En ce mois de mai, la France semble se diviser en deux réalités contradictoires, illustrées par le « Sommet Choose France 2025 » et le dernier « Baromètre EY de l’attractivité de la France ». D'un côté, le gouvernement clame avoir atteint un « sommet inédit », mettant en avant 53 annonces d’investissements étrangers, totalisant 37,3 milliards d'euros et promettant plus de 13 000 emplois directs ou indirects. Trois projets phares, représentant à eux seuls 17 milliards d'euros, concrétisent des engagements issus d'une récente conférence sur l'intelligence artificielle. Parallèlement, le pays attire des investissements stratégiques dans des secteurs cruciaux tels que les métaux rares, la défense ou l'électronique, contribuant ainsi à renforcer sa souveraineté sanitaire européenne. Des projets notables dans le secteur chimique se dessinent également, avec l'implantation par l’américain Circ d’une usine de 450 millions d'euros en Moselle, en complément des initiatives d'autres groupes comme l'espagnol Coleo et le belge Galactic. À cela s’ajoutent trois investissements dans la pharmacie annoncés par GSK, Kenvue et Norgine, de l’ordre de quelques dizaines à quelques centaines de millions d'euros.
Déclin généralisé des investissements étrangers en Europe
Pourtant, l'optimisme gouvernemental se heurte à une réalité plus préoccupante. Le Baromètre EY souligne un déclin généralisé des investissements étrangers en Europe, atteignant des niveaux alarmants. En 2024, 5 383 projets ont été recensés, affichant une baisse de 5 % par rapport à l'année précédente, accompagnée d'une diminution de 16 % des emplois associés. Bien que la France conserve sa place de n°1 sur le podium européen, elle n’échappe pas à cette tendance : les projets d’implantations et d’extensions étrangères ont chuté de 14 %, tandis que la création de nouveaux postes a baissé de 27 %.
Un secteur de la chimie boudé par les investisseurs étrangers
Les investisseurs étrangers expriment de réelles inquiétudes. Les coûts salariaux élevés, le manque de foncier, la compétitivité énergétique en berne, ainsi que des retards en matière de robotisation pèsent sur l’attractivité industrielle française. Même l’innovation est questionnée. Pour la deuxième année consécutive, le nombre d'implantations de centres de recherche et développement diminue, affichant un recul de 15 % en 2024 par rapport à 2023. À cela s’ajoute une croissance morose, amplifiée par une consommation des ménages en berne. Le rapport souligne tout particulièrement la moindre attractivité de la chimie, de l’automobile et de la pharmacie. Dans la chimie, par exemple, les entreprises étrangères n’auraient créé que 480 emplois en 2024, contre 1 420 suppressions de postes liées à des arrêts d’activité. Les trois années précédentes, le solde entre ouvertures et fermetures était encore positif.
Des investissements tournés vers les États-Unis
Cependant, un signe d'espoir pourrait se dessiner : en mars 2025, seulement 35 % des dirigeants étrangers interrogés par EY rapportaient avoir réduit ou reporté leurs investissements en France, contre 49 % en octobre 2024. Ce léger regain d'optimisme se heurte à une autre une réalité inquiétante : alors que l'Europe perd 5 % de projets étrangers, les États-Unis en gagnent 20 %. L’Amérique joue à la fois sur la séduction avec son programme IRA ou les incitations « pro-business » de Donald Trump, et la menace de la hausse des droits de douane. Pendant ce temps, les industriels américains boudent de plus en plus l’Europe, avec un recul des annonces d'investissements de 11 % en 2024 par rapport à l'année précédente, et une baisse vertigineuse de 46 % par rapport à 2021.
Voilà pourquoi les annonces du Sommet Choose France 2025 donnent autant matière à satisfaction qu’à réflexion.



