Portrait

[Prix du projet industriel 2020] Yann Penfornis, l'ingénieur compositeur

Yann Penfornis est le lauréat du Prix du projet industriel, remis le 1er décembre 2020. Ce passionné de course au large a conçu de nombreuses pièces pour des navires de compétition. Il fabriquera les futures voiles d’un paquebot pour le compte des Chantiers de l’Atlantique.

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Yann Penfornis
Yann Penfornis, le directeur général de Multiplast, explore de nouveaux champs d'application pour les matériaux composites.

Pour réduire l’impact environnemental des croisières, une partie de la réponse se trouve sans doute à bord des voiliers du Vendée Globe. C’est l’idée défendue par Yann Penfornis, le directeur général de Multiplast, fabricant de pièces composites.

Située à Vannes (Morbihan), la PME, qui a réalisé 14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019, planche depuis cinq ans sur un concept de paquebot à voile fondé sur un mix de technologies issues de l’aéronautique et de la course au large. "Les Chantiers de l’Atlantique nous ont approchés il y a cinq ans, raconte le dirigeant. Nous travaillons actuellement sur la partie haute de la voile, qui sera présentée à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) l’été prochain." Son système de voiles en fibre de verre devra tracter un bateau de 200 mètres de longueur, "avec trois mâts de 85 mètres de hauteur et trois voiles de 1 200 mètres carrés chacune".

Force et passion

Une diversification dans le transport commercial qui pourrait représenter à terme "25 à 30 % des revenus" de la PME experte en coques, mâts et foils réalisés en fibre de carbone et de verre, que cet ingénieur a intégrée en 1989. "Il y a une force extraordinaire chez lui", "ça turbine sec en haut"…

Ses proches collaborateurs ont toute confiance dans la capacité de Yann Penfornis à mener à bien ce nouveau projet. "Il fait tout avec passion, avec lui tout paraît simple", confie son associé Dominique Dubois, qui a racheté l’entreprise en 2009, puis de le nommer directeur général dans la foulée, en lui cédant 3 % des parts. Depuis, Multiplast a multiplié les chantiers : dômes de la cathédrale orthodoxe Sainte-Trinité à Paris, façade du cinéma Pathé Wepler à Paris en résine biosourcée, projet d’avion électrique en partenariat avec une société israélienne…

Des idées plein la tête

L’ingénieur breton a aidé l’entreprise à explorer de nouveaux domaines, tels l’aéronautique et le BTP. "Le composite a de plus en plus de champs d’applications", insiste-t-il, citant les composites biosourcés, en résine ou en fibres végétales. "Les industriels viennent nous voir avec une commande improbable. À nous de trouver des solutions et d’estimer ce qui est faisable ou non."

Et à ce jeu-là, selon Cyril Bouchet, ingénieur chez Airbus, pour lequel Multiplast a conçu et fabriqué des entrées d’air en fibre de carbone, "Yann est plutôt doué. Il décroche son portable plus vite que n’importe qui". Avec lui, "c’est action-réaction, les problèmes n’en sont jamais très longtemps, renchérit Dominique Dubois, avec toujours en tête le triptyque qualité, délais, coût".

Compétiteur né

Capacité à innover et esprit de compétition féroce, deux qualités puisées au grand large. "J’ai commencé à naviguer dans le golfe du Morbihan à l’âge de 6 ans, explique le natif de Vannes. J’ai même failli arrêter mes études d’ingénierie pour devenir skipper."

Après sa première année à l’université britannique de Southampton, il aide à construire un trimaran pendant un stage de fin d’année. "J’apprenais tellement de choses que j’ai arrêté mes études pendant un an pour suivre la fabrication." Il participe ensuite à une transat, mais le multicoque… heurte une baleine. "Heureusement que l’on a perdu, sinon je n’aurais pas repris mes études."

Une structure en sandwich

Pour fabriquer ses pièces en composite, Multplast utilise une structure en sandwich constituée de fibres de carbone sur une âme en nid d’abeille ou en mousse PVC. Le carbone pré-imprégné est cuit en amont dans des fours ou des autoclaves entre 90 et 180 °C. Un processus de fabrication privilégié pour concevoir des pièces à forte valeur ajoutée, particulièrement efficaces dans les domaines de l’aéronautique et de la course au large. La PME peut aussi s’appuyer sur des infrastructures conséquentes, dont un four figurant parmi les plus grands d’Europe.

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