L’investissement est modeste, mais prouve l’intérêt des industriels pour la production d’hydrogène décarboné à partir de gaz. Une technologie pourtant « à contre-courant de la tendance actuelle », se félicite le fondateur de Sakowin, Gérard Gatt. Le 5 janvier 2022, la start-up varoise a annoncé avoir levé 1,05 million d’euros auprès de divers investisseurs, parmi lesquels le géant des matériaux Saint-Gobain, le groupe d’infrastructures et services pour le pétrole et gaz Ponticelli Frères et la société d’ingénierie ADF. De quoi commencer à développer des verticales industrielles pour son prototype de production d’hydrogène turquoise, dont l'objectif est d'utiliser du plasma pour décomposer le méthane (d’origine fossile ou renouvelable) sans émettre de CO2.
Profiter des infrastructures existantes
La brique technologique développée par Sakowin se positionne sur le créneau de l’hydrogène turquoise. Une niche de production qui fait le pari de décomposer du gaz fossile (réchauffant une fois libéré dans l’atmosphère) via un plasma généré par micro-ondes pour le séparer en molécules hydrogène d’un côté et en carbone solide (aisé à utiliser ou à stocker) de l’autre. Un processus qui aurait l’avantage de permettre de produire de l’hydrogène décarboné à bas coût, tout en réutilisant les infrastructures d’extraction et de transport du méthane existantes, promet Gérard Gatt.
Encore au stade du prototype de laboratoire, Sakowin prévoit de sortir ses premiers prototypes industriels en 2023 avant de proposer des modules de taille industrielle, capables de produire 200 kilogrammes d’hydrogène par jour. Pour appuyer sa stratégie de déploiement, la start-up prévoit aussi de s’appuyer sur divers partenariats de co-développement industriels visant à intégrer sa solution dans l’univers des usines.
Intégrations industrielles
Ainsi, Saint Gobain – qui a pris une part minoritaire lors du tour de table – y voit une technologie «intéressante pour la décarbonation des processus de fabrication, qui est une priorité du groupe», explique à L’Usine Nouvelle Claude-Sébastien Lerbourg, en charge de Nova en Europe, la structure de capital-risque du groupe (qui investit dans une dizaine de start-up par an). «Comme tout investissement dans une start-up, le projet comporte certains risques, précise-t-il. Mais notre participation permettra à la branche céramique, qui mène le projet, d’évaluer la technologie dans les prochaines années et de travailler sur un co-développement.»
En plus de fournir de l’hydrogène pour décarboner la production de céramique, cette collaboration permettra au géant des matériaux de travailler sur le carbone solide, une matière première qui, si l’hydrogène turquoise se généralise, pourrait devenir abondamment disponible dans les prochaines décennies. Au point d'imposer « de développer de nouvelles filières pour absorber ce matériau », espère Gérard Gatt.
Les autres participants au tour de table visent d'autres univers. Ponticelli Frères travaillera sur une solution d’extraction de pétrole et de gaz sans carbone, en utilisant de l’hydrogène produit à partir du gaz naturel issu des puits. De son côté, le groupe ADF devrait développer une station de production, stockage et recharge en hydrogène compatible avec les réglementations aéroportuaires, à la suite d’un appel à manifestation d'intérêt d’Aéroports de Paris (ADP). La PME AES Dana, enfin, développera une solution dédiée au biométhane issu d’installations agricoles. «Cela permettra de produire de l’hydrogène négatif en CO2 et de fournir l’agriculture en carbone, utile pour améliorer les propriétés de rétention d’eau des sols», s’enthousiasme Gérard Gatt.
Encore au stade du prototype, la solution devra d’abord prouver ses performances, alors que son bilan carbone pourrait être handicapé par les fuites de méthane en amont de la transformation. Sakowin, qui emploie aujourd’hui 12 personnes, prévoit une nouvelle levée de fonds au cours de l’année de 2022 afin de développer des prototypes industriels entre 2023 et 2025. La pépite compte aussi multiplier les partenariats.



