Ni le ralentissement de l’adoption du véhicule électrique, ni l’émergence d’alternatives au sodium, ni la concurrence exacerbée dans l’extraction de lithium n’auront convaincu Rio Tinto de remettre en cause son pari sur le métal blanc ! Le 19 mai, le géant anglo-australien a annoncé la mise en place future d’une coentreprise avec l’entreprise publique Codelco – dont l’anglo-australien possédera 49,99% – pour lancer la production du salar de Maricunga, au Chili. La transaction, qui doit avoir lieu d’ici le premier trimestre 2026, conduira l’entreprise à investir 350 millions de dollars (un peu moins de 310 millions d’euros) pour évaluer en profondeur le potentiel du projet, puis encore au moins 500 millions pour construire une mine si la décision d’investissement est prise.
Déception pour Eramet
Après avoir mis la main sur le deuxième salar le plus riche du pays andin – après l’Atacama où les géants SQM et Albermale opèrent par évaporation depuis des décennies – Rio Tinto a doublé la mise. Le 22 mai, l'entreprise publique chilienne Enami a annoncé avoir choisi de travailler avec Rio Tinto pour exploiter les salars de l’Altoandinos (Aguilar, La Isla, et Grande), dans la région de l’Atacama. Un grand projet (les ressources sont estimées à 15 millions de tonnes équivalent carbonate de lithium) dont Rio Tinto prendra 51% et dans lequel il investira a minima 425 millions de dollars, notamment pour mener des études de faisabilité.
Le français Eramet, qui produit déjà du lithium en Argentine, avait aussi postulé pour extraire du lithium dans les salars de l’Altoandinos, où il a acquis d’importantes concessions pour 95 millions de dollars fin 2023. Sans autorisation de produire de la part du gouvernement chilien – qui contrôle l’extraction sur ces gisements jugés stratégiques, via des contrats spéciaux d’opération de lithium (CEOL) – il n’est pas clair si le groupe minier français pourra mener ses opérations ou devra céder ses permis. Un imbroglio juridique en perspective alors que le Chili (deuxième producteur de lithium dans le monde, loin derrière l'Australie) cherche aujourd'hui à augmenter sa production tout en gardant le contrôle sur ses ressources.
Pari à contre-cycle
Rio Tinto détonne dans les paysages. Alors que ses pairs miniers, tels BHP, AngloAmerican, ou Glencore, ne s'intéressent guère au lithium (préférant le fer, l'aluminium ou le cuivre) l’entreprise anglo-australienne veut devenir un poids lourd du secteur. L’année dernière, elle avait déjà dépensé 6,7 milliards de dollars pour racheter Arcadium, puis annoncé un investissement de 2,5 milliards pour agrandir significativement sa mine de Rincon, en Argentine. A chaque fois, Rio Tinto mise sur une nouvelle technologie, dite d’extraction directe (DLE), jugée plus compétitive et moins consommatrice en saumures, mais dont elle doit encore prouver les capacités.

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Depuis un pic début 2023, les cours du lithium n’ont pourtant cessé de chuter. Selon le cabinet Benchmark Minerals Intelligence, une tonne de carbonate de lithium (la forme chimique utilisée dans les batteries) pure à 99% se monnaie aujourd'hui moins de 9500 dollars. C’était entre 12000 et 10000 dollars au dernier semestre 2024, quand les prix étaient déjà considérés bas, dans un contexte de surproduction ! Un récent rapport du cabinet WoodMackenzie estime cette situation de déséquilibre entre une offre abondante et une demande plus faible risque de perdurer jusqu’à la fin de la décennie…
«Rio Tinto n'a cessé de croire aux perspectives à long terme du lithium, avec un déficit du marché attendu à partir de la fin de cette décennie. Il prévoit un taux de croissance annuel composé de plus de 10% pour la demande jusqu'en 2040», répond le groupe dans un communiqué de presse, soulignant vouloir construire un complexe de cuivre et de lithium dans la zone et continuer d’y évaluer l’opportunité d’autres acquisitions. Les mines, comme la transition énergétiques, se pensent sur le temps long.



