Portrait

[Prix de l'ingénieur manager 2020] Yannick Assouad de Thales, l'optimisme pour mantra

Yannick Assouad reçoit le prix de "l'ingénieur manager", remis le 1er décembre 2020. L’ex-patronne de Latécoère a été nommée cet été directrice générale adjointe avionique chez Thales, à la tête d’une équipe de 10 000 personnes.

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Yannick Assouad, 60 ans, directrice générale adjointe avionique chez Thales.

Aurait-elle atteint le nirvana ? La nomination chez Thales de cette adepte de la philosophie indienne, reposant notamment sur le cycle des renaissances, relève peut-être de la prédestinée. Yannick Assouad ayant commencé sa carrière en 1986 chez Thomson CSF... qui deviendra Thales.

"La boucle est bouclée", s’amuse Patrice Caine, le PDG du groupe d’électronique et de défense. C’est lui qui l’a sélectionnée. Non pas qu’ils soient proches, mais la multiplicité de ses expériences – ses différentes vies, dirait-elle – l’a conquis. "Et c’est une belle personne, quelqu’un de profond", insiste-t-il.

À 60 ans, la sémillante Yannick Assouad a rejoint Thales en juillet dernier pour prendre la tête de la branche avionique. L’activité, qui représente 12% du chiffre d’affaires du groupe, n’est pas épargnée par le Covid-19, l’effectif passant de 12 000 à 10 000 personnes environ. Mais avec elle, Yannick Assouad, également administratrice chez Arkema et Vinci, a de l’or dans les mains. "L’avionique est au cœur de l’avion vert, car elle permet d’optimiser les trajectoires et de réduire ainsi les émissions de CO2 des avions", résume la dirigeante. Autre sujet chaud de la branche : l’autonomie croissante des avions.

Certes, elle doit gérer l’urgence, à savoir la crise liée à la pandémie mondiale. Mais à plus long terme, elle va devoir libérer les énergies et faire s’élever l’innovation malgré le contexte. En la matière, elle a fait ses preuves. "Yannick tire son leadership du respect qu’elle a des individus, et de son humanisme, atteste Serge Bérenger, le directeur de l’innovation et de la R & T de Latécoère. Or l’innovation repose sur la confiance que l’on accorde. J’ai été porté par cette confiance. Son mode de management libère le meilleur des équipes."

Le vent de l’innovation

Avant Thales, Yannick Assouad avait pris les rênes de l’équipementier, acteur historique du secteur ayant frôlé la faillite au début des années 2010. Tout à la mise en œuvre d’un plan de restructuration défini avant son arrivée, elle s’ingénie à sortir Latécoère de sa chrysalide, parvenant à refaire souffler le vent de l’innovation. Elle double le budget de R & D entre 2016 et 2019, pour passer à 2 % du chiffre d’affaires, et soutient le déploiement de méthodes agiles pour le développement d’une porte innovante, Asgard. Des divergences de vues trop importantes en matière de stratégie avec l’actionnaire principal, le fonds Searchlight, la poussent vers la sortie. Le coup, brutal, l’étourdit. Mais son karma ne la quitte pas. Elle rebondit très vite.

Tant pis pour Latécoère, tant mieux pour Thales. Car cette ingénieure diplômée de l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (1982) et de l’Illinois Institute of Technology de Chicago (1985), passée également chez Honeywell, et surtout Zodiac, connaît intimement les différents métiers du secteur. Rien d’inélégant de le souligner, c’est une figure de l’aéronautique française. Mais que ses équipes soient prévenues : "Je ne dors que 5 heures par nuit", assure-t-elle. Elle s’octroie malgré tout quelques respirations. Yannick Assouad s’adonne au pilotage d’un TB-20, avec son mari. Autre passion qu’elle cultive, la photographie. Son thème de prédilection ? Les gens, évidemment.

Donner des ailes à l'avion vert

C’est l’un de ses combats. "Il faut un plan de soutien européen ambitieux pour l’aviation verte", soutient Yannick Assouad, qui a fait de cette requête le thème de sa tribune dans le cadre de l’Appel des 30 lancé par L’Usine Nouvelle, en septembre dernier. Si la dirigeante salue le plan de relance aéronautique du gouvernement, prévoyant notamment d’injecter via un fonds dédié 1,5 milliard d’euros sur trois ans pour l’avion vert, elle milite pour que l’effort s’effectue à plus grande échelle. "L’Europe doit prolonger cette impulsion avec un plan supérieur à 10 milliards d’euros." Et de proposer d’intégrer le développement d’un tel appareil dans le plan de "relance verte" européen.

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