Attendue depuis des mois, voire même "depuis 2019", souffle-t-on au Leem, la fameuse liste des médicaments essentiels a été publiée officiellement en toute fin de journée le 13 juin 2023 par le ministère de la Santé et de la Prévention, après quelques heures de flottement. 450 molécules sont listées (liste disponible ici), ce qui techniquement implique beaucoup plus de médicaments, puisque chaque molécule entre dans la composition de plusieurs produits, en fonction des dosages, des formes pharmaceutiques (solides, poudres, liquides…) voire des associations de molécules.
Cette liste couvre une multitude de classes pharmaceutiques, des antibiotiques aux vaccins, des diurétiques aux sédatifs, des vitamines aux anticorps monoclonaux… Elle répond, selon le communiqué du ministère, aux «besoins prioritaires des Français», et a été établie en croisant les données de sociétés savantes de médecins et les plans de santé publique, selon des critères de fréquence d’utilisation des molécules et de la gravité des ruptures médicamenteuses, donc du risque plus ou moins vital d’un arrêt temporaire du traitement.
Selon le ministère, cette liste «comprend plus de 40% des médicaments qui ont eu des déclarations de rupture dans les deux dernières années». Elle n’est pas figée mais sera évolutive, ce qui n’est pas une surprise au regard de l’accroissement spectaculaire ces dernières années des situations de tensions et de ruptures d’approvisionnement. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait recensé 3747 signalements en 2022 contre seulement 871 en 2018. Le ministre François Braun, comme la plupart des autorités de santé, reconnait publiquement que les risques de tensions et de pénuries ne vont pas s’arrêter du jour au lendemain. Même à relocaliser toutes ces productions, ce qui est strictement impossible : les temps de construction, de qualification, de certification et d’autorisation de nouvelles unités pharmaceutiques se comptent plus souvent en années qu’en mois.
Cartographier les chaînes de production et de distribution des médicaments
L’objectif, avec cette liste, est «d’assurer la disponibilité d’au moins un médicament essentiel pour une classe donnée de médicaments et pour une pathologie donnée afin de garantir un soin de qualité», décrit le ministère dans un communiqué. La liste doit ainsi servir de base pour «un suivi renforcé sur les capacités d’approvisionnement, une analyse des pratiques de prescription et des tendances d’achat, des solutions correctrices nécessaires pour assurer la réponse au besoin», et, «pour certains médicaments des opérations de relocalisation». Le ministère veut ainsi pouvoir cartographier les chaînes de production globales et les réseaux de distribution de médicaments, qu’il s’agisse des matières premières, en premier lieu les principes actifs, jusqu’aux produits finis. Actuellement, entre 60% et 80% des principes actifs sont produits en Asie et «40% des médicaments disponibles dans l’Union européenne sont importés», rappelait le 13 juin 2023 Emmanuel Macron lors de sa visite présidentielle sur le thème de la souveraineté sanitaire sur le site du Laboratoire Aguettant en Ardèche.
Relocalisation et aussi réduction de consommation des médicaments
Sur ces 450 molécules, le président de la République a d’ailleurs indiqué que 50 sont considérées comme prioritaires pour relocaliser tout ou partie de leur production en France, dont 25 de façon urgente, avec des projets et des investissements attendus dans les «prochaines semaines». Huit nouveaux projets financés par France 2030 ont déjà été dévoilés lors de la visite présidentielle.
En attendant, et comme ça ne suffira pas, le chef de l’Etat a également esquissé d’autres mesures générales pour atténuer les risques de pénuries. Outre promouvoir les vaccins et leur avantage de prévention, ou pointer du doigt le relâchement des gestes barrière quand on est malade, Emmanuel Macron a par exemple insisté sur la réduction de la consommation de médicaments. Soulignant en particulier que «dans un cas sur deux les antibiotiques prescrits sont utilisés à tort», avec tous les risques de mauvais usages et de renforcement de l’antibio-résistance. Il attend d’ailleurs des mesures et politiques ambitieuses de la part du ministère, avant l’hiver prochain et le retour des pathologies hivernales. Il est question d’un plan de gestion hivernal et, pour les cas de pénuries critiques, d’activer un plan blanc du médicament pour définir des solutions d’approvisionnement et/ou de productions d’urgence.



