[Made in France] Créer de la peau artificielle, le nouveau «pari fou» d'Urgo

Un consortium de cinq acteurs publics-privés, mené par Urgo, relève le défi de la peau artificielle. Un projet à 100 millions d'euros, pour apporter une alternative de soin aux grands brûlés.

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Dans le cadre du projet Genesis, un nouveau laboratoire ouvrira à Chenôve (Côte-d'Or) en 2022.

«Lorsqu'un patient arrive à l'hôpital pour une brûlure très grave, le seul moyen de le soigner, c'est l'autogreffe. On lui prend de la peau là où il en reste pour la mettre là où il n'en a plus», raconte Guirec Le Lous, président d'Urgo médical. C'est à la base de ce constat que le projet Genesis a été lancé. Un consortium d'acteurs publics-privés qui souhaite développer d'ici une dizaine d'années de la peau artificielle. «Avec Genesis, on aura une alternative. Ce serait une révolution majeure », continue Guirec Le Lous.

«Pour l'instant, on vise vraiment les indications de plaies très sévères et c'est pour ces patients que l'on développe le produit Genesis», décrit le président d'Urgo médical. Dans le viseur, par exemple, les grands brûlés. Ils représentent plusieurs centaines de milliers de patients par an dans le monde, et les soins relèvent parfois du parcours du combattant. «Dans certains cas, il ne reste plus beaucoup de parties de peau saine.» L'autogreffe devient alors plus complexe, les opérations plus lourdes. Des problématiques qui n'auraient plus lieu d'être si le projet Genesis aboutissait.

Une technologie encore confidentielle

Urgo est encore loin du succès, le projet n'en est qu'à ses débuts. «C'est un pari technologique et scientifique, modère Guirec Le Lous. Mais nous nous sommes entourés des meilleurs en France pour relever ce défi.» Urgo, au cœur du projet, apportera son savoir-faire industriel dans les produits de santé. Bien connu des trousses de pharmacie, l'entreprise se veut experte en plaies avec ses produits phares comme les pansements et désinfectants, mais aussi pour sa section R&D spécialisée dans des plaies plus graves comme les escarres, ulcères ou pied diabétique. «L'AFM-Téléthon, l'Établissement français du sang et le CNRS vont apporter une grande connaissance académique sur la cicatrisation", ajouteGuirec Le Lous. Reste Dassault Systemes, sélectionné pour ses capacités en modélisation informatique. Un choix de partenaire «étrange à première vue mais qui nous fera gagner beaucoup de temps dans le développement de la technologie».

Pour l'instant, tout ce qui se passe dans les laboratoires est confidentiel. Et le secret est bien gardé. «On me parle de plastique, de cellules souches, s'amuse Guirec Le Lous. Mais je ne peux rien dire pour l'instant, notamment parce que l'on est au tout début du projet et qu'il risque d'évoluer.» Si la technologie reste insaisissable à ce stade, les investissements, eux, sont bien concrets. Sur les 100 millions d'euros que devrait coûter le projet Genesis dans son ensemble, une partie est déjà arrivée. Bpifrance a versé 22,8 millions d'euros à l'entreprise dans le cadre des « Projets structurants pour la compétitivité».

Investissements et aides locales

«Sans cette aide de l'État, je ne pense pas qu'on aurait pu se lancer», avoue Guirec Le Lous. Pour ce projet et dès cette année, Urgo a  démarré les investissements. «On lance la construction d'un laboratoire dédié à Chenôve (Côte-d'Or), avec un soutien local de Dijon et de la région qui apportent 800 000 euros pour un coût total de 1,9 million d'euros.» La structure devrait être prête dès 2022. Aussi, une quinzaine de personnes devraient être embauchées. En 2020, Urgo a investi 33 millions d'euros dans la R&D, un budget en croissance de 30% malgré la crise.

«Ce projet est risqué mais si on y arrive, cela va transformer l'entreprise», conclut Guirec Le Lous. Mais toujours dans le respect de la ligne de cette « belle entreprise familiale française ». Avec le pari de la R&D, le cœur de la stratégie d'Urgo repose sur l'industrie en France. En 2019, elle réalise un chiffre d'affaires de 660 millions d'euros, dont la moitié provient de ces activités françaises. «Sur les cinq dernières années, nous avons investi 65 millions d'euros dans les sites industriels. » Et l'entreprise  espère augmenter ce chiffre pour les années à venir.

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