La bataille du pouvoir d’achat a débuté. Alors que les prix de l’énergie s’envolent depuis la rentrée, tous les candidats déclarés à la présidentielle font assaut de propositions pour soutenir le revenu des ménages. Pour l’Insee, le pouvoir d’achat a pourtant bien résisté. En 2021, il devrait progresser de 1,9% après une hausse de 0,4% en 2020. « Il retrouve sa tendance d’avant-crise » pointe Julien Pouget, le chef économiste de l’Insee, lors d'une conférence organisée mercredi 6 octobre.
Ramenée par unité de consommation, qui permet de tenir compte de l’augmentation du nombre de ménages, la progression a été de 1,5% pour chaque ménage cette année, après une stabilisation l’an dernier.
514 000 créations d'emplois
Depuis septembre, l’inflation est pourtant repassée au-dessus de la barre des 2%. Elle devrait atteindre 2,3% en octobre et rester supérieure à ce niveau au moins jusqu’à la fin de l’année, les prévisions de l’Insee n’allant pas au-delà. L’envol des prix de l’énergie a déjà commencé à se répercuter, de façon quasi-instantanée, sur les prix à la consommation.
La hausse des cours des autres matières premières se diffuse à l’inverse plus lentement dans les prix de production des industriels, et devrait encore alimenter l’inflation pendant plusieurs trimestres. L’inflation ressentie par les ménages, qui peut diverger de celle mesurée par le panier moyen de l’Insee, est elle aussi en hausse.
Mais « malgré l’inflation, la progression du pouvoir d’achat tient beaucoup à l’amélioration du marché du travail », souligne Julien Pouget. Les revenus disponibles des ménages devraient ainsi progresser de 3,4% en 2021, grâce à la progression des revenus d’activités prévus. L’activité devrait retrouver d’ici la fin de l’année son niveau d’avant-crise, et l’économie créer 514 000 emplois nets en 2021 environ.
De quoi effacer les 300 000 suppressions d’emplois enregistrés l’an dernier et faire baisser le chômage à 7,6%, un niveau inédit depuis 2008. Seule l'industrie risque de ne pas retrouver ses effectifs de fin 2019, et présenter un solde inférieur de 63 000 postes en décembre à celui de fin 2019, malgré 21 000 créations d'emplois nettes prévues cette année.
Préoccupation pour l'exécutif
L’Insee vient conforter les chiffres avancés par l’exécutif, même si celui-ci est plus optimiste encore sur la hausse du pouvoir d’achat en 2022, qu'il évalue à 2,2%. Afin ne pas se laisser distancer dans cette bataille du pouvoir d’achat, l’Elysée met en avant le bilan réalisé par Bercy sur sa politique redistributive.
Dans le rapport économique, social et financier (un document qui accompagne chaque projet de loi de finances), le gouvernement estime que le revenu disponible brut des ménages a progressé de 8% pendant le quinquennat, en tenant compte de l’inflation. Une hausse « près de deux fois plus forte que sur la période 2013-2017 et 2008-2012 », lors des deux précédents quinquennats.
Autre point saillant : les mesures fiscales et sociales adoptées depuis 2017 ont bénéficié à tous les déciles de revenus. De quoi atténuer l’étiquette de « président des riches » qui colle à Emmanuel Macron, espèrent les équipes de l'Elysée. La hausse de pouvoir d’achat a même été plus importante pour les ménages les plus modestes, grâce à la revalorisation de la prime d’activité et la garantie jeune. Des dispositifs adoptés après le mouvement des gilets jaunes, pour redresser la barre.



