Sovamep lance deux projets pour le prix d’un ! Mercredi 14 janvier, l’entreprise de 150 salariés (dont 80 au Maroc), a officialisé un investissement d’environ 15 millions d’euros dans le recyclage de métaux précieux issus des déchets électroniques et le lavage des copeaux de titane sur son site principal de Muret, près de Toulouse (Haute-Garonne). Deux activités techniques, de l’analyse au traitement, pour lesquelles elle travaille en partenariat de R&D avec le BRGM et le CEA, et a obtenu une aide de 5 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets «métaux critiques», lancé en 2022 dans le cadre de France 2030 [voir encadré].
Mieux récupérer le cuivre et les métaux précieux
«Ces projets nous permettent de continuer à nous moderniser, d’aller sur davantage de préparation de produits semi-finis», résume le président de Sovamep, Vincent Delage, à L'Usine Nouvelle. L'homme a repris l’entreprise en 2014 et veut l’orienter pour répondre aux objectifs de souveraineté de la France et de l’Europe dans le domaine des métaux.
La PME industrielle, qui a réalisé 55 millions de chiffre d’affaires en 2024, connaît déjà bien le sujet du recyclage de métaux. Elle collecte et trie de la ferraille, ainsi que 15000 tonnes de métaux non-ferreux (principalement de l’aluminium, du cuivre et de l’inox) par an, et affine déjà – par pyrométallurgie dans des fours, puis hydrométallurgie dans des cuves d’acide et de cyanure – de l’or et des métaux divers plus ou moins précieux (cuivre, laiton, platine, palladium…) à partir de déchets électroniques, de bijoux, de pots catalytiques automobiles ou de dispositifs médicaux sur son site de Muret.
«Cela fait 40 ans que nous extrayons de l’or de façon séparative, ainsi que des lingots de métaux précieux. Nous ne démarrons pas comme une start-up», insiste Vincent Delage, vantant l’expérience de ses opérateurs. Le premier projet, centré sur les métaux précieux, doit permettre d’aller plus loin dans le domaine. Concrètement, un nouveau laboratoire d’analyse permettra «de connaître de façon plus rapide la richesse des cartes électroniques, car certaines sont pauvres en composants tandis que d’autres concentrent beaucoup de métaux», explique le recycleur. Les petits dispositifs en époxy vert comportent souvent du cuivre (autour de 20%), mais leurs circuits peuvent aussi intégrer de l’argent, de l’étain, ou encore du platine et du palladium.

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Sovamep prévoit aussi d’installer de nouveaux broyeurs équipés d’un système d’échantillonnage pour les cartes électroniques tout en analysant leur teneur. Une fois brûlées, les cendres obtenues, riches en métaux précieux, passeront dans une nouvelle chaîne d’électroraffinage, «qui nous permettra de séparer chaque métal, pour sortir du cuivre, du platine, du palladium…», décrit Vincent Delage.
Degraisser les copeaux de titane
Le deuxième projet concerne le titane. Ce métal, léger et ultra-résistant, est très prisé de l’aéronautique et ses sous-traitants. Or, le secteur cherche (difficilement) à réduire sa dépendance au titane russe, et regarde du côté du recyclage – alors que la production de pièces finies génère beaucoup de chutes et de copeaux. Mais les réutiliser n'est pas simple. «Lors de l’usinage, il y a des jets à haute pression qui contaminent les tournures avec de l’huile. Or le titane est un produit sensible : il ne doit pas y avoir la moindre impureté pour pouvoir le refondre, narre Vincent Delage. Il faut donc le nettoyer.»
C’est ce que propose de faire Sovamep, en installant des moyens de découpe des chutes, d’analyse de leur composition puis de dégraissage et de compactage des copeaux. L’entreprise construit un bâtiment séparé, afin d’éviter tout risque de contamination. «C’est un trou dans la raquette : aujourd’hui, la plupart des copeaux vont aux Etats-Unis pour être dégraissés avec du trichloéthylène», estime Vincent Delage. Ce solvant cancérigène est interdit par les règlementations européennes. Sovamep veut proposer une alternative, en utilisant un procédé à base de lavage à l’eau et de four sur lequel l’entreprise ne donne pas de détails.
Interrogé sur le sujet par L'Usine Nouvelle, le métallurgiste Aubert & Duval, actionnaire majoritaire d’Ecotitanium, une usine de recyclage de titane aéronautique dans le Puy-de-Dôme – la seule d’Europe sur le créneau – modère un peu l’analyse. «Nous avons plusieurs sources, actives et en cours d’activation, en Europe (dont la France) pour le nettoyage de nos copeaux de titane. Nos fournisseurs n’utilisent pas, à notre connaissance, de perchloroéthylène», écrit un porte-parole de l’entreprise, sans se prononcer sur le projet Sovamep. Alors qu’Ecotitanium est encore en phase de montée en puissance, il est vrai que la majorité des copeaux de titane produits en Europe traversent l’Atlantique.
Les capacités existantes restent très insuffisantes, juge de son côté Vincent Delage, qui insiste sur les technologies que mettra en place Sovamep. «Notre objectif, c’est de se faire connaître auprès des donneurs d’ordre et des sous-traitants, afin qu’il sachent que nous pouvons nous charger de leurs copeaux», explique l’industriel, qui aura besoin de faire qualifier ses moyens d’analyse et de traitements par ses potentiels futurs clients, ainsi que par les fonderies de titane qui pourraient lui acheter ses produits. «Le lavage est un vrai défi, ce sera un processus long», précise-t-il. Selon lui, les deux projets annoncés pourraient apporter 20 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire à Sovamep, avec un démarrage prévu en 2026 pour les métaux précieux et en 2027 pour le titane.
Quel bilan pour l’appel à projet “métaux critiques” ?
Depuis octobre 2022 et l’annonce de cinq premiers projets financés, Bpifrance, qui opère l’appel à projet “métaux critiques”, n’a pas communiqué sur le sujet. Mais le dispositif, qui a été clôturé début 2024, a continué à fonctionner. «Une bonne vingtaine de projets ont été sélectionnés», chiffre Massimiliano Picciani, référent sur le sujet à la banque publique d’investissement. Au total, de l’ordre de 250 millions d’euros ont été attribués, sur une enveloppe initiale de 350 millions. «C’est un très bon résultat. D’autant qu’il s’agit de projets d’industrialisation, avec une forte dimension capacitaire pour produire des volumes et réduire la dépendance nationale», juge Massimiliano Picciani qui note qu’une soixantaine de projets ont candidaté. Parmi les heureux élus se trouvent peu de mines (citons tout de même le projet de lithium d’Imerys, dans l’Allier), mais plusieurs projets de raffinage (Viridian dans le lithium, Carester dans les terres rares...) et de nombreux projets de recyclage, d’aluminium, de cuivre, de déchets électroniques ou d'aimants permanents. Tous n’iront pas forcément au bout, d’autant que «le contexte dans les métaux de batteries n’est pas évident», rappelle le représentant de Bpifrance. Bien qu’il ait fait partie de la première cohorte des projets sélectionnés, le projet de recyclage de batteries d’Eramet, à Dunkerque, a par exemple été suspendu en octobre 2024…



