Le taxi volant Volocity devrait bien faire son apparition dans le ciel parisien à l’occasion des Jeux Olympiques (JO). Reste à savoir s’il s’agira d’un service commercial ou de vols d’essais accessibles à quelques personnalités invitées. C’est le message qu’ont fait passer les deux partenaires de ce projet, le gestionnaire aéroportuaire français ADP et l’allemand Volocopter, lors d’une rencontre organisée par l’association des journalistes aéronautiques (AJPAE), jeudi 4 avril.
Pour le tandem, qu’importent les conditions dans lesquelles les trajets s’effectueront : l’essentiel est de démontrer la fiabilité des vols en eVTOL (pour aéronef électrique à décollage et atterrissage vertical) dans une grande capitale. De quoi fournir une vitrine à leurs ambitions commerciales et internationales.
Si ce projet pourrait faire de Paris la première capitale à bénéficier de l’exploitation d’un tel engin, il reste dans une zone d'incertitudes à moins de quatre mois de l’échéance. «Nous sommes optimistes quant à notre capacité d’y arriver», résume Dirk Hoke, directeur général de Volocopter, créé en 2011, et ex-directeur général d’Airbus Defence & Space. «Il n’y aura très probablement pas de passager payant pour les JO, mais il y aura probablement des vols malgré tout, précise Edward Arkwright, directeur général exécutif du groupe ADP. Il ne s’agira pas de vols de démonstration, l’objectif étant d’assurer plusieurs vols quotidiens avec une fréquence donnée, et ce, durant plusieurs jours.»
Des certifications qui tardent à venir
Les deux partenaires butent encore sur des enjeux de certifications, plus difficile à décrocher qu’attendu. Des discussions fréquentes sont menées avec la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC) et l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA). Volocopter estime être en mesure d’obtenir le certificat de transport aérien d’ici «quelques jours à quelques semaines», selon Dirk Hoke. Quant à la «certification de type», qui concerne précisément le Volocity, il va falloir encore attendre «quelques semaines ou quelques mois», toujours d’après le dirigeant. Des délais qui s’expliquent à la fois par un durcissement des exigences du côté des autorités aéronautiques de certification et par des retards de livraison d’un fournisseur américain.

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En l’absence de ces précieux sésames, nécessaires pour des vols commerciaux, Volocopter pourrait faire voler son engin lors des JO via un «permit to fly» (ptf), plus simple à obtenir pour avoir l’autorisation de voler. Ce document l'empêcherait en revanche de monnayer les trajets. Concrètement, ADP et Volocopter se tiennent prêts pour pouvoir assurer des vols via un total de cinq vertiports. À savoir : les aéroports Roissy-CDG et du Bourget ainsi que les aérodromes de Saint-Cyr-l'Ecole et d’Issy-les-Moulineaux, ainsi qu’une barge expérimentale située au niveau de la gare d’Austerlitz et qui sera démontée au plus tard le 31 décembre 2024. Entre une et trois routes pourraient être mises en œuvre. Le Volocity, équipé de 18 moteurs électriques, pourra transporter un passager à la fois, et ce à une altitude comprise entre 150 et 300 mètres sur une distance maximale de 21 km.
Paris, capitale mondiale des taxis volants??
Quelle que soit l’issue du projet, l’aventure parisienne de Volocopter et ADP n’aura pas été une sinécure. Contestation de certains élus parisiens, rapport très critique de l’Autorité environnementale (AE) au sujet du vertiport flottant d’Austerlitz, avis d’enquête publique défavorable… «Si on peut voler à Paris, on pourra voler dans toutes les villes du monde», s’est amusé Dirk Hoke face à la complexité de mise en œuvre du projet. Pour autant, le tandem a bénéficié du soutien de la région Ile-de-France, via des subventions, ainsi que de la DGAC. Quant à l’AESA, la définition d’un socle de certification dès 2019, a permis à ce projet de se déployer, alors même que son homologue américain, la FAA, est pour l’heure moins avancé en la matière.
Les deux acolytes ont conscience qu’ils doivent encore convaincre de la pertinence d’un tel moyen de transport, encore largement perçu en France comme anecdotique, voire réservé à une clientèle fortunée. «Le Volocity affiche une sécurité supérieure à celles des hélicoptères, grâce à une plus grande redondance des systèmes critiques, a soutenu Dirk Hoke. L’engin n’engendrerait par ailleurs que 10 à 20% des nuisances sonores d’un hélicoptère.» Seuil de sécurité exigé : un accident pour un milliard d’heures de vols. Autrement dit, zéro accident. Quant au coût de ce moyen de transport, il devrait vite diminuer et pourrait s’élever à 3 ou 4 euros par siège et par km d’ici 5 ans. Soit 90 à 120 euros pour 30 km, soit peu ou prou la distance entre le centre de Paris et les grands aéroports. «Ce n’est pas beaucoup plus cher que le taxi», a glissé Dirk Hoke.
Volocopter, parmi les acteurs les plus avancés
Volocopter et ADP ne font pas mystère que les taxis volants n’ont pas vocation à assurer un transport de masse. Outre le transit de passagers en zone urbaine, à destination des touristes et voyageurs d’affaires pressés, les services sanitaires sont perçus comme l’un des usages les plus prometteurs avec à la clé une possible réduction du temps d’intervention. Le groupe ADP a engagé des discussions pour définir des protocoles d’utilisation avec l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). «Nous devons effectuer des tests dans le courant de l’automne 2024», a précisé Edward Arkwright. Les vols durant les JO devraient fournir une première moisson de données, telles que la vitesse, l’autonomie et le niveau de vibrations. Des essais vont aussi démarrer outre-Rhin avec l'ADAC, le secours aérien allemand, d’ici la fin d’année ou début 2025.
Volocopter figure parmi les acteurs les plus avancés dans le marché à peine embryonnaire des VTOL. L’entreprise allemande a assuré le premier vol public de son engin en juin 2021 en France, au niveau de l’aéroport du Bourget. À la fin de cette même année, elle inaugurait avec le groupe ADP une zone de tests au niveau de l’aérodrome de Pontoise-Cormeilles-en-Vexin (Val-d'Oise), lequel a depuis accueilli un terminal expérimental. À ce jour, elle cumule 2000 vols de tests, avec et sans pilote. De son côté, le groupe ADP a aussi engrangé une certaine expérience, ayant dès le début privilégié une vision globale soutenue par des partenariats : vertiport, maintenance, expérience passagers, insertion dans le trafic aérien… «On croit aux VTOL à Paris mais aussi dans le reste du monde», a relevé Edward Arkwright.
Un modèle économique qui reste à bâtir
Au-delà du projet lié aux JO de Paris, Volocopter et le groupe ADP sont convaincus que les taxis volants ont un grand avenir. Pour l’heure, Volocopter assure avoir engrangé une centaine de commandes, dont 25 fermes. Le site de la société allemande, situé à Bruchsal (Bade-Wurtemberg, en Allemagne), affiche des capacités de production de 50 exemplaires par an. Elles pourraient être doublées, voire triplées, si besoin. Les Volocity pourraient-ils être fabriqués en France ? «Nous sommes toujours ouverts à la coopération s’il y a des investisseurs français qui se présentent», a glissé Dirk Hoke.
Outre Paris, Volocopter a noué une quarantaine de partenariats, notamment avec certaines grandes villes. La société espère assurer des vols à Rome (Italie) à partir de la fin de l'année 2024 à l’occasion du Jubilé 2025, à Osaka (Japon) lors de l’Exposition universelle de 2025 avec Japan Airlines en guise de partenaire, mais aussi au niveau de la ville futuriste de Neom (Arabie Saoudite). Pas de doute pour Dirk Hoke : à l’avenir, Volocopter se concentrera sur la conception et la fabrication d’appareils, laissant à des partenaires internationaux le soin d’assurer leur exploitation commerciale. Depuis sa création, Volocopter ne génère pas de profits, mais est parvenu à lever environ 250 millions d’euros auprès d’investisseurs. Son patron vise une levée de fonds total de 500 millions d’euros à brève échéance, d'ici la certification, ainsi qu’une introduction en bourse, qui devrait sans doute intervenir entre 2026 et 2027, afin de soutenir la phase d’industrialisation.
Un service à pérenniser
Mais, issu du secteur aéronautique, Dirk Hoke a à cœur de ne pas griller les étapes et assure jouer la prudence quant au développement de l’entreprise en évitant tout effet d'emballement. Il développe toutefois en parallèle de Volocity deux autres appareils : le VoloRegion, capable de transporter 4 passagers sur une distance de 200 km et qui pourrait entrer en service dès 2027 ou 2028, et le VoloDrone, destiné pour sa part au fret maritime et en particulier au transport d’équipements pour les éoliennes offshore. Une gamme qui va contribuer à réduire les coûts de transport et qui devrait donner un coup de fouet au carnet de commandes. Quid du marché militaire, d’où vient Dirk Hoke ? «Nous n’avons pas les ressources pour le moment pour s’y intéresser, a confié Dirk Hoke. Mais c’est une option, nous avons déjà reçu plusieurs demandes en ce sens.»
Passés les JO, comment sera assuré le service commercial de ces taxis volants à Paris, entre par exemple le centre de la capitale et les deux grands aéroports ? «Dès 2026, le groupe ADP aura une infrastructure passagers qui rendra possible un service commercial régulier, à partir d'un vertiport situé à Roissy-CDG», a assuré Edward Arkwright. Les taxis volants pourraient atterrir à Issy-les-Moulineaux ou sur une barge présente sur la Seine, du type de celle qui devrait être expérimentée lors des JO. Mais le service dépendra aussi des performances des futures batteries des Volocity, encore en tests. «Les batteries permettant d’avoir un rayon d’action entre 40 et 80 km pourraient être certifiées dès 2025 ou au plus tard en 2027», a affirmé Dirk Hoke. Les taxis volants de Volocopter pourraient dès lors s'inviter plus facilement dans les grandes agglomérations.



