A sécheresse exceptionnelle, conséquences exceptionnelles. Sur les 109 Appellations d’origine protégée (AOP) agroalimentaires que compte la France, 28 ont obtenu le droit de déroger temporairement à leur cahier des charges auprès des services de l’Etat. L’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), compétent en la matière, rappelle à titre de comparaison qu’il y avait eu 13 modifications lors de la sécheresse en 2019.
L’Inao souligne que ces modifications nécessairement provisoires se font dans des conditions strictes, publiées au journal officiel. «La qualité des produits ne doit pas être affectée pour que ces demandes soient approuvées», détaille l'administration sur son site. La preuve avec l’AOP Bleu d’Auvergne qui a obtenu une dérogation publiée fin octobre. Jusqu’au 15 mai 2023, le fourrage des vaches laitières ne sera plus exclusivement issu de l’aire géographie, mais seulement à 80%. L’hécatombe actuelle sur les AOP agroalimentaires touche avant tout les fromages, qui concentrent 26 des 28 modifications temporaires accordées.
Un record absolu de demandes
«Même en 2003, nous n’avions pas eu autant de cahier des charges concernés, se souvient Sébastien Breton, délégué général du Cnaol, le Conseil national des appellations d’origine laitière. Pour nous, la sécheresse, c’est un déficit d’herbe, mais il y a aussi un impact des chaleurs intenses sur nos animaux, avec une baisse de la production de lait. Les modifications doivent nous permettre de passer l’hiver.» Il précise d’ailleurs que «le processus de transformation du lait n’est pas du tout impacté» par la modification du cahier des charges.
«Il existe trois grands types de modification sur ces appellations: la durée de pâture, la nature de l’alimentation et l’origine des fourrages, détaille Carole Ly, directrice par intérim de l’Inao. Ces modifications restent limitées. Sur les fourrages, la réglementation européenne dispose qu’au moins 50% doit être issu de l’aire géographique. C’est ce qui explique que le Salers a dû cesser l’appellation pendant un mois, ils ne pouvaient plus atteindre ce seuil.»

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Mais si, à ce stade, les adaptations sont temporaires, l’augmentation de la fréquence des aléas climatiques pourrait rebattre les cartes à moyen terme. C’est ce que rappelait le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, début septembre dans les colonnes du Figaro: «Les AOC [étape qui précède l’AOP, ndlr] ont construit leurs cahiers des charges bien avant le changement climatique et vont devoir probablement les repenser.»
Les producteurs assurent avoir vu venir le coup. «La modification du climat, on l’a en tête depuis une dizaine d’années, explique Sébastien Breton. On peut adapter nos pratiques, en optimisant la production de fourrage, par exemple avec du stockage et du séchage en grange au printemps. Mais la situation sur 2022 est vraiment exceptionnelle: il faudra s’adapter à la moyenne des années.»
Des réflexions pour mener les adaptations nécessaires
Les fromages ont été particulièrement touchés cette année, mais d’autres appellations agroalimentaires sont menacées. Depuis quelques années, la lentille verte du Puy voit ses rendements dégringoler. La faute à une plante fragile et des conditions climatiques pas vraiment clémentes. Comment s’adapter? «On peut déplacer la période des semis, explique Gregory Sauvant, le directeur de la filière. Mais si on prend cette année, l’idéal était de semer fin mars. L’année précédente avec les pluies, il valait mieux semer courant avril. Le mieux est peut-être encore de partager le risque: on sème une partie de manière anticipée, l’autre plus tardivement. On peut aussi améliorer la robustesse de la plante, en via des couverts végétaux.»
La succession de mauvaises saisons a fait germer une idée. La filière songe à faire évoluer son cahier des charges, dans le but d'étendre l’aire de production et de garantir des volumes pour cette légumineuse rémunératrice. «Aujourd’hui, on ne répond pas à la demande car la production ne suit pas. Il y a une réflexion pour faire évoluer la zone de l’appellation, à l’échelle du territoire», confie Gregory Sauvant.
Autres appellations qui ne manqueront pas d’être touchées par les aléas climatiques, les 400 AOC et AOP des boissons alcoolisées, et du vin en premier lieu. «En viticulture, la réflexion est avancée, souligne Carole Ly. Ce sont des systèmes en monoculture, donc ils sont très exposés. Ils mènent une réflexion depuis 2016 sur l’adaptation au changement climatique, qu’il s’agisse d’irrigation, de conduite du vignoble afin d’avoir des sols qui retiennent plus l’eau, de sélection de variétés plus résistantes…, liste-t-elle, avant d’une conclure sur une note positive. Les agriculteurs français ont fait le choix de s’adapter par l’innovation. Les systèmes ont toujours évolué!»



