L’intelligence artificielle (IA) est sur toutes les lèvres. Les rapports se multiplient pour demander d’encadrer les risques, d’investir des sommes colossales ou encore d’évaluer l’usage réel de ces technos. Les parlementaires mettent aussi la main à la pâte. L’office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a rendu, le 4 décembre, son rapport "ChatGPT, et après ? Bilan et perspectives de l’intelligence artificielle". Cette analyse de l’état de l’art et du contexte vise à traduire ces informations en enjeux politiques et économiques.
Une politique IA brouillonne et éclatée
Premier enseignement à retenir : le manque de suivi des politiques sur l'IA. La rapporteure Corinne Narassiguin, sénatrice du groupe socialiste, écologiste et républicain de la Seine-Saint-Denis, parle d’une «approche brouillonne sur ce sujet et pas assez suivie d’un point de vue politique». Sont évoqués : le rapport IA de 2017 – rendu vers la fin du quinquennat de François Hollande – dont «les préconisations n’ont jamais été mises en œuvre» suivi du rapport «partiel»rédigé par Cédric Villani en 2018 qui se focalise sur certains types d’IA.
«L’absence de pilotage direct» de toute les politiques sur ce sujet et «le manque de stratégie globale», selon la sénatrice, conduisent à une multiplication d’initiatives – que ce soit la création des instituts 3IA, le soutien à des acteurs privés comme Mistral AI, à la recherche publique ou au développement des supercalculateurs – «trop faibles et pas coordonnées.» Des critiques également émises par la Cour des comptes dans un rapport rendu en avril 2023 qui soulignait des résultats insuffisants et assurait que la France a poursuivi son décrochage au niveau international depuis 2018. Le rapport de l’OPECST rappelle que le poste de coordinateur de la stratégie nationale de l’IA – actuellement occupé par Guillaume Avrin – est sans autorité réelle sur cette stratégie et voit son ministère de rattachement changer au gré des gouvernements.
La stratégie des Pays-Bas plébiscitée
Les rapporteurs, qui ont réalisé un benchmark d’une vingtaine d’autres stratégies nationales sur l’IA, soulignent celle mise en place aux Pays-Bas. Un pays où «le travail en réseau est naturel avec des passerelles entre le public et le privé, les étudiants et les professionnels, la recherche fondamentale et la recherche appliquée, et les différents types de financements», liste Corinne Narassiguin. Au Royaume-Uni, cela fait plusieurs années qu’un pôle gouvernemental spécifique traite de toutes les questions sur le numérique et l'IA. Et ce, sans que ces sujets ne soient rattachés à l’enseignement supérieur et à la recherche ou à l’économie comme en France.
Un autre point d’achoppement souligné en filigrane par les rapporteurs : des financements insuffisants. Après le premier rapport IA de 2017, François Hollande s’était engagé sur une enveloppe de 1,5 milliard d’euros sur 10 ans. En 2023, ce sont 2,5 milliards d’euros du plan France 2030 qui sont dédiés à l’IA. Alors que la nouvelle commission IA lancée par le gouvernement plaide pour un investissement massif de 27 milliards d’euros sur 5 ans pour la formation, la recherche, et le développement d’un écosystème robuste…
Une quête d'unité mondiale
Pour autant, le document n'est pas critique. Les rapporteurs de l’OPECST saluent par exemple la tenue en France en février 2025 d'une nouvelle édition du sommet de l'action pour l'IA, dans la continuité du sommet sur la sécurité de l’IA organisé à Bletchkey Park (Royaume-Uni) en 2023. Ils apprécient notamment que l’approche française ne soit pas uniquement centrée sur les risques existentiels comme l’était le sommet de Bletchkey Park. Tout en regrettant que les thématiques de l’éducation et de la souveraineté ne soient pas au menu de l'événement de février.
Globalement, la nécessité d’échanger sur ces technologies d’IA, l’encadrement des risques, les bonnes pratiques et l’éthique sont une bonne chose, selon eux. Mais le besoin d’une gouvernance mondiale unifiée se fait pressante face à la multiplication des initiatives provenant de l’Unesco, de l’OCDE, du G7, du G20… Dans leur rapport, les parlementaires préconisent de se tourner vers l’ONU pour unifier ces débats et initiatives. Peut-être que ce point sera évoqué lors du sommet organisé par l'Elysée.



