Opération de premier plan pour Arkema. Le chimiste français a annoncé le 28 juin 2023 vouloir acquérir 54% du capital du groupe sud-coréen PI Advanced Materials (PIAM), actuellement détenu par Glenwood Private Equity. Le groupe engage 728 millions d’euros dans cette transaction qu’il entend financer en cash et qui devrait être finalisée d’ici la fin de l’année. Le reste du capital, 46%, resterait flottant, coté à la bourse sud-coréenne.
Ce rachat profile deux perspectives prometteuses. D’une part Arkema obtiendrait d’emblée d’une position de leader mondial sur une gamme de polymères d’ultra-performance. Secundo, le chimiste tricolore mettrait la main sur deux nouveaux sites de production en Corée du Sud, dotés des plus grandes capacités mondiales pour ces polymères. Sans compter d’alléchantes perspectives financières.
Fondé en Corée du Sud en 2001, PIAM se positionne comme le numéro un mondial des films en polyimide depuis 2014, bénéficiant actuellement, selon Arkema, d’une part de marché mondial de plus de 30%. Ce groupe de 320 salariés a généré un chiffre d’affaires de 204 millions d’euros en 2022, à plus de 90% en Asie. Les ventes ont cependant faibli de 10% par rapport à 2021, en raison de phénomènes de déstockage chez les producteurs d’électronique grand public. Le géant français souligne qu’entre 2012 et 2021 PIAM avait toutefois enregistré une croissance moyenne annuelle de 12% et qu’elle est prévue à hauteur de 13% par an pour les prochaines années. En termes de rentabilité, le sud-coréen affiche une marge d’Ebitda moyenne d’environ 30% ces dernières années. Dans un communiqué, Thierry Le Hénaff, PDG d’Arkema, s’est félicité d’une acquisition qui « s’inscrit parfaitement dans notre stratégie qui consiste à être à l’avant-garde dans les matériaux de haute performance pour des marchés finaux à forte croissance soutenus par les grandes tendances mondiales tels que les véhicules électriques et l’électronique avancée ».
Des marchés dans l'électronique et les batteries
Lors d'une conférence en ligne, le 28 juin, Thierry Le Hénaff a également décrit « une opportunité rare et unique d'élargir la gamme de polymères d'Arkema ». Ajoutant que les polyimides sont des polymères « d’ultra-haute performance, en forte croissance, et qui manquaient à notre portefeuille ». Ils affichent des caractéristiques de forte résistance à la chaleur, jusqu’à 400 degrés, de flexibilité et de stabilité extrêmes, et d’une isolation électrique supérieure sous haute tension, selon Arkema. Les applications, essentiellement sous formes de films, se déploient dans des secteurs comme les smartphones, les écrans digitaux, les semi-conducteurs, ou encore les batteries pour véhicules électriques. Le chimiste tricolore vante, pour les produits de PIAM, des « homologations clients récemment obtenues dans les antennes 5G et les écrans OLED à haute résolution », la forte croissance des films polyimides dans le segment des écrans flexibles, ou encore, pour les véhicules électriques, « la forte demande de rubans pour l’isolation des cellules de batteries, de circuits imprimés flexibles pour les systèmes de gestion des batteries et de vernis pour les bobines de moteurs à haute tension ».
Déjà présent industriellement en Corée du Sud avec un site de production de peroxides organiques (filiale Seki) et un site de R&D dans la capitale Séoul, Arkema va mettre la main sur deux sites de production de pointe, à Jincheon et Gumi. Depuis 2021, PIAM a lancé un vaste programme de renforcement capacitaire de 2 100 tonnes par an, dont les dernières 750 tonnes sont en cours d’installation et doivent être mises en service avant la fin de l’année. PIAM atteindra ainsi fin 2023 des capacités installées de polyimides de 6 000 tonnes par an, loin devant son premier concurrent, le japonais Kaneka, qui plafonnerait à 4 000 tonnes par an.



