Après la prise de conscience, l’heure est au plan de bataille. Au lendemain de la restitution à Bercy des propositions pour le futur projet de loi sur l’industrie verte, les entrepreneurs avaient rendez-vous le 4 avril à la 3e édition de Jour E, journée dédiée à la transition écologique et énergétique, organisée par Bpifrance à Paris.
L’occasion de rappeler les tenants et aboutissants, mais surtout les solutions pour cette planifi-cation stratégique afin d’encourager dans cette voie les dirigeants de PME et ETI, lesquelles représentent près du tiers de l’empreinte carbone en France. Or, si 88 % d’entre eux déclarent pouvoir réduire celle-ci dans les 5 ans, une majorité (59 %) pense la réduire seulement « un peu »1.
Mener une réflexion de fond
Manque de temps, complexité du sujet… les freins semblent encore plutôt serrés, indique l’étude. Ce n’est pas pour rien qu’en introduction de l’événement, Nicolas Dufourcq, Direc-teur général de Bpifrance, parle de « pression morale » et de « de ne pas avoir peur de bous-culer les fondamentaux ». Car il s’agit bien de cela : secouer l’ordre établi dans son activité pour faire évoluer son modèle économique, ses process et son écosystème.
Un chamboulement qui doit passer par une phase de réflexion déterminante, témoigne Cathe-rine Guerniou, dirigeante de La Fenêtrière, entreprise de 14 salariés : « Il y a nécessairement une phase d’acculturation. Il fallait savoir comment emmener toute l’équipe et comment don-ner du sens. » Engagée pendant un an au sein de la Convention des entreprises pour le climat, l’entrepreneuse du Val-de-Marne en tire un constat presque contre-nature de son propre aveu : « notre but est de produire moins de menuiseries, pour les produire différemment, les rendre évolutives dans le temps, réemployables, et travailler sur le recyclage de la fin de vie. »
C’est bien là l’une des finalités de la démarche de décarbonation, comme le rappelle Guil-laume Pitron, auteur spécialisé sur les impacts écologiques des nouvelles technologies : « C’est contre-intuitif, mais il va falloir plus de ressources pour pouvoir émettre moins de carbone. Le vrai sujet est donc : comment rendre le monde vert basse matière et circulaire. »
De quoi douter de ses capacités et de son sens du business. « C’est légitime, parce que cela implique de se mettre en déséquilibre avant, donc faire des investissements dans le ROI n’est pas forcément évident, souligne Anne Guérin, directrice exécutive du Financement, du Réseau et du Plan Climat chez Bpifrance, mais nous sommes persuadés que derrière, il y a un monde d’opportunités. » L’accompagnement se révèle clé dans cette phase : bilan énergétique, bilan carbone, dispositifs Bpifrance (diag’ EcoFlux, EcoConception, Axes d’innovation, Indice de Maturité Climatique…), la palette d’outils pour initier un cheminement est large.
Adopter une nouvelle culture de l’innovation
Dans cette démarche, la question de l’innovation reste incontournable. C’est le cas notamment pour le secteur de la construction qui fait partie, entre l’énergie et la matière employées, des principaux émetteurs d’émissions carbone (25% en France). Face à cela, si la réglementation environnementale fait bouger les lignes, beaucoup reste à faire d’après Noé Basch fondateur de Mobius Réemploi : « Les seuils à respecter vont être de plus en plus exigeants. Celui prévu pour 2031, par exemple, on ne sait pas faire, on n’a pas l’industrie pour construire de façon décarbonée dans le volume souhaité. Il y a donc des entreprises à créer, des opportunités dans lesquelles il faut aller. »
Quid de la méthode ?« Les PME font de l’innovation incrémentale, mais l’urgence environne-mentale implique une urgence à réveiller et mettre en place de véritables process d’innovation dans ces entreprises », analyse Anne Guérin. Aussi, pour accompagner les acteurs en place ou émergents, les Greentech font figure d’alliés en termes de décarbonation mais aussi de créa-tion de valeur. Et la dynamique est forte, pour preuve : les levées de fonds ont augmenté en 2022, pour dépasser 2,5 milliards d’euros (53 % vs. 2021), représentant 19 % du total levé par les start-ups françaises en 2022. Et pour la première fois, plus de 100 Greentech ont levé des fonds en France en 20222.
Orchestrer, mesurer, communiquer
Reste que pour mettre en œuvre une stratégie bas carbone, il faut créer l’environnement ad hoc : organiser, équiper, former, certifier… mais aussi rapporter ces engagements et leurs impacts auprès des différentes parties prenantes. Car ces investissements, lourds et chronophages, représentent en définitive de réels leviers de compétitivité sur le long terme. Didier Boudy, président de Mademoiselle Desserts qui emploie 2 000 personnes, en est convaincu : « Lors de la première édition de Jour E, je disais qu’il fallait avoir les nerfs et de la constance, parce que les clients en grande distribution s’en moquent. Ce n’est plus tout à fait vrai. Nous avons depuis signé un très important client qui nous a choisis parce que nous sommes certifiés B Corp, en plus de la qualité de nos produits. Quand on ose se transformer, la transi-tion, ce sont des efforts, des investissements, des contraintes, mais aussi des opportunités business. »
1 source : Bpi France Le Lab, avril 2023
2 panorama de Bpifrance, avril 2023
Contenu proposé par BPI France




