Après dix mois de crise sanitaire, le plan de soutien des pouvoirs publics à l’économie a conduit à la distribution de 120 milliards d'euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) auprès de 660 000 entreprises. Aujourd’hui, on constate encore un faible flux de demandes, entre 70 millions et 100 millions d’euros suivant les semaines. Mais qu’en est-il de l’usage réel de ses fonds ?
Selon Nicolas Dufourcq, auditionné ce 20 janvier par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, une majorité de ces prêts n’ont pas été utilisés. "Les enquêtes auxquelles nous procédons nous montrent que le PGE n’est pas décaissé pour 65 % des entrepreneurs qui les ont pris, observe-t-il. Ces prêts entrent dans la catégorie "au cas où", pas tout à fait des prêts de confort, mais de prudence". Bpifrance réalise ces enquêtes sur les entreprises françaises et pas uniquement sur son portefeuille de clients.
Les PMI ont peu décaissé... sauf dans l'aéro
Le directeur général de la banque publique module le phénomène suivant les secteurs. Le décaissement a bien eu lieu dans les filières du tourisme, de l’événementiel et une partie de l’aéronautique. En revanche il constate que "toute une partie de l’industrie, y compris celle de l’automobile qui a connu un fort rebond au second semestre 2020, n’a pas touché à ces PGE". D’autres études réalisées le conduisent à estimer que la sinistralité de ces prêts serait comprise entre 4 et 7 %. Cette estimation date toutefois de novembre 2020, à une époque où la perspective d’une troisième vague épidémique n’était pas encore dans le viseur.
Nicolas Dufourcq trouve sur le terrain des entrepreneurs touchés mais constructifs. "Beaucoup nous disent : il ne faut pas louper cette crise, c’est le moment de se bouger, surtout dans la transformation numérique. Et ils voient des opportunités de consolidation."
Autre usage pour les PGE
Si les PGE n’ont pas servi à renflouer la trésorerie, pourraient-ils servir dans ce cadre à procéder à des acquisitions ? L’option n’est pas à exclure selon Laurent Benoudiz, président de l’Ordre des experts-comptables Paris Ile-de-France. Il ne voit aucune obligation légale à ce que ces prêts ne servent qu’à éponger les pertes d’exploitation. « Si une acquisition permet de renforcer l’entreprise pour rebondir, l’objectif de l’Etat est atteint. J’ai beaucoup de clients qui n’ont pas consommé leurs prêts et qui s’interrogent », témoigne-t-il.
Après, c’est une question d’ingénierie financière. Est-ce qu’un crédit sur six ans est bien adapté pour une acquisition? Cela dépend du projet. Mais la possibilité de différer le remboursement de deux ans désormais, et non plus seulement d’un an, est un autre atout pour voir venir.



