A nouvelle économie de l’énergie, nouveaux rois

Publié gratuitement et en octobre au lieu de novembre, le dernier rapport mondial de l’AIE n’alerte pas seulement les gouvernements sur l’indispensable triplement des investissements dans les énergies propres et la chasse aux fuites de méthane pour rester sous la barre des 1,5°C, à la veille de la COP 26. Il prévient aussi de l’émergence d’une nouvelle économie de l’énergie, qui va tout bouleverser.

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Dans le scénario "zéro net" de l'AIE, les minerais et métaux critiques seront les rois (47%) de la nouvelle économie mondiale de l'énergie.

Une nouvelle économie de l’énergie est en train d’émerger, annonce l’Agence internationale de l‘énergie (AIE) dans son dernier World Energy Outlook. Mais pas assez vite pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et avoir une chance de contenir le réchauffement à 1,5°C en 2100. « L'élan extrêmement encourageant des énergies propres dans le monde se heurte à l'obstination des combustibles fossiles dans nos systèmes énergétiques », alerte Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE. Une obstination qui s’explique par un manque d’investissements dans les technologies propres, mais aussi, et peut-être surtout, pour des raisons géopolitiques.

Les minerais remplacent les fossiles

Avec le scénario net zéro de l’AIE, en 2050, le marché de l’énergie ne sera plus que de 900 milliards de dollars (780 milliards d’euros), contre 1 500 milliards (1 300 milliards d’euros) actuellement. Et ce sont les minerais critiques ainsi que le cuivre et l’acier, indispensables aux batteries, panneaux solaires, éoliennes, moteurs et câbles électriques, qui en seront les nouveaux rois avec 47% du marché. L’hydrogène, lui, en prendrait 35%, loin devant le pétrole (11%), le gaz naturel (5%) et le charbon (2%). De quoi complètement bouleverser l’échiquier énergétique mondial et les flux de matières.

Et la route pour y parvenir ne sera pas aisée, prévient Fatih Birol. Les risques climatiques, mais aussi de déstabilisation économique des pays et des populations, sont grands. Les turbulences actuelles sur le marché du gaz et des prix de l’électricité que l’on observe actuellement, ne sont qu’un petit avant-goût des perturbations à venir. D’autant que tout semble s’accélérer. Si l’on se fie aux engagements des constructeurs automobiles et des Etats en faveur des véhicules électriques, le pic de la demande de pétrole serait atteint dès 2025, prédit l’AIE.

L'hydrogène ne fera pas tout

Une accélération que les États n’ont pas anticipée. Malgré leurs ambitions affichées de neutralité carbone, les annonces gouvernementales dessinent un marché de l’énergie toujours de 1 500 milliards de dollars, et encore très proche de celui que l’on connaît actuellement. Il resterait dominé par le pétrole (58% contre 66% en 2019), loin devant les minerais critiques (18%, contre 11%) et l’hydrogène (7%).

Le gaz naturel garderait quasiment sa place avec 12% du marché, contre 14% actuellement, tandis que le charbon ne chuterait que 9%, à 5%. Un casse-tête pour les pays exportateurs d’énergies fossiles, mais aussi pour ceux qui ne disposent que de très peu, voire pas du tout, de minerais de cette nouvelle économie de l’énergie. Miser sur l’hydrogène vert, les biocarburants et carburants de synthèse ne va pas suffire à assurer une souveraineté énergétique à grand nombre de pays.

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