L'Usine Nouvelle - La plateforme de Changshu fête ses 25 ans, de quoi êtes-vous le plus fier ?
Thierry Martin - C’est d’abord le fait que nous sommes l’une des plus grandes plateformes industrielles d’Arkema au monde. Changshu a représenté jusqu’à présent environ 600 millions d’euros d’investissements, nous atteignons presque les 1000 salariés, et disposons de très nombreuses unités sur 43 hectares.
Comment cette plateforme est devenue aussi importante ?
Nous avons démarré en 1998, à l’époque c’était Elf-Atochem, avec deux principales activités : la production de gaz fluorés et de co-polyamides. Mais face à la croissance du marché chinois, Arkema a décidé d’investir davantage dans le pays. Nos premières unités et équipes étaient déjà ici donc le groupe a naturellement investi dans ce parc industriel de matériaux avancés, où nous étions d’ailleurs les premiers investisseurs étrangers. Et notre plateforme n’a fait que croître, avec une accélération ces dix dernières années. Cela a été très rapide. Depuis 2011, nous démarrons en moyenne une nouvelle unité tous les deux ans. Fin 2022 nous avons par exemple mis en service le doublement de nos capacités de PVDF (polyfluorure de vinylidène), et nous avons démarré au premier semestre 2023 notre unité de poudres de polyamide 11 biosourcé.

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Quelles sont les ambitions pour les 25 prochaines années ? Et les défis ?
L’objectif est de continuer de se développer. Nous disposons encore de foncier. Nous le ferons en fonction de la stratégie d’Arkema, sur nos marchés-clés. En termes de défis, il existe une évolution très rapide des réglementations en Chine que nous devons suivre avec beaucoup d’attention.
Quelles réglementations évoluent ?
Toutes, qu’il s’agisse de normes de sécurité ou environnementales. Sur ce sujet, la Chine a présenté des ambitions claires, avec un pic d’émissions qui devrait être atteint en 2030 au plus tard avant une neutralité carbone ciblée pour 2060. En ce qui concerne Arkema, notre ambition globale est de réduire de 48,5% nos émissions de GES sur les scopes 1 et 2, et de 54% pour le scope 3 en en 2030 par rapport à 2019.
Arkema "A Changshu, nous disposons des mêmes lignes de produits que l’ensemble du groupe, et donc adressons les mêmes marchés clés", précise Thierry Martin, directeur général de la plateforme chinoise d'Arkema. (Crédit: Arkema).
Quels efforts entreprenez-vous à Changshu en termes de développement durable ?
Nous avons vraiment démarré les efforts en 2012 et notre plateforme est un bon élève au sein du groupe. Nous avons réduit de 49% nos émissions de CO2 entre 2019 et 2022. Pour l’eau, nous menons différents projets. Une molécule d’eau est, par exemple, utilisée quatre fois dans nos circuits et procédés avant de rejoindre les eaux de rejets. Concernant l’économie circulaire, notre objectif est de réutiliser le maximum nos déchets, qu’il s’agisse d’énergie et de matières. En 2021, nos déchets non réutilisables représentaient 16 kilos par tonne produite, nous visons moins de 7 kilos par tonne en 2024.
Pour vos émissions, comment avez-vous procédé ?
Nous avons adapté et amélioré les technologies et les procédés pour réduire notre consommation énergétique, qui représente la majorité de nos émissions. Nous avons aussi travaillé sur nos émissions directes en améliorant les unités pour réduire les fuites et les rejets.
Quelles sont les productions de la plateforme ?
Nous avons commencé par la production de gaz fluorés et de co-polyamides, puis ajouté en 2005 la fabrication de peroxydes organiques avant celle de VDF et de PVDF à partir de 2011, des unités dont nous avons graduellement doublé la capacité. En 2013 nous avons aussi démarré la production de résines de revêtements et d’additifs de rhéologie. Au total cela représente près de 150 000 tonnes par an pour les produits principaux, sans compter les co-produits.
Le PVDF est le produit le plus important ici ?
En termes de tonnage, les plus importants sont les additifs de rhéologie et de spécialités. En termes d’impact économique et de projets, le PVDF, en particulier pour suivre la demande sur le marché des batteries électriques, est effectivement le plus important et ce sont ces unités qui prennent le plus d’emprise au sol.
Quels sont les augmentations capacitaires en cours et les projets à venir ?
Tous nos projets annoncés ont abouti, les derniers concernant le doublement des capacités de PVDF et l’ajout de poudres de polyamide 11. Nous examinons évidemment d’autres projets mais rien n’est encore décidé.
Et quels sont vos marchés ?
La stratégie d’Arkema a toujours été de produire localement pour ses marchés. Donc le principal marché de notre plateforme de Changshu est la Chine. Nous exportons aussi en Asie et pour une toute petite partie hors Asie pour certains produits très spécifiques. Nos marchés d’application sont les nouvelles énergies, les batteries, les panneaux photovoltaïques, l’automobile, l’électronique ou encore les articles de sport et la construction. Nous disposons des mêmes lignes de produits que l’ensemble du groupe, et donc adressons les mêmes marchés clés.
Que représente la Chine désormais dans les revenus d’Arkema ?
En 2022, la Chine a représenté environ 15% du chiffre d’affaires d’Arkema. Sur les dernières années, l’Asie représente en moyenne un quart des ventes du groupe et la Chine la moitié des ventes Asie, ce qui fait environ 12,5% du CA global. En 2006, l’Asie ne comptait que pour 12% et la Chine pour environ 6%.
Arkema "En R&D, recruter n’est pas chose facile. Changshu est assez proche de Shanghai qui retient beaucoup de talents.", commente Liu Weiqing, directeur du centre de recherche d'Arkema Changshu. / (Crédit: Arkema)
Arkema a démarré des activités de la R&D à partir de 2012 à Changshu, comment cela s’est-il mis en place ?
Liu Weiqing - La construction du centre de R&D a démarré en 2012 et l’équipe a pu s’y installer en 2013. Nous fêtons cette année les 10 ans du CRDC (Changshu R&D Center). Au démarrage nous étions moins de 10 et nous formons aujourd’hui une équipe de 70 chercheurs. Entre temps, nous avons doublé la surface du CRDC qui s’étend depuis 2018 sur 5000 m2. Nous avons désormais atteint une masse critique pour nos opérations.
Quelles sont les missions du CRDC ?
Nous avons quatre axes de travail. Le premier concerne le développement de nouveaux produits, ce qui ne se limite pas uniquement aux travaux avec nos clients en Chine, c’est plus global. Le deuxième axe est davantage local puisqu’il porte sur les services techniques et l’assistance à nos clients en Chine et aussi en Asie. Viennent ensuite nos activités de développement de procédés, comme l’optimisation pour réduire la consommation d’eau ou augmenter les rendements de production. Enfin, le quatrième axe repose sur l’open innovation. Nous collaborons avec de multiples partenaires afin de développer des technologies et des produits innovants.
Et comment travaille le CRDC avec les autres centres de R&D d’Arkema dans le monde ?
Nous sommes coordonnés de manière globale. Nous travaillons ensemble pour le développement de nouveaux composés, de nouvelles formulations, il y a beaucoup d’échanges avec nos centres comme au Japon ou en France. Nous collaborons aussi beaucoup avec notre centre de R&D à Shanghai ainsi qu’avec les six autres centres techniques et laboratoires déployés sur l’ensemble de la Chine.
En termes de recrutement, quelle est la situation en Chine pour la plateforme ?
Thierry Martin - Cette année, pour la seconde consécutive, Arkema a obtenu la certification Top employeur en Chine. La conséquence directe, si ce n’est la cause, c’est que le turn over est très faible dans nos effectifs, nous sommes en-dessous de 4% par an, c’est une très bonne performance en Chine. Cela étant, il est plus difficile de recruter dans certains domaines, comme celui des travailleurs en première ligne car on en trouve de moins en moins dans l’industrie et que les gens sont de plus en plus qualifiés en Chine. On trouve aussi moins de travailleurs issus d’autres provinces chinoises. Donc nous développons des stratégies, comme des partenariats avec des écoles et des universités.
Liu Weiqing - En R&D, recruter n’est pas chose facile. Changshu est assez proche de Shanghai qui retient beaucoup de talents. Nous collaborons donc beaucoup avec les universités, notamment de Shanghai, et nous accueillons régulièrement des stagiaires au CRDC pour détecter et attirer les bons profils. Et ça marche !



