D'ici 2023, la Guadeloupe va passer du charbon à la biomasse pour son énergie avec l'implantation par Albioma d'une nouvelle centrale qui nécessitera un investissement de 80 millions d'euros.
Depuis quelques mois, un grand dôme blanc surplombe le port de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. "C'est un silo à granulés bois, une structure gonflable qui a poussé en quelques heures", sourit Nicolas de Fontenay, directeur Antilles-Guyane d'Albioma, (506 millions d'euros de chiffres d'affaires), un producteur d'énergie très implanté dans les Outre-mer. Ce silo doit stocker des pellets de bois, qui viendront se substituer au charbon utilisé dans la centrale thermique que l'entreprise exploite dans la commune du Moule, à l'Est de l'île.
"Notre centrale fonctionne sur deux tranches au charbon et à la bagasse [les résidus de la canne à sucre] depuis 1998, rappelle le dirigeant. L'énergie que nous produisons, pendant la récolte sucrière, fait fonctionner l'usine de sucre du Moule, dernière sucrerie du territoire. Le reste est injecté dans le réseau. En 2011, nous avons installé une troisième tranche 100% charbon. En 2023, nous atteindrons le 100% biomasse." Le silo, qui sera bientôt suivi d'un second, abritera 205 000 tonnes de granulés bois par an, importés des Etats-Unis. Et ce, jusqu'à ce qu'une filière locale, encore inexistante, se structure selon le schéma régional adopté par la région en novembre 2020.
Amandine Ascension Le premier silo de pellets bois installé par Albioma devrait abriter 205 000 tonnes de granulés par an. ©Amandine Ascensio
80 millions d'euros d'investissement
"Il est important pour EDF [qui exploite une centrale au fioul sur la zone portuaire, ndlr] de maintenir une production d'électricité ailleurs pour sécuriser l'approvisionnement électrique en cas de cyclone ou autre aléa", note Nicolas de Fontenay, rappelant ainsi la vulnérabilité de l'île aux risques naturels.
Dès février 2021, la centrale thermique accueillera du granulé bois, déjà livré par bateau, qui, pour l'heure, s'installe à la place des paquebots de croisière, privés de saisons en raison de la pandémie. "Cette nouvelle activité d'Albioma, pourrait accroître un petit peu celle du port", rappelle Jean-Pierre Chalus, le directeur du Grand Port Maritime de Guadeloupe. Elle doit aussi créer 3 ou 4 emplois sur la zone de stockage. Et pour le transport jusqu'à la centrale, "nous réfléchissons à des camions à hydrogène".
Ces changements ont nécessité pour Albioma "un investissement de 80 millions d'euros", précise le directeur. "Le silo mesure 35mètres, contient des capteurs de chaleur et de niveau, des filtres à air et sera surveillé 24h/24,", détaille Florent Charrier, ingénieur projet chez Albioma. "Le granulé bois doit, selon une étude du cabinet Deloitte, réduire nos émissions de CO2 de 87%", salue Nicolas de Fontenay.
Vers l'autonomie énergétique
L'électricité dans les îles non interconnectées est un vrai défi et bien que propices à l'utilisation du vent et du soleil, les départements d'Outre-mer restent très dépendants des énergies fossiles. "En 2019, 77,98% de notre électricité est produite à partir des énergies fossiles", rappelle dans un document, l'Observatoire Régional des énergies et du climat (Orec) de Guadeloupe. Dans le détail, 55 % de l'électricité est produite à partir de fioul, 22 % à partir de charbon, les 23 % restants étant répartis entre différentes énergies renouvelables (géothermie, solaire, éolien, hydraulique, biogaz, biomasse). Dès 2023, l'île, qui veut atteindre son autonomie énergétique en 2030, verra donc 45 % de son électricité produite par des énergies renouvelables.



