Pour ses essais cliniques, l’hôpital Foch augmente ses cohortes de patients grâce à l’IA de Botdesign

Des cohortes artificielles de patients pour les essais cliniques commencent à émerger. La start-up toulousaine Botdesign, qui utilise pour cela l'intelligence artificielle générative, a noué courant juillet un partenariat avec l’hôpital Foch, dans les Hauts-de-Seine. Dans un premier temps, les patients virtuels feront partie des groupes témoins.

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Comme il est compliqué de recruter des patients pour des essais cliniques, Botdesign développe une techno pour créer une cohorte augmentée par des patients virtuels.

Dans la recherche en santé, l’intelligence artificielle (IA) aide déjà les laboratoires à découvrir de nouvelles molécules. Demain, cette technologie pourrait aussi contribuer à accélérer et faciliter les essais cliniques. Courant juillet, Botdesign a noué un partenariat avec l’hôpital Foch, situé à Suresnes (Hauts-de-Seine), pour tester sa solution de patients virtuels générés par l’IA. La start-up toulousaine, qui dispose d’une antenne au cluster en santé numérique PariSanté Campus, propose de multiplier une cohorte de patients à partir d’une base de données. Une aubaine pour la recherche puisqu’il est parfois «difficile de terminer certains essais cliniques faute de patients pour les mener à bien», selon Alexandre Drezet, directeur de l’innovation à l’Hôpital Foch.

Une multiplication par 10 ou 20 de la base de données

La plateforme Origa de Botdesign repose sur un algorithme développé par Stéphanie Allassonnière, professeur à l’université de Paris Sciences et Lettres (PSL) et son institut Prairie. La start-up spécialisée dans le suivi médical des patients dispose d’une licence exclusive de distribution du logiciel. «Contrairement à d’autres solutions d’IA générative qui demandent de grosses bases de données, cet algorithme peut générer d'importants volumes de patients à partir d’un petit volume de données», affirme le Dr Jean-Louis Fraysse, co-fondateur de Botdesign. Il promet «une multiplication par 10 ou 20 de la base de données initiale» et un peu plus du doublement du nombre de patients.

Première étape : les professionnels de santé transmettent les données d’imageries (IRM, scanner) et tabulaires (poids, taille, glycémie) des vrais patients, sous la forme d'un jeu de données, anonymisées ou non. Grâce à sa plateforme Origa, Botdesign génère ensuite de nouvelles données, créant ainsi des patients virtuels qui enrichissent la cohorte. Ce qui demande un formatage préalable des données originelles. «Peut-être qu’un jour nous parviendrons à proposer une API, mais pour l’instant il est nécessaire que nos équipes supervisent les étapes», précise Jean-Louis Fraysse. Un nombre minimum de patients est requis pour augmenter la base. Ce chiffre est estimé aujourd'hui à 40, mais la start-up le peaufine encore.

De premiers résultats fin 2024

Avec l’hôpital Foch, le projet est d’augmenter la cohorte de patients pour les groupes témoins qui reçoivent un placebo ou un médicament de référence. «A l'avenir, nous serons aussi en capacité de le faire pour les groupes traités», s’empresse d’ajouter Jean-Louis Fraysse. La plateforme Origa permet de générer des patients artificiels à partir de patients témoins réels recrutés dans le cadre de l’essai clinique et de suivre leur évolution. L’hôpital Foch a son propre comité de garanties pour vérifier que le jeu de données initial est représentatif de la population. Et vérifier la fiabilité de la cohorte augmentée de patients. Trois médecins sont interrogés afin de retrouver lesquels sont réels ou virtuels. «Dans toutes les augmentations, ils se trompent», déclare Jean-Louis Fraysse. Les partenaires espèrent publier des résultats sur ces travaux fin 2024.

Comme les données sont anonymisées, il sera possible de réutiliser une cohorte de patients artificiels. Ce qui faciliterait d’autant le recours à une telle solution. A la clé, une promesse de gains financiers et de temps.Les partenaires soulignent aussi le côté éthique puisque cela évite de donner un placebo ou un médicament standard à certains patients. Botdesign, avec sa douzaine de salariés, se targue d’être l’une des pionnières de l’utilisation de l’IA générative pour générer des patients témoins. Des sociétés américaines et israéliennes travaillent sur ce sujet, mais la pépite française assure être le seul acteur européen.

«Aujourd’hui, nous nous attaquons à l’augmentation des données génétiques, ajoute Jean-Louis Fraysse. Celles-ci pourraient aider à personnaliser les traitements en fonction de leur profil génétique pour traiter les cancers.» En analysant les mutations génétiques spécifiques des tumeurs, il est possible de sélectionner une thérapie ciblée plus efficace et minimiser les effets secondaires. Alors que la techno de base n’est pas encore validée, Botdesign cherche déjà à conserver une longueur d’avance.

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