2020, un bon cru pour la filière pharmaceutique auvergnate

Les grands noms de la pharmacie, qui ont pris racine en Auvergne depuis longtemps, voient leur activité confortée par la crise sanitaire.

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Le façonnier dédié à la thérapie par microbiote Biose Industrie investit 30 millions d’euros pour agrandir son site d’Aurillac. © Patrick Allard/Rea

L’année 2020 avait mal commencé. MSD-Chibret, dont l’usine de Riom (Puy-de-Dôme), créée en 1960 et qui compte 584 salariés, vivait alors sous la menace d’une suppression de 207 emplois, et cherchait activement un repreneur, "capable d’apporter des volumes de production plus importants à même de maintenir l’activité et l’emploi de façon pérenne". C’était sans compter sur la mobilisation des élus de tous bords pour sauver ce "fleuron industriel" auvergnat, producteur de produits ophtalmologiques, antifongiques et antibiotiques.

En mars, en plein confinement, le groupe ardéchois Fareva, un façonnier indépendant et familial (12 000 salariés), annonçait qu’il entrait en négociation exclusive pour la reprise du site. "Il aurait été une folie de laisser disparaître un site important de la production de médicaments dans notre région", résumait alors le président de région (LR), Laurent Wauquiez, à la manœuvre pour sauver le navire amiral du naufrage.

3600 salariés pour 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires

Car, si la tempête menace parfois même les plus gros, l’Auvergne reste plus que jamais une terre fertile pour la filière pharmaceutique. Elle s’est hissée au fil de son histoire dans le top des territoires français en termes d’élaboration pharmaceutique et pour son activité de recherche. Cette activité, qui fait vivre 3 600 salariés dans la région, pèse aujourd’hui 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, dont 15 %, en moyenne, sont dédiés à la R & D. Des chiffres stables depuis dix ans. La crise sanitaire que traverse la planète ne pourrait que conforter ce leadership.

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Au pays des volcans, les leaders mondiaux ont trouvé asile, à l’image de Sanofi-Aventis, installé dans le village de Vertolaye (Puy-de-Dôme) depuis 1939. Avec ses 800 salariés, le site compte plus d’employés que d’habitants dans la commune ! Il dispose, avec son atelier de micronisation, d’un savoir-faire unique dans le traitement physico-chimique des poudres et livre chaque année 300 tonnes de principes actifs pharmaceutiques (API), utilisés dans la fabrication d’antibiotiques, anticancéreux et anti douleurs. Avec la crise du coronavirus, le groupe a affirmé sa volonté d’accélérer son développement en créant un regroupement des activités commerciales entre six sites d’Europe, dont celui de Vertolaye. Une cinquantaine de personnes devraient donc être embauchées. De quoi assurer l’avenir, même si les syndicats préfèrent rester prudents.

À l’assaut du marché nord-américain

Autre grand nom : les laboratoires Théa, créés par Henri Chibret, dynastie auvergnate qui rayonne depuis plusieurs générations sur le monde de l’ophtalmologie et notamment les collyres. Fort d’un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros en 2019, en hausse constante, le groupe présent dans 70 pays emploie 1 500 collaborateurs dans le monde, dont 300 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), resté le siège social historique de l’entreprise. Devenu premier groupe pharmaceutique européen en ophtalmologie (hors marché de la rétine), Théa est entré en 2020 au capital du suisse Similasan, s’offrant une tête de pont vers le marché nord-américain, où Similasan distribue ses médicaments sans prescription médicale. Pour le président du groupe et héritier de la dynastie, Jean-Frédéric Chibret, "ce partenariat est une formidable porte d’entrée aux États-Unis".

Des investissements malgré la crise

L’année 2020 restera un bon cru pour la filière auvergnate, malgré le contexte de crise sanitaire mondiale. Plusieurs PME auvergnates se sentent même pousser des ailes. Biose Industrie, situé à Aurillac (Cantal), connaît une croissance régulière depuis quatre ans. Passée de 60 à 160 employés, la PME est devenue leader mondial dans le domaine des agents biothérapeutiques. Elle a annoncé une levée de fonds de 30 millions d’euros, en juillet, pour développer son site cantalien et « partir à l’assaut du marché nord-américain ».

Autre investissement majeur, le suisse Carbogen Amcis, implanté à Riom depuis 2012, a annoncé en septembre un investissement de 45 millions d’euros. La société, spécialisée dans la fabrication de produits injectables, notamment des anticancéreux, s’apprête à construire une usine de 9 500 m2 à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), à côté de Riom. Elle devrait commencer à produire au premier trimestre 2023. Carbogen Amcis espère passer de 40 à 110 salariés.

Un écosystème qui donne des ailes aux start-up

"Le territoire doit attirer de nouvelles entreprises et de nouveaux talents, car le tissu est propice. Il faut être capable de proposer une alternative aux grands pôles de Lyon, de Bordeaux et du Centre, sinon nous allons vider la filière", confirme le Groupement des industries de santé et du médicament en Auvergne (Gimra), qui anime et fédère la filière.

Cet écosystème favorable donne des ailes à de nombreuses start-up et aux entreprises innovantes. À l’instar de Biocorp, à Issoire (Puy-de-Dôme). Reconnue pour son savoir-faire en développement et fabrication de systèmes de délivrance de médicaments, la start-up auvergnate a aujourd’hui acquis une place de leader sur le marché des dispositifs médicaux connectés grâce à un capuchon connecté Mallya. Ce capteur intelligent destiné aux stylos injecteurs d’insuline permet à Biocorp de signer des partenariats majeurs avec Théa et Sanofi. La relève est assurée.

Aptys Pharmaceuticals, la douleur dans le collimateur

L’année 2020 aura été un grand cru pour Aptys Pharmaceuticals. Le laboratoire spécialisé en formulation galénique a annoncé en janvier une levée de fonds de 2,1 millions d’euros, à laquelle s’est ajouté, en septembre, un prêt de 750 000 euros de Bpifrance pour son projet Metapain. Fondé en 2002 par François Boutignon à la suite d’accords avec l’université d’Auvergne, Aptys Pharmaceuticals est devenu une référence dans le traitement innovant de la douleur. "Cette levée de fonds nous permet notamment de renforcer notre équipe et de finaliser le développement d’un nouveau traitement de la douleur jusqu’à la mise sur le marché, puis de le proposer à un laboratoire pharmaceutique dans le cadre d’un contrat de licence ou de vente", précise Aptys Pharmaceuticals, implanté au Biopôle Clermont-Limagne, à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme). Dans un premier temps, Aptys Pharmaceuticals concentre ses efforts sur le développement d’un traitement des douleurs modérées à sévères (palier II), fondé sur la synergie d’activité de deux antalgiques non-opioïdes, diminuant ainsi les risques d’abus et de dépendance liés aux opioïdes. L’entreprise a d’ores et déjà engagé un partenariat stratégique avec Unither Pharmaceuticals, leader mondial de la production d’unidoses stériles, qui possède un site à quelques kilomètres de là, à Gannat (Allier). Les partenaires préparent une étude de phase 3 internationale qui devrait démarrer en fin d’année.

 

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