8 milliards d’euros, trois pôles, une université… Comment Renault veut "remettre la France au centre de sa stratégie"

Lors de l’assemblée générale de Renault, ses dirigeants sont revenus sur les bénéfices attendus du nouveau plan stratégique pour la France. La création d’une université doit permettre d’accompagner les salariés français dans la transformation de leur métier.

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Renault Zoe Flins
Le recentrage de Flins dans l'économie circulaire doit permettre de générer vers 2030 autour d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires, a promis Luca de Meo.

La Renaulution est-elle une chance pour la France? Oui, promettent les dirigeants de Renault. A l’occasion de l’assemblée générale du 23 avril, Luca de Meo et Jean-Dominique Senard sont revenus sur les bénéfices attendus dans l’Hexagone du nouveau plan stratégique du groupe annoncé en janvier.

"Que ce soit bien clair, nous considérons que Renault a un avenir considérable en France et sera vu très vite comme un des grands leaders de l’industrie automobile dans notre pays", a insisté le président du groupe, Jean-Dominique Senard, en réponse à un actionnaire. Comme il l’avait indiqué dans un récent entretien, le directeur général de Renault, Luca de Meo, a considéré que "le plan Renaulution, s’il est correctement exécuté, représente pour la France un PIB additionnel de 8 milliards d’euros".

Un milliard d’euros avec la Refactory de Flins

"Il est clair que toute l’idée derrière, c’est de pousser le système français sur la partie la plus haute de la chaîne de la valeur. Ce qui veut dire voiture électrique, hybride, connectivité, software, etc.", a ajouté Luca de Meo. En repositionnant l’usine de Flins (Yvelines) sur les sujets d’économie circulaire, au cœur de la nouvelle stratégie RSE du groupe, le dirigeant dit avoir ainsi "l’ambition de créer, à moyen terme, plus de chiffre d’affaires et d’emplois qu’en assemblant des voitures". A terme, la Refactory de Flins pourrait permettre à Renault de générer vers 2030, "un milliard d’euros de chiffre d’affaires dans le recyclage et le démantèlement", a une nouvelle fois promis Luca de Meo. La Software République, un écosystème ouvert créé avec Atos, Dassault Systèmes, STMicroelectronics et Thales, est le deuxième "pôle d’excellence" qui a "pour vocation de créer en France et en Europe les briques de technologie qui feront la mobilité de demain".

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Le troisième pilier de l’implantation du nouveau Renault en France est bien sûr lié à l’activité électrique située dans le Nord de la France, couplée à la coentreprise du groupe français avec PlugPower. Celle-ci vise à développer des activités autour des piles à combustible "le tout made in France", a certifié Luca de Meo, tandis que "le projet du Nord va intégrer différents modèles de voitures électriques, plus une usine de batteries", sans précisions supplémentaires sur ce fameux projet autour des batteries.

Une université pour les métiers de demain

Pour accompagner ces changements technologiques majeurs dans l’automobile, Renault a annoncé la création d’une structure de formation, baptisée ReKnow university, dans le cadre de la présentation de sa stratégie RSE. Celle-ci sera articulée "autour de trois pôles : électrique, économie circulaire, et data, software et cybersécurité" et formera "aux métiers et compétences de l’industrie automobile de demain", a mis en avant Luca de Meo.  "Dédiée dans un premier temps aux salariés du groupe en France, elle formera près de 2 000 personnes d’ici la fin de l’année 2021, et près de 1 000 supplémentaires d’ici 2025. Soit près de 40% des équipes concernées par cette transformation", a-t-il ajouté devant les actionnaires du constructeur automobile. Un tiers des salariés de l’usine de mécanique de Cléon (Seine-Maritime) doivent ainsi être formés à l’électronique de puissance et l’assemblage automatisé des moteurs électriques. A plus long terme, Renault prévoit d’ouvrir les activités de cette université "aux partenaires industriels de la filière avec lesquels [il mutualisera] la conception et la diffusion des formations", à l’image de Valeo. "La ReKnow University collaborera aussi étroitement avec des partenaires académiques sur des projets de recherche appliquée et sur le co-développement de formations certifiantes ou diplômantes par exemple sur les métiers d’ingénierie liée à l’économie circulaire", a mis en avant Luca de Meo.

"Remettre la France au centre de la stratégie"

"Notre esprit […] c’est de remettre la France au centre de la stratégie", a tranché Luca de Meo. Mais à l’image de Renaulution, le directeur général de Renault veut changer de logique : "la France est un pays de première économie. On ne peut pas seulement se contenter […] de mesurer l’engagement de l’entreprise seulement sur le nombre de voitures produites. Il faut le faire sur la valeur, sur la qualité des jobs que l’on est capables de créer ici", a-t-il insisté.

En France, la production de véhicules finis ne cesse de chuter depuis une vingtaine d’années. L’année dernière, cette activité s’est écroulée autour de 1,3 million d’unités, selon les calculs du cabinet Inovev, contre un peu plus de 2 millions en 2019, mais loin des niveaux des années 2000. Si les arrêts liés à la crise sanitaire ont joué sur cet écroulement de la production de véhicules finis, Inovev met aussi en avant de nouvelles délocalisations de véhicules. Les Peugeot 2008, Peugeot 208, Renault Clio et Opel Grandland ont en effet quitté en 2020 les chaînes d’assemblage tricolores, rappelle le cabinet. L’arrivée cette année de "l’Opel Mokka ou les nouvelles générations de la Peugeot 308, du Renault Kangoo ou du Mercedes T Class (ex-Citan)" permettront en partie de rehausser les volumes. Inovev prévoit que la production de véhicules finis en France devrait à nouveau grimper à 1,75 million d’unités en 2021.

Devant les actionnaires, Luca de Meo s’est toutefois montré confiant sur le potentiel de la Renaulution pour redonner des couleurs à l’activité automobile de Renault en France. "Cela peut faire mal ici ou là, cela peut demander du changement qui n’est pas forcément très accepté des fois, c’est normal. Mais dans dix ans si tout marche, tout le monde va nous remercier", a-t-il promis. Rendez-vous pris à la prochaine décennie.

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