"C’est le moment de lancer les choses sinon on restera dans les politesses", a lancé la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. La Ministre réunissait mercredi 29 juillet, en présence de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, et Elisabeth Borne, ministre du Travail, les représentants des organisations syndicales et patronales, et des membres de la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC).
"Ce cycle de réunions de travail a pour but de nous faire avancer vite et bien. Elles vont permettre aux syndicats de réagir aux propositions de la Convention, et de croiser les regards. Nous – le gouvernement - nous plaçons en observateurs de ces discussions qui vont nourrir le projet de loi qui sera présenté en septembre", a annoncé la ministre. Avec les mesures prises lundi 27 juillet par le Conseil de défense écologique, cette semaine signe donc le début des négociations sur les propositions émises par la Convention.
L’emploi reste la priorité des syndicats
Pour Pascal Bouvier, représentant de la CGT, "on ne peut pas distinguer l’urgence sociale et l’urgence écologique". Face aux propositions détaillées dans le rapport de la CCC, les représentants des syndicats – CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC – ont longuement questionné les membres de la Convention sur le sujet de l’emploi. Ils les ont notamment interpellés sur la manière dont ces mesures seraient mises en œuvre en insistant sur la difficulté de préserver les emplois tout en appliquant leurs propositions. Philippe Portier, secrétaire national de la CFDT, insiste sur la "difficulté de maintenir les salaires", et sur le fait que "la disparition des emplois se fait plus rapidement que l’apparition des nouveaux".
"Chaque proposition étudiée en convention est passée à travers le tamis de la justice sociale" entend rassurer un des membres de la Convention. Sur la marche à suivre pour appliquer concrètement ces idées, les citoyens présents n’ont pas manqué de renvoyer la balle en rappelant que de leur côté "le travail a été fait". "Comme convenu, en un laps de temps assez court, nous avons proposé 149 mesures parmi lesquelles 146 ont été retenues, mais nous ne sommes pas des experts et ce n’est pas notre tâche que de rédiger les textes et proposer les lois", a tenu à rappeler l’un des membres de l’association Les 150, qui regroupe la quasi-totalité des membres de la CCC.
La ministre Elisabeth Borne se dit confiante sur la possibilité de créer des emplois en amorçant la transition écologique. "Il faudra cependant accompagner les professionnels dans leur reconversion et favoriser les formations pour les métiers d’avenir, en accélérant le transfert des compétences. C’est tout l’objet de notre Plan jeune".
Le télétravail, un autre sujet de débat
Les membres des organisations syndicales ont soulevé la question du télétravail. "Il ne s’agit pas simplement de diminuer les déplacements des travailleurs, mais que les conditions de télétravail doivent être encadrées, car c’est un modèle qui ne correspond pas à tous les Français, et il ne doit pas se substituer au modèle classique"I, insiste Pascal Bouvier. Sur le volet managérial, Madeleine Gilbert, secrétaire nationale de la CFE-CGC, a demandé aux conventionnaires présents s’ils avaient "considéré l’impact d’un télétravail généralisé sur les modes d’encadrement et la gestion des entreprises".
Aux yeux des membres de la CCC, leur rapport ne fait pas mention d’une généralisation du télétravail qui mettrait en péril le modèle managérial français. "Nous avons proposé un jour de télétravail par semaine, ce qui permettrait déjà de limiter en grande partie les émissions de gaz à effet de serre". Pour les salariés qui ne pourraient pas travailler à distance, la CCC propose la réduction de la semaine de travail à quatre jours sans réduction du temps de travail.
Un dialogue qui ne fait que commencer
Alors que le porte-parole de l’association Les 150 clamait sa volonté "d’expliquer, de défendre, et de rappeler les ambitions de la Convention", cette première réunion a montré que ce travail de fond ne se ferait pas en un jour. De nombreuses questions des organisations syndicales et patronales restent en suspens, et certaines, comme Patrick Martin, président délégué du Medef, n’ont pas manqué de rappeler qu’en cette période de crise "beaucoup d’entreprises se battent pour éviter la faillite". Laurent Munerot, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), a appelé le gouvernement à mettre en place des mesures qui "ne soient pas uniquement coercitives, mais qu’il faut aussi comprendre la réalité des entreprises".
Le dialogue est ouvert. "Les discussions auxquelles nous venons d’assister sont passionnantes, car elles nous permettent de confronter les propositions avec ceux qui seront chargés de les exécuter", estime Bruno Le Maire. Barbara Pompili, quant à elle, a mis en évidence que "dès que l’on voudra changer nos habitudes, il y aura une levée de boucliers". Elle a ainsi invité les citoyens de la CCC à "avoir les reins solides" pour obtenir la mise en œuvre de ces mesures qui, comme le rappelait le ministre de l'Economie, "nous proposent de changer nos habitudes culturelles, et de faire évoluer un mode de consommation devenu obsolète".



