Alors que PSA reste en tête, Safran ravit la deuxième place à Valeo, qui obtient la médaille de bronze. Voici le podium 2020 du palmarès des dépôts de brevets sur le territoire français, tel que dévoilé le mardi 8 juin par l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Ces chiffres, qui portent sur les demandes déposées entre le 1er juillet 2018 et le 30 juin 2019 (en raison du décalage légal de 18 mois entre le dépôt d’un brevet et sa publication), ne tiennent pas compte des effets de la crise sanitaire et des divers plans de relance, mais témoignent de la bonne santé de l’innovation française. Comme d’habitude portée par l’aéronautique et l’automobile.
Podium (presque) stable
A l’image de certaines compétitions sportives, le palmarès des dépôts de brevets sur le territoire français recèle peu de surprises. Depuis 2015, les trois mêmes entreprises : PSA, Safran et Valeo se disputent les trois marches du podium. Après trois années en tête, l’équipementier automobile Valeo avait cédé la première place à PSA en 2019, avant de se faire dépasser par Safran cette année.
"La structure des déposants en France traduit celle du tissu industriel du pays, explique le directeur général de l'Inpi, Pascal Faure, à l'Usine Nouvelle. Cela ressort bien quand on analyse les composantes : avec la mécanique, qui représente 41% des dépôts, puis l'électronique (22%), la chimie (14%) et les instruments (12%). Cela s'explique par le fait que notre industrie est très marquée par l’automobile (avec deux constructeurs et leurs sous-traitants) ainsi que l’aéronautique", détaille-t-il.
Inpi Difficile, donc, de faire de ce palmarès un classement sûr des firmes les plus innovantes. Certes, PSA peut à juste titre se féliciter de son titre de champion de France, avec 1 239 brevets publiés en 2020. Mais le nombre de brevets déposés ne suffit pas forcément à identifier les entreprises les plus innovantes. Première limite : "il est plus facile de déposer des brevets dans certains secteurs que dans d'autres, rappelle Pascal Faure. Les transports comptent beaucoup sur l'innovation incrémentale, et l'on retrouve un grand nombre de brevets liés à des petits pas, d'autant qu'en raison de la forte concurrence, les acteurs ont tendance à déposer un tissu dense de brevets pour se protéger".
Autre limite : "les acteurs suivent de grands cycles d'innovation. Il arrive qu'une entreprise dépose beaucoup pour affirmer sa capacité d'innovation, par exemple vis-à-vis de ses concurrents ou de ses investisseurs, avant de se consolider pour se recentrer sur les domaines et les brevets les plus prometteurs pour elle", ajoute Pascal Faure. Qui note aussi que tous les brevets ne sont pas déposés en France, à l'Inpi, et qu'avec l'internationalisation des firmes, "la répartition géographique des forces de recherche peut changer". Un argument repris par Valeo, qui affirme dans un communiqué de presse du même jour, être le premier déposant français de brevets dans le monde avec 1 913 brevets au total, dont seulement 53% (819) ont été publiés en France auprès de l’Inpi.
L’innovation portée par la décarbonation des transports
Malgré ces limites, l’étude reste instructive et témoigne du dynamisme du secteur des transports dans l’innovation française. Alors que L’Oréal, Bosch, ou General Electric étaient encore présents dans le top 10 en 2012, le palmarès est intégralement dominé par la mobilité en 2020. On y retrouve d’abord des acteurs de l’automobile tels que PSA (1er) et Valeo (3ème), mais aussi Renault, Michelin et Faurecia.
Une forte présence qui témoigne de l’importance du secteur dans l’industrie française, mais aussi de la révolution de la traction électrique et hybride et de la connectivité des véhicules, notent Stellantis (ex-PSA) et Valeo dans leurs communiqués de presse respectifs. Des dynamiques qui ne concernent pas que les voitures, écrit aussi Valeo, qui insiste sur les systèmes d’électrification pour les nouvelles mobilités, des vélos aux droïdes de livraison.
"La bonne nouvelle, c'est que nous constatons que notre industrie s'adapte aux enjeux du moment. Les transports restent très forts dans les dépôts, mais ces derniers se transforment, commente Pascal Faure. Le métier historique de l'automobile, faire des moteurs et des châssis, diminue au profit de ce qui touche à la nouvelle motorisation (notamment électrique) et au véhicule connecté, avec une part de l'électronique toujours plus importante."
Au-delà des véhicules terrestres, le top 10 fait aussi la part belle aux géants de l’aéronautique Safran, Airbus, ainsi que Thales, dont les activités concernent également la défense et le spatial. Passé de 871 brevets en 2019 à 1103 en 2020, Safran ne met pas en avant un programme particulier, mais note les impératifs de la décarbonation de l’aviation, qui concentrent les trois quarts de ses recherches technologiques.
Fort rôle de la recherche publique
Autre résultat attendu : le rapport de l’Inpi met aussi en avant le fort rôle de la recherche publique. En tête, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) occupe la quatrième place, suivi par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à la sixième place. L’Inpi précise aussi que 11,3% des brevets du CEA et 43,5% des brevets du CNRS ont été déposés conjointement avec une entreprise.
Parmi celle collaborant le plus avec la recherche publique se retrouvent PSA et Safran (en nombre de brevets), mais aussi Thales (dont 9% des brevets ont été déposés en collaboration avec un établissement public), Arkema (14%) et Total (13%).
Des ETI et des PME diverses
Au-delà de la flopée habituelle de grands groupes, trois entreprises à taille intermédiaire figurent aussi dans le top 50 des déposants dans l’Hexagone : l’ingénieriste gazier GTT, le spécialiste des semi-conducteurs Soitec et le champion de la pulvérisation pour l’agriculture Exel Industries. Hors du top 50 suivent les équipementiers automobiles Trèves PSI, Novares et Tesca, le fabricant de moteurs hydrauliques Poclain Industries, ou encore le Cetim.
Inpi Du côté des entreprises de taille plus modeste, aucune ne figure dans le top 50. Un résultat prévisible en raison des effets de taille, balaie Pascal Faure qui note que si "le nombre de brevets déposés au niveau d'une PME peut être très variable selon les années", il existe "de nombreuses petites structures en pointe, ou même disruptives, sur un domaine précis".
Cette année, le podium est composé du fabricant de led grenoblois Aledia, du spécialiste des enceintes sonores Devialet ou encore de la pépite des capteurs Isorg. "Mais de trop nombreuses PME innovantes ne recourent pas encore assez aux brevets, alors que cela permet tout à la fois de protéger son innovation et de la valoriser", juge Pascal Faure. Si le podium 2021 devrait accuser une légère baisse en raison des effets de la crise sanitaire, il faudra voir s'il sera suivi par un engouement nouveau pour l'innovation.



