L'avenir d'Emmanuel Faber à la tête de Danone sera-t-il scellé ce lundi 1er mars ? Un nouveau conseil d'administration doit se tenir pour faire le point sur la gouvernance du géant laitier. Le pilotage de l'industriel français est contesté par les fonds activistes Bluebell Capital et Artisan Partners qui sont montés au capital du groupe français au cours de l'année 2020.
Ces deux actionnaires demandent notamment la dissociation des fonctions de président et de directeur général."Il est urgent d’aborder la structure du conseil et la direction de l’entreprise. Les rôles de directeur général et de président devraient être scindés. Ceci refléterait une gouvernance d'entreprise moderne", explique Artisan Partners dans un courrier adressé au conseil d'administration de Danone le 26 février dernier.
La dissociation des fonctions de plus en plus commune
"Cette dissociation des fonctions est de plus en plus commune", analyse Pascale Parraud-Apparu, associée chez Emeric Lepoutre & Partners. Il y a dix ans, nous avions plus d'une trentaine d'entreprises avec des fonctions de PDG. Aujourd'hui, le ratio est en train de s'inverser et la majorité des entreprises du CAC 40 ont un président et un directeur général."

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Mars 2026
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Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
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Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Dernière entreprise en date à avoir opté pour ce modèle : Saint-Gobain. Pierre-André de Chalendar, l'actuel PDG du géant des matériaux a annoncé, le 25 février, qu'à compter de juillet 2021, il laisserait sa place de directeur général à Benoît Bazin mais conserverait la présidence du groupe. "Dans les grandes entreprises, le président a un rôle non exécutif. Il s'assure notamment du bon fonctionnement de la gouvernance en nommant un board adapté. À ce titre, il a également pour mission de challenger le directeur général", précise Fanny Letier, fondatrice de la société d'investissement Geneo Capital Entrepreneur et elle-même administratrice de Biomérieux. Le directeur général, lui, se concentre sur la gestion de l'entreprise et l'opérationnel. "Cette dissociation des fonctions permet une superposition des temps: le président se charge du long terme et le directeur général de la gestion à court et moyen terme", résume Fanny Letier.
Interrogés par nos confrères du Monde, les dirigeants du fonds Bluebell Capital expliquent qu'il est, pour eux, "essentiel que le directeur général consacre 100 % de son temps à l’opérationnel. Et le président doit pouvoir juger en toute objectivité le travail du directeur général".
Toutefois certaines grandes entreprises comme Air Liquide conserve la concentration des fonctions, sans pour autant que cela nuise à leur performance. Benoît Potier est ainsi PDG depuis quinze ans du géant français des gaz industriels. À croire que la personnalité du PDG et ses résultats rentrent aussi dans l'équation...
Une demande des actionnaires
À l'image de ce qui se passe chez Danone, la dissociation des fonctions est une demande de plus en plus récurrente de la part des actionnaires. "L'une des principales raisons est que, dans le cas des PDG, il y a une situation d'auto-controle puisque le directeur général est également le président du conseil d'administration" précise Charles Pinel, directeur associé chez Proxinvest
La dissociation des fonctions permet également aux actionnaires d'avoir un canal de discussions privilégié au sein de l'entreprise. "Le président a pour rôle d'assurer du liant avec les actionnaires. Cela peut permettre de pacifier les situations", observe Fanny Letier.
Face aux dirigeants qui résistent à cette division des fonctions, la nomination d'un administrateur référent est l'une des solutions envisagées. . "Le rôle de cet administrateur va dépendre du règlement de fonctionnement du conseil d'administration. Il doit notamment être totalement indépendant", explique Charles Pinel, "face aux risques d'un PDG omnipotent, la nomination d'un administrateur référent indépendant constitue un des contrepouvoirs au sein du conseil"
Pour contrer la montée des critiques quant à l'omnipotence d'Emmanuel Faber, Danone a d'ailleurs nommé, en décembre 2020, son propre administrateur référent en la personne de Gilles Schnepp. Ce dernier doit prendre ses fonctions à l'issue de la prochaine assemblée générale du groupe prévue fin avril 2021… sauf s'il prend la présidence de Danone d'ici là ? Dans leur interview au Monde, les dirigeants de Bluebell Capital estime que l'ancien dirigeant de Legrand serait le candidat idéal: "Nous pensons que Gilles Schnepp a toute légitimité pour être le futur président."



