Le son, ce n’est pas que du bruit, c’est aussi de l’information. C’est en résumé le credo de la start-up Sound to Sight, l’un des acteurs les plus prometteurs de l’écosystème du Mans spécialisé dans l’acoustique. Créée en 2013, elle s’est spécialisée dans un segment encore méconnu : le design sonore. Une discipline à mi-chemin entre l’acoustique, la psycho acoustique, le marketing, la recherche, l’ergonomie… et l’industrie. Elle rencontre une attention croissante de la part des acteurs du transport.
Si les deux fondateurs, Florestan Gutierrez et Antoine Châron, ont l’ouïe fine – ils ont suivi un master local dans le domaine du son –, ils ont aussi le nez creux. Car la démocratisation des véhicules électriques a fait exploser les besoins en matière de design sonore. « L’un des principaux sujets pour nous est de concevoir le son artificiel des véhicules électriques, devenus très silencieux, résume Antoine Châron. A l’échelle de la société, l’enjeu se résume souvent à la réduction des bruits accidentels, des nuisances sonores. Mais nous pensons que l’absence de bruit est aussi un problème. Les sons peuvent être vecteurs de sens et d’informations. »
Dans la voiture, on monte le son
Sound to Sight, qui affiche un chiffre d’affaires de 300 000 euros, affiche déjà un solide tableau de chasse. A savoir : Ford, Stellantis, Opel, McLaren, Continental, Geely, Mitsubishi… « Il s’agit de concevoir un son qui prévienne de la présence du véhicule et qui soit la signature de la marque, précise Antoine Châron. Nous avons également élaboré des sons intérieurs, pour améliorer la sécurité et l’expérience de marque. » Sound to Sight s’est aussi retrouvé embarqué dans le projet de taxi volant PopUp Next, entre Airbus et Audi. La start-up a élaboré le son d’une interface de pilotage.
Mais la vision des deux fondateurs – qui s’associent à d’autres personnes au gré les projets – ne limite pas l’application de ce savoir-faire à l’automobile. « Notre rôle de designer sonore est de prendre de la hauteur et d’apaiser les paysages sonores avec un travail sur la réduction des sons inutiles, et une création sonore harmonieuse et bien intégrée des sons nécessaires », commente Antoine Châron. Dans son studio de création, l’expert conçoit aussi des bandes sonores destinées à la scénographie et la communication.
Le son adoucit les mœurs
Sound to Sight met déjà en musique cette démarche multi-sectorielle. La start-up s’est par exemple associée à un constructeur ferroviaire pour développer un concept de parcours guidé via des sons, pour effectuer des trajets complets – de la maison au lieu de travail, en passant par le train – plus harmonieux et moins anxiogène. En poussant plus loin encore leur démarche, les fondateurs de la start-up réalisent que le design sonore peut être mis au service d’une meilleure accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Antoine Châron en est convaincu : « Il faudrait une politique sonore de la société qui allierait tous les acteurs ».
Le médical est un autre champ que la start-up compte investir. « Nous nous sommes penchés sur la manière de réduire le stress issu du bruit des machines, qui détériorent la qualité du sommeil et augmentent l’anxiété, affirme Antoine Châron. A l’hôpital, cette perception des bruits, pourtant très anxiogène, n’est pas encore très prise en compte. » Avec l’hôpital parisien Lariboisière, Sound to Sight a enregistré ces sons et les a recomposés dans une bande sonore avec les mêmes tonalités, qui s’y ajoutent de manière harmonieuse pour éviter un effet de cacophonie. Oui, le son adoucit les mœurs.



