Portrait

[Prix du projet industriel 2021] Maud Texier décarbone Google

La jeune centralienne Maud Texier dirige une petite équipe qui a une grande ambition : faire tourner les datacenters du géant du numérique Google sans émettre de carbone.

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Maud Texier
Maud Texier est chargée du projet « Énergie propre 24/7 » pour les datacenters de Google.

Cela fait pile dix ans que Maud Texier a fait le voyage de Paris à San Francisco. Elle ne devait y rester que dix-huit mois. « Tous les ans, mon mari et moi disons que nous rentrerons dans trois ans », s’amuse l’ingénieure formée à Centrale Paris, compensant par une expressivité joyeuse le filtre de la webcam. Attirée par le dynamisme de l’innovation dans la Silicon Valley, la Française y a vu les opportunités professionnelles tenir leurs promesses. À 34 ans, Maud Texier est chargée du projet « Énergie propre 24/7 » pour les datacenters de Google, où elle travaille depuis trois ans.

Son objectif ? Faire en sorte que tous les centres de données du géant américain soient approvisionnés en énergie décarbonée en temps réel d’ici à 2030. C’est-à-dire de pallier l’intermittence des énergies renouvelables via une armada d’outils technologiques et commerciaux, pour garantir l’équilibre des réseaux locaux où opère Google. Un défi opérationnel et technique auquel elle s’est attaquée seule en 2019, avant d’être épaulée par une équipe d’une dizaine de personnes pour garantir la soutenabilité de Google et « multiplier les efforts en interne ».

Un poste parfait pour celle qui est « fascinée par la complexité technique et économique de la gestion des réseaux électriques », amplifiée par la transition climatique. Après des études dans ce domaine, Maud Texier réalise un stage chez Dalkia (EDF), dans les marchés de l’électricité, avant qu’un volontariat international chez EDF lui ouvre les portes de la Silicon Valley. En plein dans le premier boom des technologies vertes.

Partir d'une feuille blanche

Toujours aux États-Unis, elle est ensuite embauchée comme ingénieure projet chez Exosun, jeune pousse française du solaire (rachetée depuis par ArcelorMittal au tribunal de commerce), puis passe chez Tesla, dans les systèmes de stockage stationnaire d’énergie pour les réseaux. « Au début, nous prenions des packs de batteries pour voiture et nous les modifions pour en faire du stockage stationnaire », se souvient-elle. Un travail réalisé « à partir d’une feuille blanche », qui reste encore son quotidien chez Google, où elle est stimulée par la complexité technique du « moonshot », pour reprendre le nom donné par Alphabet à ses projets les plus ambitieux.

Maud Texier profite aussi de l’ambiance de la ville phare de la Silicon Valley, qui lui offre « un équilibre parfait entre le dynamisme urbain et un accès aisé à la nature », décrit-elle, énumérant les activités – randonnée, camping, ski, surf – qu’elle a découvertes sur la côte ouest des États-Unis. Cerise sur le gâteau : la présence des femmes à tous les échelons de décision chez Google. Un sujet qui lui tient à cœur, elle qui était davantage habituée jusqu’ici à une « industrie de l’énergie très masculine », et auquel elle contribue par son engagement dans des programmes pour la diversité.

De l’énergie verte en temps réel

Pour être omniprésent sur internet, Google dispose d’une armée de datacenters. Une infrastructure énergivore (12 Twh en 2019), alors que son objectif est d’utiliser 100 % d’énergie bas carbone produite localement et en temps réel d’ici à la fin de la décennie. Changer la donne n’est pas simple. Au-delà des multiples contrats d’achat d’électricité (PPA) innovants signés, Maud Texier doit se pencher sur le fonctionnement des réseaux électriques et leur équilibre pour travailler au pas horaire. Cela passe par une bonne localisation des nouveaux datacenters, mais aussi par les nouvelles technologies (géothermie avancée, batteries stationnaires, hydrogène vert...). Ou par une flexibilisation de la demande de puissance de calcul, via des algorithmes reportant les opérations non-urgentes aux heures où le soleil brille et où le vent souffle.

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