Nomination

A la tête du Gifas, Guillaume Faury chargé de fixer un cap à la filière aéronautique

Le président exécutif d’Airbus, Guillaume Faury, a été élu président du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). Entre la gestion de la crise, la décarbonation de l’aviation et la modernisation de la production d’avions, le dirigeant doit transformer la filière.

Réservé aux abonnés
Guillaume FAURY
Désormais à la tête du Gifas, le patron d'Airbus Guillaume Faury se pose en chef d'orchestre d'une filière quelque peu bousculée.

Jamais peut-être le patron de la filière aéronautique française n’aura eu conscience, dès sa nomination, de devoir engager une telle métamorphose du secteur. Comme attendu, le président exécutif d’Airbus, Guillaume Faury, a été élu jeudi 8 juillet président du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) par son conseil d’administration, à l’issue de son assemblée générale ordinaire. Il remplace Eric Trappier, pdg de Dassault Aviation et élu en avril dernier président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM). Le nouveau chef d'orchestre ne va pas s'ennuyer...

Les défis de Guillaume Faury sont en effet immenses, à la tête d’une filière comptant plus de 400 entreprises et 194 000 salariés et confrontée à la pire crise de son histoire plus que centenaire. Le nouveau patron de l’équipe de France aéronautique prend les commandes d’un navire en pleine tempête, laminé par une interminable pandémie mondiale qui saborde le trafic aérien mondial. C’est son premier défi: maintenir à flot la filière en limitant les faillites et les réductions d’effectifs. Et en la matière, Guillaume Faury a montré de facto qu’il avait endossé le costume de capitaine avant même d’en avoir le titre.

En rouge et noir

Rappel des faits. Dès le mois d’avril 2020, un an après son arrivée à la tête d’Airbus, Guillaume Faury fait face à un scénario noir: il annonce une baisse d’un tiers de la production d’avions, les cadences de l’A320 passant en particulier de 60 à 40 appareils par mois. Tout en parvenant à maintenir un flux de livraisons malgré les mesures de reconfinement, l’avionneur n’a pas revu sa partition sur son niveau d’activité. Une anticipation juste qui a donné de la visibilité à tous ses fournisseurs malgré un environnement chaotique, en leur permettant d’ajuster au mieux leurs dépenses aux besoins réels.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

En mai dernier, Guillaume Faury s’est même frotté à fournir un calendrier précis des cadences de production et des scénarios possibles, courant jusqu’en 2025 pour l’A320. Reste que ce regain de dynamisme ne sera pas de tout repos et devra, à l’échelle de la filière, être piloté avec doigté. Certains acteurs pourraient être très vite victimes d’un effet ciseau, comme a prévenu récemment Didier Evrard, ex-directeur des programmes d’Airbus, dans nos colonnes. Entre le remboursement des Prêts garantis par l’Etat (PGE) et l’augmentation des besoins en fond de roulement pour augmenter les cadences, certaines entreprises pourraient se retrouver dans le rouge.

Robots après tout

Au-delà du rythme à impulser, Guillaume Faury désormais muni de sa nouvelle casquette du Gifas, va devoir davantage mouiller la chemise pour engager une consolidation de la filière afin de rendre plus solides certains maillons de la chaîne d’approvisionnement. En juillet 2020, Eric Trappier avait dénombré entre 100 et 150 entreprises en situation de fragilité, dans un entretien accordé à L’Usine Nouvelle. Un renforcement qui pourrait permettre de juguler en partie les réductions d’effectifs dues à la pandémie mondiale. En avril dernier, le Gifas évoquait une perte totale en 2020 de 8 000 emplois sur les 202 000 que comptabilisait la filière en 2019.

Paradoxalement, la crise pourrait constituer un moment propice pour accélérer un chantier qui tient particulièrement à cœur au nouveau président du Gifas: la modernisation de la filière dans ses procédés de production. Un enjeu majeur de compétitivité pour ce polytechnicien technophile qui a en outre passé quatre ans au sein du constructeur automobile Peugeot, de 2009 à 2013. Pour Guillaume Faury, la production aéronautique doit passer à la vitesse supérieure, à grands renforts de technologies numériques et robotiques. D’autant que les cartes de la concurrence mondiale pourraient être rebattues dans les prochaines décennies.

Résiste

En la matière, le dirigeant s’était déjà illustré au sein d’Airbus Helicopters, qu’il a dirigé de 2013 à 2018. Sous son impulsion, la production d’hélicoptères était passée du monde artisanal à celui de la digitalisation. A la tête du groupe, il a repris le flambeau de ce qui avait été engagé par Tom Enders et compte aller plus loin, beaucoup plus loin. L’avionneur prépare une révolution dans son approche de la production, liant comme jamais auparavant l’avion et son outil de production pour gagner en flexibilité. Nul doute que Guillaume Faury va s’atteler à diffuser cette approche à l’ensemble de la chaîne de fournisseurs, soutenu en cela par le fonds de modernisation lancé dans le cadre du plan de relance de la filière annoncé en juin 2020.

Troisième défi, qui projette également la filière vers de nouveaux horizons: la décarbonation de l’aviation. Une problématique devenu majeur en raison d’une pression sociétale et politique de plus en plus forte. Le transport aérien ne représente qu’environ 3% des émissions mondiales de CO2 et compte diviser ses émissions par deux d’ici 2050 par rapport à 2005. Qu’importe: l’industrie aéronautique doit faire montre de sa bonne volonté. Avec la création du fonds Corac, autre outil issu du plan de relance, comme bras armé pour la filière.

Envole-moi

Là encore, Guillaume Faury avait déjà fixé un cap en annonçant en septembre 2020 le lancement d’un avion à hydrogène censé entrer en service en 2035. Trop complexe, trop cher, irréaliste… Depuis, les mises en doute concernant la viabilité de ce projet se sont multipliées. Si l’avionneur ne met pas non plus de côté d’autres alternatives, les carburants durables en tête, force est de constater qu’en un an, l’hydrogène a commencé à faire son chemin au sein de la filière.

Partenariat avec Air Liquide et le groupe ADP pour définir les infrastructures ad hoc au sol, premières discussions avec les fournisseurs, comme c’est le cas avec Rafaut pour le réservoir, travaux préparatoires engagés au niveau de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), mise en place en interne de centres dédiés à Nantes et à Brême, lancement du projet d’étude Hypérion avec Safran… L’option hydrogène ne semble pas dans le gaz et prend corps peu à peu.

Guillaume Faury a donc pour mission de faire de la décarbonation un axe solide de croissance pour la filière aéronautique française, mais aussi européenne. Un défi qui transcende les barrières. Pour l’hydrogène comme pour les carburants durables, elle ne sera mise en musique qu’en concertation avec les énergéticiens, les opérateurs d'aéroports, les autorités nationales et supra nationales. En un mot, Guillaume Faury doit emmener la filière aéronautique là où elle n’est jamais allée.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.