A l'ouverture de la compétition Worldskills, les espoirs français des métiers de l’industrie

La France accueille la compétition internationale des métiers Worldskills, à Lyon, du 10 au 15 septembre. L’occasion de mesurer ses compétences industrielles à celles des autres pays.

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Pendant une semaine, Lyon devient la capitale mondiale des métiers et mettra en lumière l’excellence des savoir-faire de la jeunesse.

Fin août, une trentaine de semi-remorques ont commencé à livrer des centaines d’équipements industriels dans les halls 4 et 5 d’Eurexpo, à Lyon (Rhône). «C’est carrément une usine qu’il faut installer, avec ses machines, ses câbles, sa gestion des fluides, eau, gaz, air...», énumère Agnès Moshfeghi, coresponsable, avec Philippe Platon, du pôle des métiers «Technologie de fabrication et ingénierie» de WorldSkills Lyon 2024.

Les jeux Olympiques et Paralympiques de Paris sont à peine terminés que l’immense centre des congrès accueillera les épreuves internationales d’autres olympiades, celles des métiers, du 10 au 15 septembre. L’industrie, avec 19 métiers en compétition sur 59, forme le plus gros des six pôles professionnels. Sur les 1400 jeunes venus de plus de 65 pays et régions, 472 concourront sur une compétence de l’industrie : fraisage, électronique, maintenance... Parmi eux, un tiers des 63 candidats français. Les cinq autres pôles concernent le transport et la logistique, le bâtiment, les technologies de l’information et les télécommunications, mais aussi les arts créatifs et la mode, ainsi que les services à la personne.

La promotion des métiers en objectif premier

Après la cuisine, le soudage est le métier qui attire le plus de pays. Durant quatre jours, 44 jeunes seront confrontés à quatre épreuves, en un temps limité, dont un soudage bout à bout d’une tôle de 16 mm d’épaisseur et un soudage de deux angles. Une incroyable vitrine, alors que 75000 scolaires passeront observer les compétiteurs. «La France a un réel besoin de soudeurs, pour le nucléaire, l’agroalimentaire, le naval, les raffineries... Elle a aussi un réel savoir-faire», rappelle Stéphane Gervaise, expert métier soudage pour l’équipe de France.

«Cette promotion des métiers est l’objectif numéro un de WorldSkills», confirme Philippe Platon. Les professions récentes en profitent pour se faire connaître. Raphaël Criado, 21 ans, concourt en fabrication additive. C’est la deuxième fois que ce métier participe à la compétition internationale. La France, qui présente son premier candidat, n’aura que huit adversaires. Pour trois de ses six épreuves, le jeune Toulonnais a pu s’entraîner dans l’entreprise dans laquelle il a passé son bachelor en alternance. Le reste, il l’a appris seul et avec les experts français qui épaulent les compétiteurs français. Une montée en compétences extrêmement forte pour lui. Raphaël était d’ailleurs, en juillet, en discussion avec un grand groupe pour intégrer son fablab outillage. Pour Youva Zemmoura aussi, cette compétition a renforcé sa connaissance en câblage des réseaux : «WorldSkills m’a fait gagner beaucoup d’expérience, a poussé mes limites au maximum et me permet de me perfectionner dans mon métier», témoigne le jeune homme de 23 ans.

Faire monter le niveau

Si l’apport de cette incroyable aventure pour les jeunes concurrents est indéniable, cette compétition est également l’occasion de faire monter en compétences toute une filière de formation. Pour participer à l’édition internationale, il faut avoir remporté la médaille d’or ou d’argent de la compétition nationale, l’année précédente. La France a donc organisé une épreuve de fabrication additive en 2023, mobilisant pour la première fois les jeunes Français.

Être confronté aux techniques et attentes des autres pays fait aussi monter le niveau. Youva a dû apprendre beaucoup plus que l’enseignement dispensé dans sa formation au Greta Grand Littoral des Hauts-de-France : «La compétition pour notre métier est organisée par les Asiatiques, qui n’ont pas les mêmes techniques, ni les mêmes matériels», raconte-t-il. Il devra les maîtriser et pourra ensuite les importer dans son entreprise et les transmettre aux candidats français, l’an prochain.

Organisatrice, la France s’était fixée comme objectif de proposer des candidats dans un maximum de métiers. Elle ne sera pourtant pas présente dans cinq catégories industrielles, dont énergies renouvelables, chimie, water technology... «La France n’organise pas d’épreuves nationales pour ces secteurs, elle n’a donc pas de candidats», explique Agnès Moshfeghi. Les fédérations professionnelles concernées ont compris l’enjeu et commencent à se mobiliser. Les candidats ne sont pas les seuls à défendre l’industrie tricolore. Les sponsors, en prêtant des machines ou en offrant outillages et matières premières, tentent de faire rayonner les savoir-faire français auprès des dizaines de milliers de visiteurs internationaux attendus.

Reste un énorme point faible pour 2024 : neuf Françaises sont en compétition seulement, sur les 63 candidats de l’équipe de France. Elles sont présentes en cuisine, pâtisserie, art floral, coiffure, esthétique... Aucune dans l’industrie ni dans le numérique. Une seule dans le bâtiment. Dommage, car les WorldSkills font découvrir des modèles inspirants aux jeunes filles en visite. En 2022, c’est une femme, Déborah Corrette, qui a remporté la médaille d’or en soudage lors de la compétition nationale ! 

Jayson Laisné, soudeur de père en fils

Au début de l’été, ses entraîneurs lui ont demandé d’arrêter de souder le week-end, pour se reposer. Depuis un an, Jayson Laisné, 21 ans, s’entraîne à fond pour l’épreuve de soudage de WorldSkills. Il a commencé sa pratique chez lui, à 12 ans, avec son père et son grand-père, soudeurs professionnels. «Mais il fallait que je passe par l’école pour connaître la théorie», explique le jeune originaire du Cotentin, qui a décroché un bac pro chaudronnerie à Cherbourg, puis une mention complémentaire «soudage». Depuis septembre 2022, il est salarié de Construction mécanique de Normandie (CMN). «Je soude du matin au soir», raconte-t-il. Pour son entreprise et aussi pour s’entraîner. Son employeur, qui le soutient à fond, a même acheté le matériel qu’il devra utiliser en compétition... «Jayson va prendre dix ans d’expérience en un an, c’est plus qu’un investissement, pour son entreprise», estime son expert métier, Stéphane Gervaise. Qui décrit «un jeune toujours motivé et débordant d’envie».

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