A peine un peu de défrichage, mais le terrain reste désert. A Droux (Haute-Vienne), lieu choisi par Transpod pour construire une piste d'essai de son hyperloop, aucune trace d'un quelconque chantier. En 2018, le patron de la société canadienne promettait sa réalisation pour l’année suivante. Entre temps, la pandémie est passée par là. Et Transpod n'est pas seul. «A Toulouse, Hyperloop TT avait annoncé un calendrier délirant, maintenant ce sont les lapins qui sont dans les tuyaux et la Métropole va récupérer le site», ironise Jean-Louis Pagès, conseiller régional Nouvelle Aquitaine (EELV). L’avenir semble sombre pour l'hyperloop en France. Lyon-Saint-Etienne en 8 minutes, Bastia-Cagliari en 40 minutes, Paris-Marseille en 45 minutes, Paris-Limoges en moins de 30 minutes… Autant de projets passés aux oubliettes.
«En Europe, les réseaux ferrés sont très denses, analyse Fabien Larocca, directeur de Transpod France. Prévoir un Paris-Bordeaux, un Paris-Lyon, Paris-Marseille ou un Paris-Genève alors qu’il y a des LGV, cela n’a pas de sens. Il faudra construire là où il y aura de la demande. Le concurrent, ce n’est pas le train mais l’avion court courrier, de 300 à 1 000 km.» Le fameux Paris-Limoges promis par l'entreprise, qui a mis en ébullition la Région et des élus de la préfecture de Haute-Vienne, restera l’Arlésienne d’hyperloop. «Il n’y a pas de demande, le bassin de population est trop petit. Ça ne sera jamais rentable», reconnait-on chez Transpod France. Sébastien Gendron, son co-fondateur et PDG avait laissé entendre aux limougeauds qu’ils pourraient dans le futur se retrouver à une bonne demi-heure de Paris au sein d'une ligne plus vaste entre Paris et Toulouse, voire Barcelone. Mais depuis, le projet de LGV Paris-Bordeaux et Toulouse a été acté.
Plus de 20 millions d’euros pour la piste de Droux
Finalement, l’expérience de Transpod en France pourrait se limiter aux essais à Droux, dont la maire refuse de s’exprimer. Alors que certains élus considèrent que le projet ne verra jamais le jour, Fabien Larocca se dit déterminé à aller jusqu’au bout. «La première étape du chantier de préparation du terrain est terminée, précise-t-il. La prochaine étape sera lancée lorsque nous aurons terminé la levée de fonds en cours. Nous sommes en relation avec les institutions locales et nous les tenons informées de nos avancements. Une chose est sûre pour Droux : nous nous sommes engagés à faire ce site et nous le devons aux personnes qui nous ont apporté leur soutien depuis le début.»
Chez Transpod, on estime l’investissement nécessaire entre 22 et 25 millions d’euros pour développer la piste d’essai. En fin d'année, l'entreprise aura consommé 823 000 euros sur les 2 millions d’euros de fonds européens FEDER dont elle dispose. Cela sert à payer les salariés de Transpod en France, confie Fabien Larocca, ingénieur électrique de formation. «La construction de la piste de Droux devrait débuter en janvier 2024. Elle doit atteindre 2,5 kilomètres avec un prototype de 12 mètres de long et d’un poids de 10 tonnes.» Les essais se feront à basse vitesse.

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Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
Calgary-Edmonton en 2031 ?
Quant aux dangers inhérents à cette technologie, il les balaie d’un revers de la main. «Dire qu’il n’y a que du vide dans les tubes ce n’est pas réaliste sur des centaines de kilomètres, donc l’argument d’un risque de catastrophe lié à une fuite ne tient pas la route, expédie-t-il. Le but est de descendre à basse pression pour éviter un frottement d’air, mais personne ne vise un tube sous vide total. En cas de problème on pourra injecter de l’air en 15 secondes.» Et d'ajouter que ses standards de sécurité «se basent énormément sur l’aéronautique.»
La start-up canadienne assure même que le coût de sa technologie au kilomètre sera inférieur à celui du TGV, en prenant en compte la construction, l’exploitation, la maintenance et la gestion de la fin de vie du produit. Mais Fabien Larocca reconnait également que les objectifs de 1 200 km/h sont fantaisistes, et qu’il faudra se contenter de 700 km/h.
C’est au Canada, et plus précisément à Alberta que le projet de Transpod est le plus avancé. Le projet principal Calgary-Edmonton en 45 minutes bénéficie déjà d'un budget de 550 millions de dollars. Il dispose du soutien financier de Broughton Capital Group et Cerieco. Le début des travaux est attendu pour le début 2025 pour développer une piste de 10 kilomètres qui sera ensuite intégrée à la future ligne. Transpod prévoit de débuter le chantier de la ligne canadienne en 2028-29 pour une exploitation dès 2031 pour le fret et 2032 pour les voyageurs. Tout dépendra de la vitesse administrative, des financements et, surtout, de la sécurité.



