Le quatorzième navire de Ponant, spécialiste des croisières d’exploration haut de gamme, se veut un défi sans précédent dans le transport maritime de passagers. Le projet Swap2zero consiste à concevoir un bateau de 181 mètres de long et une centaine de cabines avec un objectif de zéro émission de gaz à effet de serre en navigation, en manœuvre, au port et au mouillage.
«Pour la première fois, notre ambition "zéro émission" fonde et articule toute notre démarche, pas l’offre commerciale pour laquelle ce navire doit être imaginé et conçu» explique Mathieu Petiteau, directeur des nouvelles constructions et R&D de Ponant, à l’occasion d’une escale du voilier Le Ponant à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 17 novembre. Ce projet implique "un nouveau modèle énergétique" et «une approche holistique» dans un contexte technologique, économique et réglementaire mouvant. «Notre enjeu est d’être pionnier» poursuit-il, Hervé Gastinel, président de Ponant, ayant fixé l’échéancier à l’horizon 2030.
Combiner les technologies
Swap2zero oblige à évaluer l’impact de chaque choix technique, des matériaux qui constitueront la coque au mobilier, en passant par la motorisation ou le fonctionnement à bord (eau, chauffage, climatisation, valorisation des déchets…). «Le système de propulsion vélique devra représenter 50% sur une année d’exploitation. Pour l’optimiser au maximum, l’idée est de ne pas aller chercher de la grande vitesse, de l’ordre de 10nœuds, de définir des itinéraires qui font sens, d’analyser finement les routages météo, d’adapter le design de coque le plus approprié, pour opérer l’efficacité énergétique avec une autonomie du navire sur un mois» explique Mathieu Petiteau.
Le bateau combinera avec les voiles 1 000 m² de panneaux photovoltaïques, des piles à combustible basse température à hydrogène pour la propulsion (avec recyclage de l’eau et de la chaleur) et haute température pour les besoins de sa charge hôtelière, un dispositif de captation de carbone, un système de contrôle et répartition des puissances sans appel à un groupe électrogène… «Nous utilisons notre voilier LePonant, rénové en 2022, comme un banc de mesure et d’analyse de performance, mais nous collaborons aussi avec des experts de la voile de compétition qui exploitent des outils susceptibles d’être intégrés au projet» indique-t-il.
Par exemple, les skippers maîtrisent les atouts du routage et peuvent apporter des solutions plus économes aux commandants sur de longues traversées. Pour simuler le comportement futur du navire, Ponant sollicite la plateforme de modélisation Syroco EfficientShip de la start-up marseillaise Syroco, cofondée par Alexandre Caizergues, double recordman du monde de kite surf. «On simule l’hydrodynamique, l’aérodynamique, le système de propulsion… pour aider Ponant à choisir le meilleur type de voile» précise ce dernier. Les navires de l’America’s Cup et de Sail GP sont étudiés de près…
Stirling Design International Vue 3D du projet Swap2zero de Ponant avec la technologie Ayro d’Oceanwings. ©Stirling Design International
Repenser les pratiques
«Avec moins de 50% de propulsion vélique, il faudrait augmenter la capacité de stockage énergétique à bord et donc réduire la capacité commerciale. Nous cherchons à apprécier la contrainte de chaque énergie pour les 50% restants, toutes les technologies n’étant pas encore matures» souligne Mathieu Petiteau, soucieux d’anticiper aussi des normes d’émissions de plus en plus restrictives.
A bord, chaque option doit être transparente pour un passager qui paie cher son séjour. «80% de l’énergie consommée en exploitation provient des choix de construction. Les bateaux sont des passoires thermiques. Nous voulons atteindre un niveau d’isolation thermique similaire à ce qui existe à terre, en travaillant sur la forme de la coque, la protection des vitrages… avec notre architecte naval, StirlingDesign International».
Stirling Design International Vue 3D du projet Swap2zero de Ponant avec la technologie Solid Sail. ©Stirling Design International
Swap2zero explore également les potentialités des aciers recyclés à partir d’énergies renouvelables, veut favoriser des panneaux solaires français. Pour l’aménagement intérieur, recyclable et réparable seront privilégiés. Il faudra ensuite convaincre le chantier sélectionné d’agréer les évolutions réclamées puisqu’il portera la responsabilité de la construction. Le budget pour un tel navire reste à déterminer. «Nous estimons le surcoût potentiel à 30% par rapport à un projet classique. L’objectif est de rentabiliser sur le long terme. Réussir un tel bateau impose d’arrêter de raisonner comme avant» insiste Mathieu Petiteau.



