Eviden finalise la livraison des derniers éléments du futur supercalculateur Jupiter, assemblés dans son usine d’Angers dans le Maine-et-Loire. Cette branche du groupe Atos, spécialiste du calcul haute performance (HPC), du big data et de la cybersécurité, a en effet été retenue pour fournir cette première machine de type exascale en Europe.
Exploitée par le centre de recherche allemand de Jülich, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, elle sera en mesure de réaliser un milliard de milliards de calculs à la seconde, devenant ainsi le supercalculateur le plus puissant du continent. «C’est un projet hors normes mené avec une grande rapidité d’exécution. En moins d’un an, nous avons été en mesure de concevoir et livrer la machine ainsi que son datacenter», souligne Bruno Lecointe, responsable de l’activité HPC, IA et quantique d’Eviden.
L’usine fournit en effet le centre de données modulaires qui accompagne le supercalculateur. Formé de 57 modules préconstruits et interchangeables, il est en cours d’installation sur le site de Jülich pour une mise en service attendue en juin 2025.
Deux plateformes de production
Employant 250 personnes à Angers, Eviden dédie 60% de son usine à la production de supercalculateurs. Celle-ci s’articule autour de deux lignes. La première est dédiée à la fabrication des lames de calcul. Dans le cas de Jupiter, celles-ci pèsent 42 kg pièce et intègrent les différents nœuds de calcul et leurs processeurs, ainsi qu’un système de refroidissement par eau chaude. «Il nous permet de produire des lames plus petites, car dépourvues de ventilateurs, et moins énergivores», précise Vincent Sarracanie, directeur du site angevin. Installée au sous-sol de l’usine, la seconde plateforme de production concerne les racks recevant les lames de calcul. Des armoires techniques qu’Eviden réceptionne vides et aménage pour y accueillir 24 lames par unité. Un rack tout équipé totalise ainsi un poids de 2,2 tonnes. Câblés entre eux, 20 racks forment une salle.
Dans le cadre de Jupiter et de sa dimension modulaire, celles-ci se présentent sous la forme de deux containers équipés chacun de 10 racks de calculs et de deux racks de service. La création de chaque module mobilise 20 personnes pour assurer l’installation et le raccordement des racks entre eux. «Il faut compter une à deux semaines entre l’arrivée, l’aménagement, les tests et le départ d’un container», appuie le directeur de l’usine.
Des livraisons opérées alors que le site d’Angers est en pleine reconstruction. 80 millions d’euros sont en effet investis par Eviden pour recréer à horizon 2027 une usine de 20 000 mètres carrés. «Nos bâtiments datent de l’implantation de Bull à Angers en 1962, poursuit Vincent Sarracanie. Nous voyons arriver des machines de plus en plus lourdes, la prochaine génération de rack est annoncée à plus de 3 tonnes. À termes, nous ne pourrons plus utiliser notre étage de production.» Eviden devrait ainsi doubler les capacités de production de ce site, le seul en Europe en capacité d’assembler des supercalculateurs.
Cédric Menuet



