilées par L’Usine Nouvelle, la production de voitures a chuté de presque 150000 unités en 2024. Un repli de 10% par rapport à l’année précédente. Ce chiffre s'explique en bonne partie par Stellantis, la maison mère de Peugeot et Citroën qui a moins produit ces derniers mois. Les secteurs liés au bâtiment souffrent encore plus : les ventes d’équipements pour la construction ont reculé de près de 8% en volume. La chimie, selon le secteur, est tombée à 71% d’utilisation de ses usines.
Des conséquences en cascade
Ces difficultés ont des conséquences en cascade. D’abord, les stocks de produits invendus explosent. Ensuite, l’investissement industriel est en berne. Dans la chimie, les entreprises coupent dans leurs projets de décarbonation. Et puis, il y a bien sûr l’emploi. Un quart des entreprises chimiques prévoit de ne pas recruter cette année, une tendance qui s’étend à d’autres secteurs. L’industrie allemande – premier client des industriels français – est en crise. L’énergie reste un problème majeur : Michelin paie par exemple son gaz trois fois plus cher qu’aux États-Unis. La concurrence chinoise bouscule encore plus les industriels français. À l'heure où l'on parle de souveraineté numérique avec l'IA, il faudrait aussi regarder du côté de nos usines... C'est ça aussi, le savoir-faire français à défendre.



