Quatre ans après les premières annonces, le groupe allemand BASF a donné son approbation finale pour la constitution d’un nouveau Verbund (ou site de production intégré) à Zhanjiang, dans la province du Guangdong, à mi-chemin entre Canton, Shenzhen et Hong Kong. Le projet est colossal, puisqu’il va mobiliser jusqu’à dix milliards de dollars (9,8 Mrds €) d’investissements, d’ici à 2030. Date à laquelle il sera pleinement opérationnel. Et malgré cette longue prise de décision, BASF précise qu’il est tout à fait dans les temps par rapport à son calendrier initial. D’autant plus que la construction de deux unités de production a déjà démarré en 2020. Une première unité consacrée aux plastiques techniques est en cours de démarrage et une deuxième dédiée aux polyuréthanes thermoplastiques (TPU) entrera en service en 2023.
BASF présente ce Verbund de Zhanjiang comme son troisième plus grand site au monde après Ludwigshafen, en Allemagne, et Anvers, en Belgique. Et devant ses complexes nord-américains de Freeport, au Texas, ou de Geismar, en Louisiane. Dans ces conditions, quid du complexe de Nanjing, dans la province du Jiangsu, plus proche de Shanghai ? Il est vrai que cela reste une base importante des activités de BASF en Chine, depuis sa création dans les années 2000. Mais le géant allemand n’y a pas les coudées franches, puisqu’il exploite ce site en joint-venture avec la compagnie pétrolière et pétrochimique chinoise Sinopec, par le biais de leur société commune BASF-YPC, détenue à parité. Par ailleurs, depuis sa création, le montant total des investissements s’élève à 5,5 milliards de dollars, soit près de la moitié du budget de Zhanjiang. (À noter qu’en Malaisie, il détient aussi le Verbund de Kuantan à 60/40 avec l’acteur local Petronas). En solo, dans son nouveau Verbund chinois, BASF va donc pouvoir donner le coup d’envoi de la construction d’un vapocraqueur d’une capacité d’un million de tonnes par an d’éthylène, qui devrait aussi fournir du propylène et des C4 bruts, selon les premières annonces. Ces volumes permettront d’alimenter des productions d’oxyde d’éthylène, d’acide acrylique, d’oxo-C4 et d’oxyde de propylène à partir de peroxyde d’hydrogène (HPPO), ou encore de butadiène. Et plus en aval, des unités d’éthylène glycol, de tensio-actifs, d’amines, de polymères superabsorbants, d’acrylates, de dispersants, de polyols, de polymères de performance et d’un certain nombre d’intermédiaires…
Jusque-là rien de bien original, si ce n’est que BASF utilisera les dernières technologies numériques disponibles et appliquera les normes de sécurité les plus strictes pour faire de Zhanjiang un modèle de production durable que d’aucuns pourraient qualifier de « smart Verbund ». BASF promet un haut niveau d’automatisation de ses procédés, de ses systèmes de contrôle, mais également de ses activités logistiques sur le site à travers des ballets de véhicules autonomes. En outre, l’électricité consommée par ses premières unités sera 100 % renouvelable. BASF, qui mise beaucoup sur l’électrification de ses opérations – notamment de son vapocraquage –, a conclu en juin de cette année un accord avec China Resources Power pour l’achat d’électricité renouvelable. Et cette fois, à Zhanjiang, BASF sera le voisin de Sinopec. Ce dernier s’y est aussi installé avec l’ouverture en 2020 d’une raffinerie et d’un complexe pétrochimique de 6 Mrds $, consacrant la zone comme un futur haut lieu de la chimie sur le territoire chinois.



