Reportage

À Rennes, Carlos Tavares poursuit son Tour de France des usines Stellantis

Après un passage dans l’usine de Sochaux (Doubs) en octobre, le patron de Stellantis Carlos Tavares était lundi 18 novembre à Rennes (Ille-et-Vilaine) pour y faire la promotion de la future génération du Citroën C5 Aircross. Il s’agira du premier véhicule électrique produit dans l’usine bretonne, compétitive grâce à 160 millions d’euros d’investissement et des réinternalisations de production.

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Citroën
La nouvelle génération du Citroën C5 Aircross, basée sur la plateforme multi-énergie «STLA Médium», sera produite dans l'usine Stellantis de Rennes (Ille-et-Vilaine). La fabrication en série y est attendue à partir du mois de juillet.

C’était la dernière unité d’assemblage française de Stellantis dépourvue de la production d’un véhicule électrique, l’usine de Rennes La Janais (Ille-et-Vilaine) a produit le 13 novembre le premier exemplaire à batterie de la Citroën C5 Aircross nouvelle génération, en version de pré-série. Son concept a été dévoilé au Mondial de l’automobile de Paris, mi-octobre. Le lancement de la production en série du véhicule, qui délaisse son actuelle plateforme EMP2 héritée de PSA pour embrasser la plateforme multi-énergie «STLA Médium», est attendue à partir du mois de juillet 2025.

C’est dans ce contexte que le grand patron du groupe, Carlos Tavares, était sur place lundi 18 novembre. L’occasion de promouvoir auprès de la presse le lancement industriel de ce véhicule, dont il a vanté les atouts : «Je pense que c’est une voiture assez remarquable notamment en termes de confort, avec un bon touché de route et une belle habitabilité, notamment à l’arrière. C’est une vraie Citroën avec une grande modernité. On peut lui souhaiter qu’elle trouve ses clients.»

Succès commercial crucial pour l'usine rennaise

Un succès commercial est important, tant pour Citroën en quête de parts de marché que pour le site de Rennes, dont la C5 Aircross est l’unique modèle en production. Carlos Tavares le sait et espère une fabrication entre 50000 et 80000 véhicules par an. «L’activité dans cette usine dépend du succès commercial de la C5 Aircross. Connaîtra-t-elle le succès? J’espère que oui, mais nous n’en savons rien», a-t-il concédé devant la presse, tout en vantant la flexibilité qu’apporte la nouvelle plateforme multi-énergie, capable d’accueillir des groupes motopropulseurs thermiques, hybrides, hybrides rechargeables et électriques. «C’est une belle sécurité» pour le site, estime le directeur général, d’autant plus dans un marché automobile européen peu dynamique où l’électrique peine à décoller.

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Pas suffisant pour rassurer les 1800 salariés de l’usine, dont les organisations syndicales militent âprement depuis plusieurs années pour qu’une seconde silhouette leur soit attribuée. Ce n’est pas dans les plans actuellement même s'il «peut y avoir d'autres opportunités», a une nouvelle fois souligné Carlos Tavares, alors que la plupart des véhicules de la plateforme «STLA M» ont été dispatchés dans les usines du groupe à Sochaux (Doubs), en Italie et en Allemagne. Si cette nouvelle n’a rien de rassurant pour les ouvriers dont la moyenne d’âge est de 52 ans, «on ne peut pas lancer deux voitures en même temps, donc d’abord il faut se concentrer sur la réussite du lancement de la première», commente Didier Picard, délégué syndical CFE-CGC sur le site, 35 ans de maison.

Pour préparer l’arrivée du nouveau modèle, les prochains mois s’apprêtent toutefois à être marqués par du recours au chômage partiel, avec un déclin de la fabrication du modèle actuel à partir du 6 janvier et le passage d’un fonctionnement avec une équipe et demi en une simple équipe, entraînant la suppression d’environ 250 postes d'intérimaires. Stellantis assure que cette situation n’est que temporaire et que le retour en 2X8 arrivera au second semestre 2025, probablement en septembre. Les syndicats les plus optimistes espèrent même une troisième équipe en fin d’année 2025… mais là encore, le succès commercial sera l’indicateur clé à scruter. Si le plan se déroule sans accroc, l’usine – comme l’ensemble des sites français de Stellantis – est assurée d’avoir du travail jusqu’en 2028.

La bonne nouvelle, c'est que le temps des accords de compétitivité pour sauver le site semble loin. «L’usine de Rennes, c’est un bel exemple de flexibilité et de compréhension de ce qu’est une usine efficiente. Si elle ne s’était pas responsabilisée pour sa propre transformation, on ne serait pas là aujourd’hui pour en parler», a encore déclaré Carlos Tavares, saluant la performance en qualité et en coût d’un site industriel qui s’est métamorphosé ces dix dernières années. «On fait le taff comme on dit, il y a un engagement collectif», complète Laurent Valy, élu CFDT.

De 224 à 113 hectares

L’immense ensemble industriel a été largement compacté au cours des dix dernières années. De 224 hectares en 2015, il a été réduit à 113 hectares aujourd’hui. Objectif : descendre à 108. Pour assurer sa performance, Stellantis a consenti 160 millions d’euros d’investissement depuis 2022. Outre un nouvel atelier d’assemblage de batteries, un atelier ferrage de 40000 m², où sont assemblés les 950 sous-ensembles qui forment une caisse en blanc, a vu le jour à proximité directe de la ligne de montage. Doté de 469 robots soudeurs, sa création permet de réaliser en interne plus de 90% des pièces centrales du véhicule, contre environ 70% par le passé. 

Autre nouveauté : un atelier d’injection plastique est en cours d’installation dans un espace de 20000 m². Une première en France pour Stellantis. Mi-novembre 2024, trois des six presses prévues sont installées et commencent à produire des protections de bas de portes, des pare-chocs et des élargisseurs d’ailes pour la nouvelle Citroën C5 Aircross. Ces pièces étaient par le passé externalisées auprès de fournisseurs. Stellantis trouve aujourd’hui un intérêt économique à en réinternaliser la production en valorisant un savoir-faire de l’ex-groupe Fiat Chrysler Automobiles, qui permet de donner du travail à ses salariés tout en améliorant la logistique et les émissions de CO2 liées à la fabrication d’un véhicule. 

Stellantis a par ailleurs essayé autant que possible de réduire les frais de ces investissements. «C’est important de ne pas devoir investir dans des outils neufs, explique Jacques Bliard, responsable de l’industrialisation. Les presses à injection proviennent de l’usine de Melfi en Italie et un peu plus de 300 robots du ferrage ont été récupérés à Sochaux lors de la fin de production de la précédente Peugeot 3008». Et ces deux exemples ne resteront sans doute pas les seuls. «Nous ne manquons pas d’idées à mettre en œuvre», a encore  lancé Carlos Tavares, toujours en quête de solutions pour réduire les coûts de production face à la concurrence chinoise, notamment.

Pas de fermeture de site en France dans les trois ans

Le directeur général poursuivait à Rennes sa tournée des usines françaises, quelques semaines après avoir visité début octobre l’historique usine de Sochaux (Doubs), où sont fabriquées les nouvelles 3008 et 5008 de Peugeot. Son passage dans les usines est également pour lui une manière de rassurer les équipes de production, alors que le doute plane sur l’avenir de l’ensemble des usines européennes du groupe dans un marché moribond. En Ile-de-France, l’incertitude sur le sort de l’usine de Poissy est régulièrement cité. Le groupe automobile doit, comme chaque année à pareille époque, présenter le 26 novembre à ses organisations syndicales un plan d’activité à trois ans pour chaque site industriel.

«Sur les cinq usines d’assemblage, nous avons un plan industriel précis et sur les trois prochaines années, nous n’avons pas d’annonce particulière à ce stade à vous faire sur l’avenir de telle ou telle usine», a déclaré le 6 novembre en guise de mise en bouche Jean-Philippe Imparato, auditionné par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Le directeur pour l’Europe élargie de Stellantis a également assuré que le constructeur serait «fin 2024 à une capacité de production d’un million de voitures» en France et que cette capacité serait maintenue «à l’horizon des trois ans». Sur le papier, sans doute. Mais il parait complexe dans les faits pour Stellantis d’atteindre de tels chiffres de production. Selon ses propres prévisions de production en France datant du début d’année 2024, l’entreprise envisage de produire environ 800000 véhicules en 2025.

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