Bienvenue dans l'usine d'Upsa du Passage d'Agen (Lot-et-Garonne). Après compression des poudres, les comprimés effervescents d’Efferalgan produits par le laboratoire sont convoyés, contrôlés, mis sur le flanc et insérés dans des tubes. De cette ligne haute cadence, 380 tubes sortent à la minute. Ils passent ensuite par la phase d’encartonnage puis sont expédiés vers les centres de distribution voisins, toujours situés dans la région d’Agen. L’un dessert la France, qui représente un peu plus de la moitié des volumes, l’autre est dédié à l’export, qui pèse pour 43% des volumes.
Upsa affiche des chiffres impressionnants dans ses deux usines d'Agen et du Passage d'Agen. La première est dédiée aux formes sèches, tandis que la deuxième est centrée sur les gélules, les suppositoires et les formes pâteuses. Au sein des deux usines, les 1 300 salariés fabriquent chaque année 3,5 milliards de comprimés, 600 millions de gélules, plus de 1 000 tonnes de liquides, gels et suppositoires. Toutes ces productions confondues, cela représente 14 boîtes de médicaments à la seconde. Et l’exercice 2022 devrait accroître ce bilan. Christophe Roberge, directeur de l’usine Gascogne au Passage d’Agen, indique que la production était de «274 millions de boîtes en 2021», mais qu’elle atteindra «entre 330 et 340 millions de boîtes cette année». «Nous produisons à pleine charge actuellement», assure le responsable du site.
Hervé Boutet A Agen, la ligne de production d'Upsa est en pleine effervescence. Cette ligne de conditionnement est capable de sortir 380 tubes à la minute. Crédit : Hervé Boutet
17 millions d’euros par an investis sur les sites d'Agen
Cette folle cadence de production n’est pas un hasard. Alors que les tensions d’approvisionnement sur les médicaments à base de paracétamol perdurent en France depuis l’été 2021, Upsa se trouve en première ligne. Avec Sanofi, c’est le seul producteur sur le territoire hexagonal. Les 24 lignes de production, et autant pour le conditionnement, tournent sept jours sur sept et 24 heures sur 24. C’est le cas de la nouvelle ligne de sticks, mise en service fin 2021.
L’Efferalgan, sous forme de poudre, est inséré à la verticale dans des étuis d’aluminium qui sont ensuite scellés, puis pesés individuellement. La suite du parcours s’effectue sur un convoyeur au-dessus duquel six bras robotisés, inspirés de ceux utilisés dans l’agroalimentaire, s’emparent de chaque stick pour la mise en boîte. Ce format permet d’offrir une référence dite «nomade», la prise de paracétamol s’effectuant ainsi sans eau, avec la poudre directement ingérée par la bouche. Upsa a investi environ 5 millions d’euros dans cette ligne ultra-moderne. «Depuis dix ans, nous investissons 17 millions d’euros en moyenne par an pour développer notre outil industriel, comme notre nouvelle ligne de conditionnement sticks», commente Grégory Caceres, directeur des projets industriels du groupe.
Hervé Boutet Inspirés de l'industrie agroalimentaire, des bras robotisés insèrent de manière algorithmique les sticks d'Efferalgan dans leurs étuis cartonnés sur la nouvelle ligne de conditionnement d'Upsa au Passage d'Agen. Crédit : Hervé Boutet
Pour son développement, le laboratoire se concentre sur les extensions de gammes et les nouveaux produits, pas seulement dans le paracétamol, mais également dans les compléments alimentaires. La reprise du capital par le laboratoire japonais Taisho Pharmaceutical en 2019 pourrait aussi ouvrir quelques portes. Thierry Thil, directeur des sites industriels d’Upsa, estime que «chez BMS [qui détenait auparavant Upsa, ndlr], nous n’étions pas au cœur des développements stratégiques ni des priorités thérapeutiques du laboratoire américain. Au sein de Taisho, Upsa représente 25% des volumes, et cela permet au groupe d’avoir une tête de pont en Europe. Ils ont quelques gammes de produits que nous pourrions adapter ici en production, comme certains compléments alimentaires».
Une production confrontée à l'inflation
L’autre axe de développement des sites se situe à l'international. S’il ne représente que 43% des volumes, essentiellement en Europe et en Afrique, l'international compte pour 50% en valeur. En 2021, malgré ses 375 millions d’euros de chiffre d’affaires, Upsa n’a pu équilibrer son résultat net qu’à travers l’export, la France affichant une perte nette. Ici, «de par son statut réglementé, le marché est compliqué», juge Laure Lechertier. Directrice de l’accès au marché d’Upsa, de la RSE, des Affaires publiques et de la communication, elle explique la perte nette en France par l’impossibilité de «faire absorber nos charges variables dans les prix régulés de nos médicaments et particulièrement bas».
De l’usine, une boîte de 16 gélules de Dafalgan 500 mg ne sort qu’à 76 centimes, prix fabricant hors taxe, pour un prix écoulé à environ 2 euros en pharmacie. Ce faible prix ne peut être augmenté, puisque le Dafalgan, comme l’ensemble des médicaments, voient leurs prix fixés avec le Comité économique des prix de santé (CEPS). Dans le même temps, les médicaments enregistrent habituellement des baisses de prix chaque année, en particulier sur leur taux de prise en charge par l’Assurance-maladie. De quoi expliquer que les médicaments soient quasiment les seuls produits manufacturés sur lesquels il n'est pas possible de jouer sur les prix pour absorber d'éventuels surcoûts.
Hervé Boutet L'un des axes de développement d'Upsa pour ses deux sites d'Agen consiste à se développer à l'international. Crédit : Hervé Boutet
Pour Upsa comme pour la majorité des producteurs de médicaments, l'inflation actuelle pèse sur la production. «Nous faisons face à une inflation vertigineuse sur tout : l’énergie, le paracétamol, l’aluminium, le plastique, le carton. Tout confondu, cela représente 25% de surcoût », illustre Laure Lechertier. Pour absorber le surcoût dans l'énergie, le laboratoire travaille sur plusieurs pistes, comme l'installation d'«une pompe à chaleur, qui a permis de réduire de deux tiers [sa] consommation de gaz, et permis d’éviter 1 000 tonnes de CO2 en émissions, soit près de 20% des émissions d’Upsa». «Nous travaillons aujourd’hui sur un projet de substitution par biomasse, avec une chaudière bois, d’ici à 2024», ajoute Grégory Caceres. Il évoque aussi un projet de couverture du parking des salariés au Passage d’Agen avec des panneaux photovoltaïques, qui permettrait de répondre à 5% des besoins du site en électricité.
L'enjeu des médicaments matures
En réponse aux inquiétudes en termes d'approvisionnement en France, Laure Lechertier juge qu'il «n'existe pas de difficulté sur le paracétamol pour Upsa, ni en matière d’approvisionnement ni sur le plan de la production». «Le problème est le suivant : jusqu’à quand pourrons-nous tenir cette équation entre les coûts, l’inflation et les prix très faibles de ventes de nos médicaments?», juge-t-elle, tout en précisant qu'Upsa a demandé «aux autorités une augmentation du prix, qui est en cours d’instruction».
En attendant, Upsa aimerait bien que s’applique rapidement l'une des mesures phares de la loi de financement de la sécurité sociale 2021 sur la prise en compte des fabrications pharmaceutiques en France et en Europe pour l’attribution des prix des médicaments. Obtenir une meilleure prise en compte dans les attributions de prix ou des taux de remboursement pour les producteurs de médicaments en France est un enjeu majeur de souveraineté sanitaire, en premier lieu pour les médicaments matures, qui ne sont plus sous brevet mais restent essentiels. C'est notamment le cas du paracétamol et des antibiotiques, qui se trouvent régulièrement sous tension ces dernières années dans les pharmacies. Pour le moment, cette mesure n’est toujours pas prise en compte par le CEPS.
Hervé Boutet Upsa a mis en oeuvre diverses initiatives pour réduire la consommation d'énergie de ses sites à Agen. Crédit photo : Hervé Boutet



