A Grenoble, la Display Valley doit permettre à l'Europe de revenir dans la course aux écrans plats

Près de Grenoble, Display Valley incarne le rêve de l’Europe de revenir dans les écrans plats. Ce nouveau site, inauguré en grande pompe, vise à faire émerger tout un écosystème, avec en son cœur une usine de plaquettes de MicroLED du Français Aledia.

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Aledia
Plaquette de MicroLED d'Aledia

La Silicon Valley française autour de Grenoble (Isère) s’enrichit d’un nouveau site prometteur: Display Valley. Cette nouvelle structure a été inaugurée jeudi 2 septembre à Champagnier par Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l’Industrie, et Cédric O, le secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des communications électroniques. Objectif pour Display Valley: faire émerger un écosystème unique en Europe dans la microélectronique et les écrans plats.

"Nous avons choisi un site de 9,4 hectares, extensible à 11,5 hectares, précise à L’Usine Nouvelle Giorgio Anania, PDG et cofondateur de la start-up Aledia, qui constitue le véritable épicentre de Display Valley. C’est assez grand pour accueillir des partenaires et des futures start-ups. Au-delà de l’affichage, l’écran tend à intégrer des fonctions de capteurs, de caméra, de biométrie, etc. Nous espérons faire de ce nouveau site l’un des hauts lieux de la microélectronique en Europe".

A ce stade, le site comprend deux pépites à fort potentiel. Aledia, donc, qui planche sur les futurs écrans MicroLED, perçus comme la prochaine révolution de l’affichage électronique. Mais également Microoled, spécialisée dans les petits afficheurs Oled pour des applications comme les lunettes de réalité virtuelle et augmentée. 

200 familles de brevets

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Fondée en 2012 par essaimage du CEA-Leti à Grenoble, Aledia développe une technologie de LED microscopiques destinées à la construction d’écrans MicroLED pour smartphones, PC portables ou téléviseurs. La particularité de ces produits est d’émettre la lumière, non pas en 2D comme le font les produits traditionnels, mais en 3D par une forêt de nanofils. Le savoir-faire d’Aledia consiste à faire pousser ces nanofils en nitrure de gallium à la surface de plaquettes traditionnelles de silicium. Une expertise protégée par plus de 200 familles de brevets.

Ces LED de seulement deux à trois microns sont destinées à être juxtaposées par dizaines de millions sur une plaque pour former l’écran MicroLED. Un procédé de transfert des puces de la plaquette sur l’écran a été développé en partenariat avec Intel. Il offrirait un rendement quasiment sans faute de sept à huit neufs, selon Giorgio Anania.

"Tout le monde s’accorde à dire que cette technologie constitue le nec plus ultra de l’affichage électronique de demain, affirme-t-il. A terme, elle offre une efficacité lumineuse deux à quatre fois supérieure à celle des écrans Oled actuels. Cela signifie, pour un smartphone, une multiplication par deux à quatre de l’autonomie de sa batterie. Cela va être un avantage fort pour les constructeurs de mobiles".

Création de 500 emplois directs

Dans un premier temps, Aledia compte concentrer son effort sur la fabrication des LED et vendre ses plaquettes de puces à des fabricants d’écrans plats. C’est l’objet de l’usine en construction sur le site de Display Valley. L’investissement s’élève à 44 millions d’euros, dont 5,1 millions d’euros d’aide du gouvernement français dans le cadre du plan France relance.

L’usine se contentera de la croissance des nanofils sur plaquettes de silicium par épitaxie en phase vapeur (MOVCD pour metalorganic chemical vapor deposition). La réalisation des autres fonctions électroniques sera sous-traitée auprès du fondeur israélien de semi-conducteurs Tower Jazz. Giorgio Anania promet la création en 2025 de 500 emplois directs et 1 500 indirects.

Revenir dans la course

Mais Aledia, qui compte aujourd'hui 180 salariés, n’entend pas s’arrêter là. "Notre rêve est de tout faire, des LED jusqu’aux écrans, insiste le dirigeant de l'entreprise. C’est juste une question de moyens. Si nous parvenons dans deux ans à lever 500 millions d’euros, nous passerons à la production d’écrans MicroLED. L’investissement reste modeste, au regard des 5 à 10 milliards de dollars, nécessaires à une usine d’écrans plats classiques".

Giorgio Anania voit également une occasion à saisir pour l'Europe: "Notre technologie offre l’avantage de nous affranchir de la matrice traditionnelle de transistors TFT de commande pixels. Elle rend le ticket d’entrée plus abordable. Pour l’Europe, qui a été à l’origine des écrans plats, c’est une opportunité unique de revenir dans la course. Elle ne peut pas le faire dans les technologies actuelles LCD et Oled. Elle peut le faire à l’occasion de cette rupture technologique MicroLED".

Marché à plusieurs centaines de milliards

Selon le cabinet DSCC (Display Supply Chain Consultants), le marché mondial des écrans plats devrait bondir de 121 milliards de dollars (102 milliards d'euros) en 2021, à 160 milliards de dollars (135 milliards d'euros) en 2025. Aujourd'hui, il est détenu exclusivement par une douzaine de grands fabricants, tous asiatiques, avec une production localisée dans quatre pays: Chine, Corée du Sud, Japon et Taiwan.

La révolution des MicroLED pourrait bouleverser ce paysage. Cette technologie mobilise notamment Apple, Facebook, Samsung et Sony. Facebook, qui a racheté deux startups dans le domaine, prévoit la création d'une usine en Grande-Bretagne. Apple, de son côté, investit massivement pour se libérer des écrans Oled de Samsung et LG en créant une source interne d’écrans MicroLED pour ses iPhone, iPad et autres Apple Watch.

Giorgio Anania se félicite du soutien du gouvernement à travers Bpifrance et le plan France relance. Il salue également l'aide de la Commission européenne sous la forme d'une subvention de 2,5 millions d'euros et d'un apport au capital de 15 millions d'euros. Mais ces soutiens publics sont-il à la hauteur des enjeux sur une technologie d'avenir où des géants mondiaux comme Apple, Samsung et Facebook mobilisent des moyens considérables? Le patron d'Aledia se refuse à répondre à la question. "Notre avantage tient à notre avance sur la concurrence, se contente-t-il de faire remarquer. A nous de tout faire pour la garder".

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