Chronique

[Science-friction] Mais que vient faire le metaverse dans le projet présidentiel d’Emmanuel Macron ?

En présentant son programme, Emmanuel Macron a affirmé vouloir se battre pour construire un metaverse européen. Une proposition surprenante alors que ce concept est encore très marketing et que les enjeux d’indépendance et de souveraineté qu'il pourrait receler restent à confirmer.

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Metaverse
Pour Mark Zuckerberg, qui a renommé son groupe Facebook "Meta", le metaverse est un mode d'interaction sociale qui s'appuie sur les réalités virtuelles et augmentées pour mélanger mondes virtuels et monde réel.

Emmanuel Macron s’est-il laissé séduire par le nouveau concept à la mode dans le milieu du numérique ? Après avoir fait de la start-up nation l’un de ses slogans de campagne en 2017, le président et candidat à sa réélection évoque cette fois-ci la création d’un metaverse. « Nous nous battrons pour bâtir un metaverse européen », a-t-il déclaré lors de la présentation de son programme, jeudi 17 mars.

Une proposition plutôt surprenante tant le concept de metaverse – qui peut être défini comme un monde virtuel, connecté et immersif, dans lequel les utilisateurs évoluent en 3D – apparaît aujourd’hui surtout comme un objet marketing.

Si Meta (ex-Facebook), qui l’a remis au goût du jour à l’occasion de son changement de nom, y voit le futur des réseaux sociaux, les marques du luxe l’ont investi comme nouvel espace de ventes. A l’image de Gucci qui vend, sur sa parcelle achetée dans le monde virtuel The Sandbox, des pièces uniques et historiques – dont un sac vendu en NFT pour l’équivalent de 4115 dollars, près du double de son prix dans le monde réel !

Assurer la souveraineté technologique de l'Europe ...

On est donc bien loin des problématiques de pouvoir d’achat, de réformes des retraites ou d’indépendance énergétique. Alors pourquoi cet intérêt du président-candidat ? Parce que ce nouvel espace de consommation serait aussi un lieu de diffusion de la culture et d’information que l’Europe doit maîtriser. Le metaverse est « un sujet clé […] pour permettre à tous nos créateurs de créer et de ne pas dépendre d'acteurs et d'agrégateurs anglo-saxons ou chinois qui pourront totalement contourner, sinon, les règles du droit d'auteur et du droit voisin », a ainsi estimé Emmanuel Macron le 17 mars.

Une manière de dire qu’il ne faudra pas rater, comme cela a été le cas avec l’avènement des grandes plateformes du numérique, la future révolution d’Internet si on veut pouvoir y mettre nos règles. Mais comment faire ? Il s’agit là d’un marché en construction, dont il est bien difficile d’affirmer aujourd’hui qui en prendra le leadership. Si quelqu’un savait comment faire naître des Gafa en Europe, cela se saurait depuis longtemps…

... pour des technologies vraiment souhaitables ?

Le projet n’est pas de créer un metaverse public, a précisé après coup le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O à BFMTV. Il est de favoriser le développement des technologies sous-jacentes, comme les moteurs graphiques, et ainsi de faire émerger des concurrents européens aux firmes américaines, telles qu’Epic Games et Unity, à l’origine de ceux les plus utilisés dans l'industrie du jeu vidéo.

Qu’Emmanuel Macron s’intéresse au futur d’Internet pour essayer d’anticiper ce qui donnera à l’Europe sa souveraineté technologique est plutôt salutaire. Mais le metaverse est-il vraiment le bon sujet ? Aujourd’hui, le concept ne suscite l’emballement que des groupes qui y trouvent un intérêt financier, mais pas tellement celui des citoyens. Selon une étude réalisée auprès de 1024 personnes – commissionnée par VMware auprès de YouGov – 24% des Français interrogés pensent que le metaverse n'est qu'un effet de mode qui n’apportera rien. Surtout, seuls 12% pensent qu'il sera bénéfique pour la société.

Encore une fois, la question de savoir quelles nouvelles technologies nous souhaitons, à quels besoins sociétaux et environnementaux elles peuvent répondre n’est pas posée. C’est dommage. Car après avoir connu les apéros en visioconférence pendant le confinement, il est fort à parier que nous sommes nombreux à ne pas souhaiter déporter nos socialisations dans un monde virtuel.

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