Face aux menaces de taxes de Donald Trump, l’aéronautique entre crainte et attentisme

Outre l’automobile, le secteur aéronautique pourrait subir de plein fouet une hausse des taxes douanières, voulue par le président des Etats-Unis Donald Trump, visant le Canada et le Mexique. Si des groupes comme Airbus et Safran peuvent craindre des conséquences, Boeing comme d’autres industriels américains du secteur en seraient aussi pour leur frais. 

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A220 Mobile Alabama Airbus
Les taxes douanières, voulues par Donald Trump contre le Mexique et le Canada, pourraient touchées Airbus et Safran. A moins que le président américain ne fasse machine arrière...

«La guerre économique est en cours et les tarifs douaniers en sont l’un des éléments.» Début janvier, arborant son costume de président de la filière aéronautique française, Guillaume Faury, par ailleurs patron d’Airbus, n’y allait pas par quatre chemins pour qualifier la stratégie du bras de fer menée par le président américain nouvellement élu. Ce qui inquiète en particulier l’industrie aéronautique : l’augmentation de 25% des barrières douanières vis-à-vis du Mexique et du Canada, deux pays centraux dans la complexe chaîne de fournisseurs du secteur. Pour l’heure, Donald Trump a mis sa menace mis sur pause. Une épée de Damoclès au-dessus de tous les industriels.

«Si, d'une manière ou d'une autre, Trump parvient à mettre en œuvre ces plans, l’aérospatiale, comme d'autres secteurs, en pâtira gravement», assure Richard Aboulafia, expert aéronautique au sein du cabinet américain AeroDynamic Advisory. Difficile pour autant d’évaluer clairement les conséquences de la mise en œuvre de tels tarifs douaniers : la maille industrielle aéronautique comprend de multiples flux de pièces et d'équipements entre les Etats-Unis et ses deux pays frontaliers. Les filières aéronautiques canadiennes et mexicaines exportent chacune pour près de 9 milliards de dollars par an vers les Etats-Unis.

Présent sur le sol américain, Airbus possède une chaîne d’assemblage final à Mobile (Alabama) pour son A220 (ex C-Series de Bombardier), alimentée en bonne partie par des fournisseurs canadiens. Quant à sa chaîne dédiée à l’A320, nombre d’équipements proviennent du Mexique. Pays où Safran est par ailleurs fortement présent. Les deux acteurs sont donc exposés directement à la hausse des tarifs douaniers. Les groupes français, qui jouent la carte de la discrétion sur le sujet, pourraient être tentés de répercuter cette augmentation sur leurs produits, conduisant à une hausse du prix des avions, au grand dam avant tout... des compagnies aériennes américaines. Le site américain d’Airbus dessert en effet de manière prioritaire le marché domestique.

Un schéma industriel complexe

Si le patron de Boeing, Kelly Ortberg, a récemment fait savoir qu’il n’était pas inquiet vis-à-vis d’une hausse des droits de douane, son groupe en serait pourtant l’une des premières victimes. Certes, ses usines sont basées aux Etats-Unis et exportent des avions partout dans le monde. Mais, comme pour la plupart des autres grands de l’industrie aéronautique américaine, ces sites sont biberonnés par des fournisseurs présents de part et d’autres de la frontière américaine. Dans l’aviation d‘affaires, les constructeurs Textron et Gulfstream sont par exemple équipés de moteurs Pratt & Whitney Canada.

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Donald Trump peut tempêter : difficile – voire impossible – de faire évoluer ce schéma industriel à court terme, les exigences du secteur aéronautique imposant de très longs délais pour pouvoir changer de fournisseur. C'est d'ailleurs ce que vient de souligner l'association des fabricants d'avions d'affaires, Gama, la très complexe chaîne de fournisseurs: «même dans les cas ou d'autres fournisseurs existent ou pourraient être créés au niveau national, les constructeurs aéronautiques ne peuvent pas passer rapidement à d'autres sources sans l'approbation réglementaire de la FAA, ce qui pourrait compromettre des contrats ainsi que la sécurité et la qualité des produits.» D'autant que dans le cas du Mexique, les faibles coûts de main d'oeuvre constituent un facteur de compétitivité significatif dont les industriels américains seraient bien en peine de devoir se passer.

«En réalité, il ne faut pas se focaliser sur ce pourcentage de 25%, qui sera négocié à la baisse, mais plutôt sur les volumes auxquels cela va s’appliquer, confie Pascal Fabre, expert aéronautique au sein du cabinet AlixPartners. Ces droits de douane pourraient ne concerner que certains éléments, générant certes un impact mais sans pour autant blesser réellement les entreprises présentes sur le sol américain.» Un scénario d’autant plus probable que des syndicats et lobbies de l’aéronautique sont sortis du bois pour s’opposer à ces droits de douanes négatifs pour la filière.

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