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Si la crise a ralenti les flux de projets de fusions-acquisitions des entreprises, elle pourrait à terme générer des opportunités pour rebondir.

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Leader des services de métrologie, Trescal estime que la crise sanitaire lui offrira des opportunités d’acquisition, notamment en Asie, où il veut renforcer sa présence.

Un coup de frein. C’est ainsi que de nombreux experts du domaine ont qualifié la situation du marché des fusions-acquisitions (ou M & A, pour mergers and acquisitions) à l’arrivée de la crise du Covid-19. Au premier trimestre de cette année, ces opérations ont représenté dans le monde près de 691 milliards de dollars en volume, soit une baisse de 35,5 % par rapport à la même période l’an passé, et le plus faible volume depuis le premier trimestre 2013, selon les chiffres publiés par le spécialiste des données financières Dealogic.

"La nécessité pour les entreprises de préserver leur niveau de liquidités, d’une part, et le manque de visibilité sur l’évolution de la crise, d’autre part, ont généralement provoqué un arrêt des nouvelles opérations de M & A au premier trimestre 2020, précise Marc Vermeulen, professeur de finance à HEC. Mais pas dans tous les secteurs économiques ni dans toutes les zones géographiques."

Santé, infrastructures et télécoms, et technologies

Certains deals ont été reportés ou annulés, comme le projet, annoncé au début de l’année, des deux groupes américains de la filière aéronautique Woodward et Hexcel, qui visait la création d’une entité valorisée à hauteur de près de 14 milliards de dollars. En revanche, dans le secteur des télécoms, Liberty Global et Telefónica ont dévoilé le 7 mai la fusion de leurs filiales respectives de téléphonie mobile (Virgin Media et O2) au Royaume-Uni. Une opération de 38 milliards de dollars qui doit permettre au nouvel acteur du marché de ravir le leadership à l’opérateur historique BT.

"Les activités de fusion-acquisition se maintiennent dans certains secteurs, en particulier dans la santé, les infrastructures et les télécoms, les médias et les technologies, où la trajectoire financière des entreprises reste moins incertaine, même si le volume des opérations va diminuer, analyse Patrick Perreault, le coresponsable des fusions-acquisitions Monde de la Société Générale. Dans d’autres domaines, notamment les industries manufacturières, la reprise de ces opérations interviendra un peu plus tard car les entreprises attendent de saisir l’impact réel de la crise et ses effets sur l’environnement macroéconomique." Mais même dans un contexte des affaires très dégradé, où certaines filières pourraient s’engager dans des mouvements de consolidation, des ­opérations « opportunistes » seront possibles. Des entrepreneurs pourront y trouver l’occasion de se diversifier, de développer leur offre ou de faire évoluer leur modèle d’affaires.

"Les périodes de crise agissent comme des accélérateurs, témoigne Thibault de Maillard, le président de Technima. Les entreprises en bonne santé économique et financière disposent de plus d’opportunités et celles qui sont en grande difficulté cherchent des solutions pour préserver et maintenir leurs activités." Spécialisé dans les peintures aérosols pour les professionnels et implanté dans une vingtaine de pays européens et en Amérique du Nord, le groupe français Technima basé à Nersac (Charente) poursuit sa stratégie de croissance externe avec plusieurs projets, dont l’un a été lancé pendant la crise et pourrait être finalisé d’ici à la fin de l’année.

Manque de visibilité

"La situation actuelle va toutefois complexifier les négociations et allonger les processus", estime de son côté ­Stéphane Bénézant, avocat associé au cabinet Grant Thornton. Au-delà de la question de la valorisation, les parties devront faire face à des problématiques spécifiques à l’épidémie. Compte tenu du manque de visibilité sur ­l’environnement économique à venir, une attention particulière devra être portée aux prévisions financières de la cible: chiffre d’affaires, trésorerie, Ebitda. Dans ce contexte, l’acquéreur pourra prévoir des ajustements ou des compléments de prix, des clauses suspensives ou encore des garanties de passif plus exigeantes. Dans le même esprit, des audits pourront être réalisés pour évaluer les plans de continuité d’activité mis en place et les contrats d’assurance et de couverture des risques. "Et si l’entreprise cible a bénéficié d’un prêt garanti par l’État, il faudra s’assurer qu’elle est bien en mesure de le rembourser", prévoit Stéphane Bénézant. La chasse est ouverte.

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